Vieux-Goitreux, mon harceleur attitré, as known as Tony le ténia, est pas content. Il fouille, trifouille les entrailles de mon blog, en vue d'exhiber - une fois encore -, triomphalement, la 1539è preuve irréfutable que je comprends rien à tout.
Cette fois, il l'a excavée dans un textule de 2009, drôlatique comme jaja (en tout cas moi je me marre toujours) consacré à Isabelle Stengers à l'occasion de la sortie de son Au temps des catastrophes.
Hypermnésique comme il en fut toujours, je me souviens qu'il avait pas aimé du tout. Il pestait, le brave homme: comment ose-t-il, torchon abject, imbécilité profonde, blabla, manque de respect envers une grande penseuse de l'ULB. Déjà la haine des femmes, pour sûr, et des femmes qui travaillent - bon sang, et c'est vrai que je m'en étais pris aussi à Véronique Bergen...-. Et donc ça le travaillait, cette sombre affaire. Et quand Ténia fâché, Ténia chicote l'intestin grêle, mesure, calcule, et trouve:
(Gontrand-de-la-Mirandole, Vous et votre intelligence artificielle, 9 septembre 2026, 17h08, Film-de-Culte forum):
" en elle même l'IA n'a pas de corps et n'est pas spontanément reliée à des sorties. Le principal problème incontournable est d'ordre écologique, lié à leur consommation en resources, qui sont finalement au même plan que données entrantes (on peut considérer l'eau qui refroidit le hardware comme une donnée, ou en tout cas un type de contrainte uniforme et "normalisé" qui constitue l'environnement au sens large du modèle, c'est plus ou moins les idées de Bruno Latour, il n'y a qu'un Jerzy qui l'ouvre en grand comme la carrière d'Hambach mais qui ne comprend rien à que dalle pour l'attaquer comme un défenseur de "Maman Gaïa", alors que c'est l'inverse). [...] "
En trente secondes chrono, que nous dit le passage incriminé, au sujet des quasi défunts "empêcheurs de penser en rond" ?
[...] David Lapoujade, Isabelle Stengers, Bruno Latour, faut les voir et les entendre se faire mousser dans des séminaires, avec le petit doigt en l'air et se distribuant des satisfecit onctueux autour de William James (Whitehead, à l'occasion). Le truc lapoujadien, par exemple, c'est de montrer que tout Deleuze est annoncé dans William James. Pourquoi pas... C'est un truc typique de l'académie, ça: le retour en grâce de petits maîtres de la psychologie pragmatique. Et histoire de justifier le créneau et les crédits, on fait main-basse sur les stocks-options: ça fait beaucoup de plaquettes à éditer pour établir, en une savante rétrospectivité, que tout Deleuze était contenu dans William James plutôt que Hume, Spinoza, ou Nietzsche. Ou que toute la sociologie vient de Jean-Gabriel Tarde. Ou que tout Nietzsche se déduit d'Aristippe de Cyrène. [...] Bref, non seulement ils empêchent de penser en rond, mais ils ont tellement bien réussi à empêcher en rond de penser en rond que plus personne ne pense désormais en dehors d'eux, vu qu'ils règnent en maîtres absolus et souverains sur l'ensemble du carré de l'hypoténuse de la pensée unie-vers-Cythère, Urbi et Orbi.
Feu Bruno Latour est donc juste mentionné en passant, comme membre des "empêcheurs de tourner en rond", avec une allusion fugace à sa réhabilitation de Tarde comme précurseur de son indispensable et très utile "théorie de l'acteur-réseau" (ANT) a-socialisée, anhistorique et dépolitisante.
Est-ce qu'à un seul moment, je "l'attaque comme un défenseur de Maman Gaïa alors que c'est l'inverse" ?
Non. Keutchi. Peau de zob. Sur les crédences, au salon vide, nul ptyx.
Mais le plus drôle est à venir, comme dirait Maurice. Figurez-vous que grâce à hyper-Goule, je découvre en 2026 que j'avais sans doute formulé en 2009 une critique prophétique d'un livre que Latour écrirait 6 ans plus tard ! Cherchant à saisir le lien qui m'avait échappé entre Latour et Gaïa alors qu'il m'est imputé de l'avoir dénoncé, j'apprends en effet très/trop tardivement que Latour a semble-t-il effectivement repris à son compte ultérieurement (Latour, Face à Gaïa, 2015) l'utilisation pragmatiste-nominaliste [et donc bien chûr totalement éloignée de quelque animisme new-age fergusonien post-jungo-steinerien] par Stengers de "Gaïa". (Et que c'est en quelque sorte son grand tournant "réaliste" ou "politique" après avoir congédié ANT, jugée par lui trop conceptuelle et amorale.)
Aah Tony-le-ténia, une Pensée, une Méthode, une Vie. Ses anachronismes, sa mémoire flageolante, ses inlassables rétro-projections que personne - sauf moi - ne relève jamais, parce que personne au monde ne le lit sinon moi.
Ainsi donc, Bruno Latour (un de nos grands phares multi et trans-disciplinaires *** pour comprendre le monde, l'univers, papa, maman, la bonne & moi, à l'instar d'Edgar Morin), suite à ses agapes téléphoniques (télé-phonikè) jusqu'à pas d'heure avec Isabelle Stengers, avec qui il aimait tant refaire le monde et ne pas le penser en rond entre eux, embrassa ce geste audacieux et parfaitement vain de remplacer lui aussi l'entité maman par le mot de "maman". Ce qui l'amena à redonder à son tour et faire tourner les rotatives en déboisant l'Amazonie pour des prunes. Mais outre que je découvre trop tard cette avancée épistémologique décisive et très (bio)dynamisante en tentant de démêler le nième sac de nœuds sémantique né du réseau neural défectueux de super-goître, je n'en ai hélas pour moi cure. Estimant à tort ou à raison qu'on peut mener une vie intellectuelle à peu près honnête et respectueuse de la vie, de l'environnement, des éléments, sans jamais croiser les modélisations de Stengers, Latour ou Vieux-Gontrand. Ce qui je le concède dénote une arrogance et un manque d'humilité extrêmes, et bien entendu une forte dilection fasciste pour toutes les déclinaisons possibles de mères-patries, pères-matries, terres-patries et autres vertiges analogiques de pères truqués, comme eût dit Philip K Dick.
PS: Je noterai cependant pour mémoire le savoureux et contre-sensuel qui ne comprend rien à que dalle - car "ne rien comprendre à que dalle" c'est en toute logique syntaxique déjà comprendre quelque chose. (Peut-être une tentative de symétrie, là, avec mon "vous n'entravez que couic" de la notule précédente).
*** Oui, enfin, faut l'dire vite. Pour le philosophe-anthropologue-théologien-sociologue-dramaturge-épistémologue-et-ontologiste Bruno Latour, une réévaluation de l'ontologie des modernes s'impose et passe par un dépassement des dualismes traditionnels, comme matière/esprit, chose/signification, corps/âme, immanence/transcendance.
ça, d'accord, ça ne mange pas de pain. Mais là où ça devient bizarre et paradoxal (mais un dépassement du principe de non-contradiction ou des dualismes cohérence/incohérence et possible/impossible est sans doute exigé), c'est qu'après avoir dûment observé la vie dans ses multiples manifestations, Bruno Latour est parvenu à dégager non pas 11, non pas 15, mais "12 ou 14" modes d'être ou d'existence spécifiques, cad, d'après ce que nous semblons comprendre, menant leur existence propre et autonome sans aucune forme de rapport ou de relation les uns avec les autres. Alors ça, c'est plus fort que du Roquefort. Ainsi, pour ne nous attarder ici que sur 2 modes d'existence: "la science" (sic) a son mode d'existence et produit son mode de réalité qui lui est propre. Qui n'a aucun rapport avec "la religion" (sic), qui elle aussi a son mode d'existence propre et produit son mode de réalité propre. Aussi "la science" n'a rien à dire de pertinent ou de sensé au sujet de "la religion", et "la religion" n'a rien à dire de pertinent ou sensé au sujet de "la science": elles ont chacune leur pré-carré sans se soucier l'une de l'autre, sans s'emmerder l'une l'autre, menant chacune leur existence propre et n'ayant rien à se dire. L'épistémologie très nouvelle et très ancienne de Bruno Latour, attention, c'est du sérieux, du lourd. C'est un truc qui ne s'aborde pas à la légère, à la va-vite. ça exige au préalable un certain travail de "déconstruction", oserais-je dire, et dans un sens non-derridien, s'il vous plaît.
Aussi, selon l'adage latourien qui résulte de cette observation aussi fine que précise: on ne peut parler que scientifiquement de science et religieusement de religion. Nous avons là une sorte de "différentialisme" ontologique autant qu'épistémologique très radical, et on peut dire sans grand risque de se tromper qu'en effet, il n'est pas du tout "moderne". Il est d'avant toute modernité possible. Il est même d'avant tout relativisme possible autant qu'il est d'avant tout principe de non-contradiction énoncé par Aristote ou ma grand-mère. Mais prenons bien garde ici à ne point nous moquer, car nous ne pouvons parler sérieusement que de choses sérieuses et nous ne pouvons rire que de choses rigolotes.
Aussi, par pudeur, nous ne poserons pas cette première question élémentaire de savoir depuis quel mode d'existence spécifique Bruno Latour parvient à énoncer la description de chacun de ces modes d'existence originairement distincts. Nous sommes obligés de postuler qu'il jouit d'une position d'observateur privilégié, à tout le moins en surplomb sur les autres modes d'existence, lui permettant de dire qui est quoi et qui fait quoi. Déjà, cela nous enchante, du point du vue du sérieux épistémologique de l'entreprise. Nul dilettantisme ici, nulle vaticination en roue libre, nul foutage de gueule: nous nous basons sur l'empirie des observations de Bruno Latour. Et sur sa profonde connaissance de l'histoire et des concepts de la philosophie. Les compétences en philo de Bruno Latour, c'est pas de la blague et c'est pas de la petite bière. Faut bien suivre les démonstrations sans sauter une seule étape, et ça demande de bons bagages et une formation solide, sinon on en est vite rendu à ne plus rien capter à que dalle. Là-dessus ne peuvent être pris en défaut celles et ceux qui ont réfléchi, œuvré et révolutionné la pensée en sa compagnie, en mobilisant leurs compétences remarquables dans cette discipline ingrate. Une discipline dont ils ont su briser la grise monotonie par leur besoin de fantaisie et goût de la facétie, l'un expliquant l'autre et l'autre renforçant l'un. Nous n'en dirons pas plus.
Nous passerons donc par pudeur sous silence une simple remarque du type: cette seule observation implique la possibilité d'un mode d'existence qui se tient au dessus de la multiplicité sans rapport des modes d'existence pour simplement les décrire et les juxtaposer, ou encore: cette seule observation-affirmation implique nécessairement d'être émise d'un point de vue de Sirius parfaitement inexistant; ou encore: cette seule observation - selon les réquisits de n'importe quelle phénoménologie kantienne ou subséquente - est fondée sur le présupposé ou la pré-compréhension non empirique ou a-empirique, cad a priori, de ce que signifient les concepts généraux d'observation, expérience, etc, qui sont les conditions qui rendent ces dernières possibles empiriquement. Non non, on est dans un truc nouveau, ici, un truc qui dérange, qui secoue, qui bouscule les vieilles habitudes, les momies mortifiantes de l'académisme universitaire, dirais-je.
Par pudeur également, - cette humilité ou politesse sociale qui s'impose à nous lorsque nous nous trouvons simplement en présence d'un penseur qui de manière manifeste, miracle des mains vides, porte l'humble chasuble d'un théologien, d'un messager de Dieu, et qui nous enseigne des choses évidentes, lumineuses, qui ne peuvent et ne doivent se comprendre qu'avec le cœur -, par pudeur et politesse donc, nous tairons la seconde question élémentaire surgissant dans notre pauvre moltête trop formatée par les académismes, et qui est de savoir comment, depuis quel mode d'existence spécifique transcendant, en surplomb, il accède à cette vérité ontologique à nous énoncée et révélée. Nous avons déjà, en effet, la réponse, et chipoter serait ratiociner, nous fonder sur des chaines de traduction qui nous entrainent sur la voie de l'infélicité, cad qui nous égarent loin des conditions de félicité où la vérité nous est délivrée : seul le mode d'existence de la religion, seule une modalité de pensée qui est religieuse, autorisent ce type de surplomb.
Et comme une vérité révélée par la religion ne peut être discutée, pensée, vécue, appréhendée, que religieusement, nous nous interdirons aussi spontanément qu'originairement de nous demander comment - troisième question élémentaire qui surgirait aussitôt si nous ne prenions garde qu'elle se meut dans un autre mode d'existence que celui de la vérité qui nous est révélée et à ce titre n'est pas "relevante" comme disent les angliches: comment, si l'on ne peut parler de science que de façon scientifique, de religion que de manière religieuse, de raison que de manière rationnelle, d'affectivité que de manière affective, etc, etc, comment, donc, chacun de ces modes d'existence produisant son mode de discours et d'intelligibilité qui n'appartient qu'à lui, nous pouvons, pour en rester donc à ces 2 seuls modes, penser, intuitionner, concevoir, expérimenter, etc, un mode scientifique depuis le mode religieux, et un mode religieux depuis le mode scientifique? Sommes-nous là, cher maitre, en face d'une épistémologie authentiquement trans-disciplinaire très hardie et très anciennement antique dont les conditions de possibilité dépassent notre pauvre entendement moderne tenté par un dépassement du dualisme alors même que vous nous expliquez que nous sommes prisonniers des dualismes des modernes? J'en perds mon latin, maitre... La pensée ne procéderait donc pas, comme l'aurait naïvement cru Deleuze, selon trois dimensions coexistantes à divers degrés, et qui sont le continuum percept-affect-concept? Kant n'y voyait goutte en prétendant qu'un concept sans intuition est vide et une intuition sans concept aveugle? Le dépassement des pernicieux dualismes légués par les modernes nous enjoint-il de considérer des modes d'existence originairement scindés les uns des autres exactement comme le seraient la matière et l'esprit, l'âme et le corps, et... et... le dépassement de ces dualismes consiste-t-il à finalement redécouvrir que Platon et Descartes avaient raison?
... Tant de questions se bousculent dans ma pauvre tête, cher Maitre. Pourtant, comme me le faisait encore remarquer hier encore Ténia-le-sage, pourquoi diable l'ouvrir en grand comme la carrière d'Hambach quand on ne comprend rien à que dalle? Pourquoi au fond ne pas se contenter d'ouvrir grand sa bouche pour accueillir la pensée hardie et lumineuse de Bruno Latour, avec l'humilité des braves gens qui veulent simplement apprendre à penser, si possible, et qui ne veulent pas manquer le train de la Science nouvelle? Pourquoi ne pas l'ouvrir bien grande, avec félicité, et goûter l'hostie des saintes révélations qui nous empêchent de penser en rond, et qui nous initient aux arcanes secrets de la quadrature du cercle, de la noosphère de Theilard de Chardin nous révélant le point oméga vers lequel tend nécessairement l'évolution, et nous permettant enfin d'accéder, non seulement au sens profond de l'hypothèse Gaïa, mais encore au véritable contenu théologique de l'écologie intégrale énoncé par le pape François dans son encyclique Laudato si' ? Pourquoi bon sang? Est-ce qu'on est autorisé à s'initier un peu à une philosophie des sciences novatrice, sérieuse et authentiquement chrétienne expliquée par un authentique spécialiste de la science et de l'exégèse biblique, le dernier disciple sérieux du grand Rudolf Bultmann, un dimanche paisible à la fraiche, au son de l'ave maria, sans être importunés par des bonimenteurs, des imposteurs et des Jean Foutre qui ne percutent rien à que dalle? C'est trop demander, peut-être? Et pourquoi on ne se la jouerait pas Pic-de-la-Mirandole si au moins on a cette chance unique dans notre existence de passer pour un gros malin en débitant quotidiennement et sempiternellement des conneries grosses comme des baraques à frites au fond d'un terrain vague abandonné, où campent encore malgré tout 5 cinéphiles dont 3 nous ont shadow-ban, ce qui secrètement nous déprime et pave silencieusement notre chemin de Damas vers une merveilleuse nouvelle? Pourquoi? Mais pourquoi, bordel? Miséricorde pour les damnés de la terre, seigneur.

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