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samedi 18 juillet 2026

Harcèlement trans-ondes (interlude et notule éphémère 2)

 

 

 [ce texte éminemment long et dispensable est un droit de réponse circonstanciel que tout lecteur désireux de nourritures spirituelles est invité à passer - sauf peut-être la partie insérée entre deux balises ***, pouvant servir, comme synthèse rapide (quoique incomplète) des chapitres précédents (consacrés bien sûr à la question de l'identité, de la subjectivité: inlassable fil rouge de ce blog), potentiellement utile pour clarifier et prévenir les contresens et procès prévisibles, et d'ailleurs attendus, concernant les textes dédiés au "genre"]

 

 

Dans une notule éphémère de 2022 destinée, du moins je l'espérais, à rester orpheline, je fus obligé d'évoquer un triste et inquiétant (pour lui-même, comme il dit) personnage littéralement obsédé par ma personne, à cause de qui j'ai décidé de quitter en 2018 un forum de cinéma où il s'attaquait à chacune de mes interventions pour dire, redire et redire sans fin à quel point j’étais un sale type, qui en sus n'écrivait que des conneries.

J'ai fait un bref historique dans ladite notule, relatant que malgré mon départ de ce forum, cet individu continue à régulièrement rendre compte des mes écrits par des résumés effarants, à m'inventer de nouvelles tares, me diffamer, me souiller, soulager sa vessie sur mon être entéléchique et s'inquiéter (sic) de mon état psychique. 

Et je ne me suis plus occupé de lui, bien que lui, au contraire, ait continué et continue à distiller ses "inquiétudes" à mon sujet: j'aurais dégringolé d'abord dans la droite (ce qui était déjà acquis), puis l'extrême droite, allié objectif du trumpisme, transphobe, misogyne cultivant particulièrement la haine - tenez-vous bien - "des femmes qui travaillent", ainsi qu'un ressentiment envers des professeurs de morale laïque, etc. Terrifiant, n'est-il pas?

 Citations (parmi d'autres):

 

 12 octobre 2023

 

PS la fixette de Müller est similaire à celle encore plus délirante de Jerzy sur son blog a l'encontre de la théorie du genre, voire des corrs d'éducation sexuelle dans les écoles publiques en Belgique. Basculement à la fois cocasse dans son contenu et inquiétant dans ses conséquences

 

3 janvier 2024

 

[Jerzy] semble dans un état psychique encore plus inquiétant que nous et est passé de l'autre côté à tous les niveaux


19 Juin 2024

 

si tu vas sur le blog de Jerzy trois constats s'imposent :

-il a besoin d'aide

-il lit rarement ce qu'il critique, ou en tout cas sa virulence est proportionnelle à son ignorance

-il perçoit malgré tout assez bien l'air du temps, et est passé bien à droite (enfin ce n'est pas une surprise, vu sa posture d'intellectuel anti-intellectuel en quête de public travaillée depuis des années), et fait une fixette façon Frigide Bardot/ Karl Zero (ou pour le coup du Macron en campagne ) sur les trans et le gender, au point d'écrire des conneries sur les cours d'éducation sexuelle en Belgique , qu'il essaye d'adosser de manière malheureuse à son passé de phénomonologue/anthropologiste existentiel . Pour lui les profs de morale ou d'éducation civique qui abordent ce sujet d'imbéciles suppôts du post-humains, qui refoulent mal la haine de la finitude anthropologique et les leçons d'Heidegger et s'attaquent à des enfants pporu trouver un exhutorie à leur ressentiment, là où mon épicier pakistanais se contentait de laisser des flyers à côté de sa caisse, rédigés de manière plus sobre et constuite et en fait plus respecteuse du débat politique - il faut croire que les reculs que vivent les femmes est un non-sujet pour lui ).

A croire qu'il restait (en apparence) de gauche grâce à moi...vous devriez me remercier.

 

5 juin 2026

J'ai été sur le forum des Cahiers puis des Spectres. l'angle Straubien ou historiciste du forum pouvait ponctuellemùent donner lieu à des textes intéressants, qui dépassaient la posture puriste. Je me suis pris Jerzy dans la gueule, (j'avais malré tout assez étudié ppour comrpendre qu'il racontait des conneries, en le sachant), et vois à présent qu'il tape sur les mêmes cibles que Trump (les transexuels, les cours d'éducation sexuelles au collèges, les profs laïcs, les femmes qui travaillent avec lesquelles il est directement en concurrence économiquement, la musique qui était mieux avant) bref tout cela est prévisible, pas besoin de sortir Kojève et de rompre avec Nietzsche. Ceci dit, Bégaudeau, c'est un Jerzy qui a réussi, c'est à peine mieux.

   [...] Jerzy. Il m'inquiète (pour lui) mais il ne me manque pas. Après je lui ressemble un peu, c'est vraiment les petites différences qui nourissent rapport raté... (sic)

                       

 J'ai laissé le récipient d'air égrener ses perles d'amour quatre longues années, sachant pertinemment que ces adresses à ma personne, quand-bien même je ne fréquente plus depuis 8 ans le forum où il s'épand, sont mues par la jouissance creepy qu'il tire de la seule idée que tôt ou tard, je tomberai sur ses brillants diagnostics - et les commenterai.

Je ne vais bien entendu pas m'étendre plus que de raison sur l'inanité d'une tâche titanesque qui m'épuisa en son temps: répondre à la bouillabaisse de paralogismes, malcomprenures, morphèmes désarticulés (sous l'effet on l'imagine de quelque funeste substance) mêlés de malveillance, de mensonges et de diffamations, qui composent l'ordinaire de sa prose a-sémantique quel que soit le sujet abordé ("imbéciles suppôts du post-humain"..."angle straubien ou historiciste"...  "posture puriste", etc, etc: mais de quoi il parle?).  C'est la compagnie jadis forcée de ses énoncés amphigouriques qui me fit prendre conscience de la Loi de Brandolini avant même de la connaître: tenter d'invalider des âneries consume beaucoup, beaucoup d'énergie.

Néanmoins, j'estime devoir répondre ici à aux dernières arguties en date de ce triste sire me concernant, qu'elles soient épistémologiques, politiques, psychologisantes, moralisantes, psychiatrisantes.

 - *** Je suis de gauche, j'ai toujours été de gauche. Je ne m'attaque à aucun "transsexuel" (sic. il ne s'agit pas de "sexe" mais de "genre", ce qui déjà indique que vous n'entravez que couic à la question). J'ai proposé une analyse critique de la "théorie du genre", une analyse critique de gauche qui indique en quoi cette dernière s'inscrit dans une centration individualiste, sous l'espèce récente de son atomisation ou segmentation à laquelle invite et même enjoint la loi et l'idéologie de marché néo-libérale. Et plus spécifiquement la gestion managériale des humaines ressources ainsi que sa novlangue flexibilisante.

Je ne m'attaque pas aux personnes qui s'identifient à un genre, j'interroge le concept même d'identité et de pleine conscience de Soi, une néo-conceptualité positiviste, psychologiste, personnaliste, essentialiste et injonctive (autant de dimensions qui savamment dosées centrent l'individu sur lui-même en l'incitant à réduire la perception politique des rapports de domination à des enjeux d'identité personnelle anhistorique et a-politique). J'amorce un examen de la genèse historique du succès marchand de ce nouveau "rapport-à-soi", et montre que l'invocation de Foucault ou Deleuze se fait au prix d'un contresens massif, car c'est précisément tout ce contre quoi leur pensée se déploie. 

J'indique pourquoi, selon moi, ce nouveau "rapport à soi" prétendûment déconstruit (incluant le succès - déjà déclinant - de l'autodiag de TDI avec sub-personnalités et alters tenant colloque sous la supervision d'un ego-master, comme dans un conseil d'administration - c'est la même problématique), sans contester l'évidence d'une minorité de cas cliniques correspondant spécifiquement à ce qu'on nomme une "dysphorie de genre', est surtout le terrain d'une proposition conjoncturelle de subjectivation décryptable comme l'intériorisation ou internalisation d'une vision du monde que la droite socio-économique (plus simplement dit: le capitalisme) a fait triompher, et qui constitue un recul préoccupant par rapport à ce qui avait patiemment été acquis par la pensée critique de gauche.

Précisément celle d'un Foucault ou Deleuze: sortir du Savoir-pouvoir, du Sujet-assujetti, sortir des logiques d'identité personnelle, de l'injonction à dire "ce que l'on est" et "qui on est", sortir des "moi-en-tant-que" et des "voilà qui je suis", mais aussi sortir de la segmentation d'un sujet flexible voulue par le régime de l'entreprise, qui transforme les in-dividus en dividus toujours plus divisés, modulables, dont l'identité se doit d'être une donnée toujours plus fluide et précaire: recyclage permanent, formations continues, réinvention de soi (Deleuze, contrôle et devenir). 

Pousser toujours plus loin les limites de la "résilience". Ce concept fabuleux, importé des Etats-Unis, emprunté à la physique des matériaux, désigne leur ductilité, particulièrement les propriétés exploitables du Plastique, comme le montra très bien Serge Tisseron. Ce programme enthousiasmant de "toujours plus de plasticité", annonçant directement l'épatant concept de "toujours plus de fluidité" importé lui aussi des States. doit beaucoup à l'inénarrable Cyrulnik, prophète des 'merveilleux malheurs' passés, présents et à venir. Jusqu'à quel point le sujet-employable peut changer de forme sans se dés-intégrer. Phénomène analysable aussi en termes classiquement marxistes d'aliénation produite par la division du travail (et par le travail). 

Deleuze enregistrait ce recul personnaliste ou internaliste bien sûr dans l'Anti-Oedipe, Dialogues, Mille Plateaux, dans des textes comme "les intercesseurs" (notamment "le couple déborde"), "contrôle et devenir" (in Pourparlers). Foucault pratiquait dans La volonté de Savoir (tome 1 de L'Histoire de la sexualité) le soupçon sur la prétendue libération des sujets promise par l'incitation au discours-sur-soi, particulièrement en tant que sujet sexuel (les formes nouvelles, productives et plus seulement répressives, de la confession et de l'aveu. Oui, lui il parlait de sexe. Il ne pouvait pas se douter en 76 que "genre" allait devenir le concept dominant et multi-explicatif d'une nouvelle épistémè). Etc etc. 

 Extraits de Foucault et Deleuze déjà cités:

"Partout ont été aménagées des incitations à parler, partout des dispositifs à entendre et à enregistrer, partout des procédures pour observer, interroger et formuler. On débusque [le sexe] et on le contraint à une existence discursive. De l'impératif singulier qui impose à chacun de faire de sa sexualité un discours permanent, jusqu'aux mécanismes multiples qui, dans l'ordre de l'économie, de la pédagogie, de la médecine, de la justice, incitent, extraient, aménagent, institutionnalisent le discours du sexe, c'est une immense prolixité que notre civilisation a requise et organisée (Foucault, la Volonté de savoir, 1976, p. 45)

[...] Il faut se faire une représentation bien inversée du pouvoir pour croire que nous parlent de liberté toutes ces voix qui, depuis tant de temps, dans notre civilisation, ressassent la formidable injonction d'avoir à dire ce qu'on est, ce qu'on a fait, ce dont on se souvient et ce qu'on a oublié, ce qu'on cache et ce qui se cache, ce à quoi on ne pense pas et ce qu'on pense ne pas penser. Immense ouvrage auquel l'Occident a plié des générations pour produire - pendant que d'autres formes de Travail assuraient l'accumulation du capital - l'assujettissement des hommes; je veux dire leur constitution comme "sujets" aux deux sens du mot. (La volonté de savoir, p. 81) 

Deleuze, Dialogues, 1977] Il y a tout un système social que l'on pourrait appeler système mur blanc - trou noir. Nous sommes toujours épinglés sur le mur des significations dominantes, nous sommes toujours enfoncés dans le trou de notre subjectivité, le trou noir de notre Moi qui nous est cher plus que tout. Mur où s'inscrivent toutes les déterminations objectives qui nous fixent, nous quadrillent, nous identifient et nous font reconnaître; trou où nous logeons, avec notre conscience, nos sentiments, nos passions, nos petits secrets trop connus, notre envie de les faire connaître (p. 57) [...] "Sur les lignes de fuite, il ne peut plus y avoir qu'une chose, l'expérimentation-vie. On ne sait jamais d'avance, parce qu'on n'a pas plus d'avenir que de passé. [...] "Moi, voilà comme je suis", c'est fini tout ça (p. 59). [...] Ne pas "faire le point": plutôt tracer les lignes [...] Il n'y a pas un terme dont on part, ni un auquel on arrive ou auquel on doit arriver. Pas non plus deux termes qui s'échangent. La question, "qu'est-ce que tu deviens?" est particulièrement stupide. Car à mesure que quelqu'un devient, ce qu'il devient change autant que lui-même. (p. 8)"

Pour comprendre tout ce que j'essaie de dire sur ces questions, incluant le problème de l'ego-cogito cartésien selon Heidegger et Foucault, le lien entre la pensée de Heidegger et celle de Foucault; pour se demander pourquoi une théorie périphérique importée des States (et que l'on doit à un psycho-sexologue maniaco-dépressif) est devenue en 10 ans le modèle uni-total infalsifiable expliquant tout et le contraire de tout; pour méditer sur la tendance inflatoire à réduire la négativité de l'expérience humaine (l'absence d'identité ou de nature où se joue son indétermination et sa liberté) à 4 maigres propositions ou alternatives censées être au centre des préoccupations les plus urgentes de toustes, de 5 à 95 ans: 'ne pas se sentir homme', 'ne pas se sentir femme', 'se sentir homme et femme, 'ne se sentir ni homme ni femme', soit le nouveau dogme de la Quaternité ringardisant celui de la Trinité et devenu une "Réalité-indiscutable-que-si-tu-la-contestes-tu-es-un-fasciste-et-un-ignare", je suggère de simplement lire les 2 textes en question formant un continuum: d'abord celui-ci, ensuite celui-là, puis éventuellement celui-ci.  Je dis bien lire, et non pas tirer au sniper depuis un mirador par simple désir vengeur d'annuler le scripteur. 

J'y analyse aussi la contradiction interne du concept flou de "genre", qui fait coexister de manière dissociée deux définitions incompatibles: une ancienne (sociologique) et une nouvelle (purement psychologique et internaliste). Dans les littératures sur le "genre", ce dernier se trouve simultanément défini, 1. comme une norme sociale, une stéréotypie comportementale arbitrairement associée au sexe biologique (à déconstruire dès lors: le "genre" ainsi compris est un construct social aliénant dont on doit sortir, il ne s'agit pas de s'identifier-à-un-genre, mais de s'en dissocier) ET 2. un "ressenti personnel profond et intime" (dixit le manuel), inconditionné, cad ne pouvant être induit par la société (dixit le manuel), qui me définit et par quoi je me définis, et qui ne renvoie à rien sinon à l'intériorité supposée d'un rapport pur et non altéré de soi-à-soi. J'analyse les conséquence schizogènes de l'internalisation de ces deux définitions antinomiques du "genre", en termes de nœud logique et de double bind - Bateson, Watzlawick.


 Ah, le ressenti intime et profond, non induit (dixit le manuel). cette chimère toujours bien portante, plus que jamais bien portante dans la psychologie du sens dit commun, de l'intériorité pure, du ressenti intime pur inconditionné, de l'accès direct inaltéré à un soi originaire, clair et distinct, transparent à lui-même par introspection, immédiat, indemne de toute influence extérieure, de toute médiation langagière: auto-affection - cad un Soi qui est affecté par lui-même, qui se reçoit lui-même. 

Soit encore et toujours l'ego-cogito originaire de Descartes - malgré la réfutation kantienne; malgré la conscience husserlienne revue par Sartre (qui n'est pas déjà-là, toute seule,' qui n'est 'rien' que je puisse posséder ou qui m'appartienne en propre, car elle n'existe qu'en tant qu'elle vise un objet qui est autre qu'elle-même); malgré le stade du miroir hégélo-lacanien; malgré les poètes (je est un autre - je suis né troué - je me suis bâti sur une colonne absente); malgré tant de choses encore...

Cette bonne vieille âme cartésienne qui fait un retour en force, tout en haut du podium, bonne vieille substance pensante qui existe, qui est bien là, une certitude, au moins une évidence sur laquelle je peux me reposer. C'est bien moi qui pense, ça on ne peut pas me l'enlever, c'est mon ressenti intime et profond. J'ai ce truc à moi, invariant, qui subsiste et demeure, bien campé sur ses deux jambes inexistantes, bien ancré dans le sol invisible de ma tête, et que je retrouve toujours, une fois éliminées (réduites) toutes les altérations et impuretés externes, en premier lieu mon corps (cette chose incertaine, enveloppe ductile et passagère qui me gêne aux entournures, et je ne parle pas de l'apparence visuelle de mes organes sexuels externes, ni du sexe qu'on m'a assigné à ma naissance, cette entourloupe du malin génie). 

[...] 

Résumons-nous (encore). Ma critique est donc articulée non pas au nom de concepts et valeurs de droite: identité, race, sexe, nation, civilisation, âme, esprit, fantasme d'une transparence originaire et plénière du Moi, ou toute autre obsession du trumpisme-vancisme et du zemmourisme onfrayien au fondement de tous les fascismes, mais au contraire depuis la "déconstruction" de ces concepts d'identité, d'identification, de sujet, de subjectivité propre ou propriétaire.   ***

 Et ce faisant, je poursuis le même questionnement qui est au cœur de mon travail depuis toujours. Et peu me chaut que les modalités rhétoriques vous offusquent, car là non plus vous ne comprenez absolument pas de quoi je parle ni à qui je parle. c'est crypté. C'est pas pour vous. Laissez tomber. 

 

Le déshonneur par association pratiqué avec l'enthousiasme débridé d'un exhibitionniste se rendant à la fête du slip: j'aurais les mêmes cibles que Trump. 

Le procédé honteux pour éteindre, disqualifier un discours critique sur un objet, étant de dégainer une accusation de "transphobie", assortie ici, en guirlandes, de "virilisme", "machisme", "incelisme" peut-être la haine des femmes, et des femmes qui travaillent, parce qu'elles seraient mes concurrentes économiquement. Jusqu'où votre haine aveugle vous pousse, tout de même. Vous osez tout, et c'est à ça que je vous reconnais. Quel opportunisme, quelle promptitude dans l'art de diffamer.

Bien évidemment, on peut - et on doit - critiquer avec rigueur, d'un point de vue épistémologique, la notion d'identité-de-genre, ses contradictions internes, sans se voir accusé d'une phobie quelconque ni  d'allégeance au fascisme trumpien réel. C’est une partie de ce travail que j'accomplis dans ces textes dont vous offrez - comme toujours - un 'compte rendu' aussi inepte que dégueulasse, dans un espace fermé (à tout nouveau membre) mais lisible par tous. Il faut donc bien vous répondre. Vos associations honteuses, mensongères, calculées pour explicitement salir (et espérer faire souffrir l'être sali), sont du même ordre que l’assimilation de la critique d'Israël à de l'antisémitisme (et je vois assez bien ce procédé utilisé dans les salons de causerie que vous fréquentez, monsieur Gontrand, là où vous édifiez de vos lumières vos contemporains, vous, un homme de gauche. Allons, est-ce bien raisonnable).

- En outre, je considère bien évidemment que le trumpisme est le danger, l'extrême-droitisation de nos sociétés est le danger, le retour avéré à un fascisme radical est le danger. Et je suis originairement solidaire de toute minorité persécutée, à qui on retire quelque droit, mise en danger. Seul un imbécile profond ou profondément malveillant peut tenter de faire passer l'idée que parce que je critique une théorie et un concept, je suis concrètement l'ennemi des gens qui y souscrivent et me place dans le rang de ceux qui voudraient leur retirer des droits. 

 J'ai d'ailleurs décidé, dès l'accession de Trump à son second mandat, de laisser provisoirement de côté mes analyses sur la question du "genre", estimant que dès lors que l'Ennemi s'empare d'un sujet que l'on abordait soi-même, avec un programme de persécution des personnes et des groupes, de retrait de l'exercice de leurs droits de transitionner, cette thématique, considérant le champ de forces et de pouvoir actuel, et par solidarité avec toute minorité menacée, devait n'être provisoirement plus traitée. Ce qui est un réquisit ethico-politique élémentaire. Je n'y reviens ici que contraint par votre insistance. La date de mes derniers textes sur la question (2023) en fait foi. Mais on peut compter absolument sur vous pour machiner des anachronismes malveillants (voir ci-dessus vos notules de 2024 et 2026), et répéter sur un forum que je tape sur les mêmes personnes que Trump.  

Je suis un démocrate. Je ne vais jamais me plaindre à la police, même si un allumé du réverbère appelle mon jadis lieu de travail pour obtenir mes coordonnées, tombe en première instance sur une pharmacie, puis s'en plaint sur le forum. Je vais jusqu'à lui indiquer une vieille fiche trainant sur google. Je suis comme ça, moi, ingénu et confiant en l'humaine sagesse, inconscient des dangers qui menacent dans l'ombre, des psychopathes qui déambulent sous les fenêtres un soir de canicule, une rapière à fromage dans la main gauche, un tournevis cruciforme dans l'autre. Et même si le type m'appelle au milieu de la nuit pour me hurler dessus, même si la semaine qui suit il me sonne plusieurs fois par nuit, je me contente de résilier mon abonnement, de frissonner et soupirer impuissamment.

 Je ne souhaite rien interdire, rien imposer. Que chacun, chacune, fasse ce qu'il veut de son corps, de sa vie. Absolutely free. Tant mieux si ça convient, et si ça ne convient pas, ma foi, une mauvaise expérience vaut mieux qu'un bon conseil. Pour ce que tu crois, là encore c'est ton affaire. Si tu penses que les licornes existent, no souci. Desipere est juris gentes. Si je pense que ce n'est pas le cas, essaie juste de ne pas me traiter de licornophobe ou de fasciste. Tout le monde doivent être heureux. Peace on earth.

 

- Je ne vois pas où, sauf dans la déformation maladive qu'impose votre volonté à chaque mot que j'écris, j'aurais exprimé une critique de "femmes qui travaillent", ou des "professeurs laïques'. Je n'ai aucun problème ni vis à vis des femmes, ni vis à vis des trans, ni vis à vis des professeurs laïques. Je suis un militant laïque, mais pas post-colonialiste ou anti-décolonial pour autant. Je ne critique pas des "cours d'éducation sexuelle", j'analyse dans le détail (voir supra) les contradictions internes du programme d'evras embrassant la néo-gnose contradictoire de la "théorie du genre".  

Et gardez pour vous vos fantasmes de fonctionnaire salarié sur la "concurrence économique": je ne suis en concurrence économique avec personne, étant comme vous ne pouvez l'ignorer (puisque vous me lisez au tire-ligne armé de votre taser de malveillance), exclu du champ économique. Et j'aime critiquer les professionnels de la profession, c'est un exercice très sain de la pensée, indispensable. Il n'est guère que des ronds-de-cuir mentaux comme vous (certainement contaminé par la mentalité des machines à tuer sociales que vous fréquentez plus que de raison dans les espaces liminaux virtuels, vous, l'homme du Réel, est-ce triste) qui croient que critiquer des professeurs est l'indice d'une rivalité (je n'ai aucun rival dans l'art l'enseigner, homme, femme, chien ou cochon) ou d'une concurrence économique.

 - "La musique c'était mieux avant": comme c'est lamentable, cette retraduction d'un propos qui justement signale que ce qui a disparu dans un trou noir, ce sont la plupart des avant-gardes, et de paresseusement suggérer, toujours par fiel et toujours en déformant le propos, que ça dénote une tendance réactionnaire. 

- Quelques allusions visqueuses, toujours basses et rampantes signalant encore votre volonté/espoir unidimensionnels de salir: "pas besoin de sortir Kojève et de rompre avec Nietzsche". Je me sers de Kant, Heidegger, Kojève, Sartre, Foucault, Derrida, Deleuze en creusant, donc, une même problématique de fond, contrairement à vous qui égrenez 50 noms à la minute pour faire se percuter 50 approches en un carambolage dantesque et un crissement de pneux atroce, qui signale à chaque mot décousu que vous déféquez sur toute altérité qui s'appellerait un lecteur, et qui ferait l'effort surhumain de vous lire avec une oblation lévinassienne. A propos de Nietzsche, je n'ai évidemment jamais rompu avec Nietzsche, n'ayant jamais été nietzschéien, ce qui ne m'empêche pas de réarticuler sa critique de la religion dans un exposé général. Quelle vilenie rabaissante souhaitez-vous encore suggérer?

Ah ça, oui, on peut dire que vous m'avez cherché. Pendant 4 putains d'années, une lanterne à la main, dans les rues d'Athènes. Heureux homme, vous m'avez trouvé maintenant. Vous avez beaucoup parlé de moi, et ça m'a fait un tel plaisir, un véritable plééésir. Laissez-moi en retour, pour vous remercier, vous parler un peu de vous. De mon expérience de vous. Le goût de vous en moi. M'étant abstenu pendant 4 ans; pour ne point vous déranger, pour respecter votre liberté, ce besoin légitime de ne pas se sentir traqué, épié, balancé à la Kommandantür avec force rapports & comptes-rendus. Vous savez, je comprends très bien ces choses. Je les vis. Et si l'on compte que la notule éphémère 1, appelée par vous, vient elle-même après 4 ans de silence, ça fait 2 droits de réponses en 8 ans. 8 années de vous sans moi, mais de vous sur moi quand-même. Huit putains d'années de solitude atroce... (la vôtre, hein: pour nourrir un tel besoin de parler de moi). Permettez que je livre à cette occasion mon feedback. Ce toast. Pour célébrer ces retrouvailles tant désirées. Vous ne pourrez décemment pas dire: "dieu m'est témoin que je ne le souhaitais pas". Je gage donc que vous y prendrez le même pléésir. N'ayez pas peur, c'est juste de la justice redistributive, commutative. C'est important, vous savez, la justice. L'équité, la réciprocité.

 -  "je me suis pris Jerzy dans la gueule". Non, c'est moi qui me suis pris Gontrand, alias vieux-Gontrand, alias Super-Gontrand, alias Tony-le-mort, dans la gueule, du jour où il s'est inscrit sur un forum plus ancien encore, que je fréquentais. Dès vos premières interventions, vous vous fixâtes comme haute mission de révéler à la face du monde (du forum) que j'étais un pseudo-philosophe, un imposteur, un sophiste, un menteur, un pervers, une ordure, une "merde humaine" (hurlé sur ma ligne fixe une nuit, à la suite de quoi ladite ligne fut résiliée), un type qui essaie de vous faire croire qu'il sait des trucs, et dont la véhémence n'a d'égale que l'ignorance. Et, dès le début, les mêmes litanies étaient déjà bien posées: "moi qui ai assez étudié pour savoir qu'il raconte des conneries (en le sachant)".

Ben non, Monsieur. C'est le contraire. Dès le début, vous vous êtes signalé comme un "contradicteur" qui n'écrivait que des pâtés incompréhensibles, une soupasse indistincte et douteuse farcie de concepts mal compris, mal digérés et mal régurgités, une désespérante incohérence analytique noyée dans un name-dropping incessant. Et pour un résultat résolument nul quant à la possibilité d'être, ô non pas compris: simplement vaguement intuitionné.

Je me souviens très bien d'une des premières fois où je me suis heurté à vous. Vous aimiez (et aimez toujours) faire du "lacanisme" de buvette en accusant vos interloqués de manquer de Réel, de ne pas être dans le Réel, nous rappelant à tout propos que, pendant que nous nous branlions dans le virtuel à écrire, des gens mouraient, affamés, bombardés. Vous débouliez dans n'importe quel échange en citant un fait-divers ou quoi que soit qui puisse nous faire honte d'être par notre seule présence sur ce forum dans le déni du Réel. Ce fut d'emblée votre jeu de langage favori, et vous le pratiquez encore pour le dé-plaisir de vos rares interloqués sur "film-de-culte", car vous n'avez toujours pas compris, assimilé, que pratiquant ce noble sport vous n'êtes pas hors du jeu mais dans le jeu, et pas dans le Réel tant convoité mais hors du Réel. 

Je me souviens très bien d'une des premières fois où j'ai compris dans ma chair scripturale que j'avais affaire à un bully de l'espèce aboyante-aux-mâchoires-serrées, lorsque, après avoir écrit simplement: "Pour Kant, une intuition (ou affect) sans concept est aveugle, et un concept sans intuition (ou affect) est vide", je me suis reçu votre premier: "c'est faux" plein de morgue et de suffisance.

Je me souviens encore qu'après avoir reçu de votre part, sur un autre forum de cinéma, des tonnes de boue scripturale au sujet du travail que je menais autour de Kojève, nous nous retrouvâmes pour un échange dans la shoutbox de ce forum. A vous en croire, vous vous étiez procuré mon bouquin et étiez en mesure de démontrer que c'était un tissu de conneries. J'ai cherché alors à entamer une exposition des grandes lignes de ce travail, à clarifier, répondant tel un Jésus multi-giflé à chacune de vos objections & interprétations délirantes, grotesques, d'un niveau de compréhension qui ne peut pas décemment être qualifié de compétence résultant d'une étude quelconque de quoi que ce soit. Tout le long, vous m'avez interrompu en ricanant pour enfiler des contresens, des généralités creuses, et même des singularités creuses. Vous n'étiez que ricanement, sifflets et quolibets, fier comme un cosaque qui bat un enfant handicapé, et ce que vous m'écriviez était d'une telle bêtise, une telle démonstration de l'effet Dünning-Kruger que rien ni personne n'auraient pu entamer la carapace de votre génie auto-perçu.

Vous étiez posté à tous les angles de rue virtuels, dans l'attente de me coller une bastos. Il suffisait que j'écrive, par exemple, que j'étais super-content d'avoir acheté un clavier logitech à touches rétro-éclairées, même s'il m'avait coûté bonbon. Vous me fonciez dessus pour m'attrister: "faut vraiment être débile pour acheter un clavier à touches rétro-éclairées. Qui a besoin d'un clavier à touches rétro-éclairées?" (Ben je ne sais pas... vous par exemple?)

Vous avez toujours voulu me régler mon compte, sur le plan des compétences philosophiques que je n'aurais pas, et par là rendre justice aux vôtres, qui seraient malmenées, méprisées, écrasées, que sais-je. Mais mon pauvre monsieur, même avec toute la commisération dont serait capable un curé de campagne dénutri, il faut bien se rendre à l'évidence: vous n'écrivez essentiellement QUE des conneries, sans fin, dont la portée constitue un rébus, une énigme autant qu'un défi pour les générations futures, et qui en outre ne s'adressent jamais à personne. On ne trouve jamais sous votre plume un micro-atome de ce qu'on nomme une argumentation, un énoncé conceptuellement clair. On est dans le règne de l'assertorique et de l'association libre de sons, ou stochastique, entre cadavre exquis et improvisations erratiques imputables surtout à votre confiance un poil excessive en votre génie auto-perçu, donc. Mais il vous fallait, il vous faut encore, camper sur mon dos en chien de fusil, dans le but d'annuler rhétoriquement tout ce que je peux écrire, pour vous sentir par contraste dans la peau de quelqu'un qui arrive à penser, à écrire, quelque chose de - peut-être- intéressant (?), communicable (?) à quelque autrui désœuvré qui voudra bien tendre l'oreille. Et ceci alors que j'ai disparu depuis maintenant 8 ans. 

Mais non. ça ne vous suffisait pas, cette totale liberté d'action, cette déjerzyfication radicale. Ça ne vous satisfaisait point. Vous avez ce besoin, vrillé au ventre, cette envie de dire, redire, et redire encore, sans vous lasser, à qui peut vous lire là-bas: Jerzy , qui n'a jamais été à gauche, a viré à l'extrême droite, il s'en prend aux profs laïques, aux transsexuels. La même ritournelle, de 2023 à 2026: "jerzy... extrême droite, les transsexuels, les professeurs de morale laïque"... "Jerzy, extrême droite, les transsexuels, les professeurs laïques, les femmes qui travaillent... Trump".

Ce qui est déplorable (pour moi), c'est que je sens dans vos écrits, sur des années et des années, une sorte de perversité sombre, quelque chose qui grouille, un peu dégueulasse, une endurance dans la volonté, l'espoir fou, de souiller systématiquement tout ce que je peux écrire sur ce blog que vous surveillez, planqué en embuscade. Comme vous le fîtes pendant une décade sur les forums, que j'ai fui pour ne plus vous croiser. Mais vous vous accordez cette toute puissance, qui n'a jamais été jusqu'ici et ne sera jamais sanctionnée dans le Réel pour ce qu'elle est: un harcèlement.

- Pour vous, je suis manifestement bien plus important que vous ne l'êtes pour moi: je représente la connerie, et - l'expression est riche parce qu'elle dit tout de votre obsession d'une justice à rendre, et de l'auto-justice que vous rendez, années après années -: "vous avez fait assez d'études pour comprendre que ce sont des conneries."

C'est là qu'il faut vous répondre, monsieur gontrand super ou tony-le-mort. Non, tout simplement non: vous n'avez pas assez étudié, et en ce qui me concerne et depuis le tout début, vous ne comprenez littéralement rien à ce que j'écris. Pour deux raisons simples:

 1) Vous ne lisez pas mes textes dont vous prodiguez les 'compte-rendus'. Vos contresens systématiques le prouvent à foison. Vous savez d'avance que c'est de la connerie, donc vous n'avez pas besoin de lire. La seule chose qui vous intéresse, qui vous motive, c'est un affrontement, trouver un moyen de me casser, m'écraser, en isolant à la hâte, impatient de me dominer et de me réduire au silence, un tronçon de phrase. Juste, vous survolez nerveusement, comme un frelon fiévreux cherchant un endroit pour son dard. Puis vous pointez un mot, une phrase, d'un doigt triomphal et vengeur, avec un ricanement sec, tel Nelson Muntz, satisfait de m'avoir remis à ma juste place: la fange de la médiocrité. Vous ne me lisez que lorsque je vous réponds, titillé par vos projections audacieusement psychanalytiques. Alors là, ca vous captive, ça mobilise tous vos sens (sauf celui de l'intellection, qui hélas reste hors-circuit). Parce qu'il y a de l'insulte potentielle à la clef, et ça vous donne des émotions fortes, vous vous sentez une victime. Offensé et humilié. Tout votre corps se crispant alors, puis se se tendant au maximum comme un ressort débondé, vous hurlez à la lune, et menacez d'appeler les flics.

Vous vous épargnez d'autant plus l'effort de me lire que: 2) vous estimez depuis votre toute puissance auto-perçue, que vous savez déjà tout sur tout, juste en clignant de l’œil. Votre prose ahurissante le démontre à foison. Moi, contrairement à vous, je vous lis attentivement. Je vous relis plusieurs fois, même - et je suis fasciné, effaré. Je constate que vous avez un sérieux problème, et cela m'inquiète (pour vous). Vous êtes en effet le Pic de la Mirandole de notre temps. Vous savez tout, de la méta-hydraulique à la gynécologie dans l'espace. Quel que soit le sujet abordé, vous en avez une connaissance démiurgique et en surplomb. Vous pénétrez directement le noumène du phénomène, sans reste. Toutes choses se dévoilent sans offrir la moindre résistance. Mais bien plus fort que Pic: vous, vous avez conquis le savoir absolu par génération et combustion spontanées, auto-engendrement, causa sui. Vous vous autorisez de vous-même, vous vous nourrissez de vous même et vous cannibalisez vous-même sans l'aide de personne. 

Les compte-rendus que vous faites de vos lectures l'attestent encore de façon hypnotique. Quel que soit le bouquin, c'est à peu près le même contenu, marqué du sceau de vos chiasmes personnels opérant comme des philtres magiques : l'auteur y est toujours pris dans une conscience politique vécue à la fois comme l'envers d'une position morale et le retournement de la possibilité d'une conscience politique paradoxalement vécue comme une inversion de sa propre impuissance convertie en esthétique, ou l'inverse. Et on peut rebattre les cartes en permutant les termes.

 "A la fois", "en même temps", "se retourne", "envers", "endroit", "envers qui se convertit/retourne en endroit (et réciproquement)", "conscience", "morale", "sociale", "politique", "esthétique" sont les TC (termes-clés), les hypostases: stables, fiables, basés. S'y adjoignent moins systématiquement, mais significativement, les termes "impuissance" et "paradoxal". Entre ces repères fixes, de nombreuses combinaisons sont possibles, quoiqu'en nombre fini. La machinerie alors s'ébroue, se met en branle, inexorable. Vous voilà enfilant les variations hardies en mode semi-aléatoire-contrôlé comme on tresse des scoubidous en aspirant de gros pétards ou en sniffant des rails de coke, avec une self-indulgence stupéfiante. Au premier regard, il y a un effet de sidération, de brillance, de brillant vertige. On a le sentiment de naviguer à vue sur une mer houleuse, imprévisible, sous laquelle mugissent des abîmes de profondeur insondables et insondés. A l'usage, cependant, une certaine prévisibilité s'installe, et la sidération tend vers l'estompage.

J'admets ne pas être fan de cette "école", de cette "tradition". Voyez-vous, je suis de celles de la sobriété, du classicisme, avec une certaine dilection pour l'austérité, une attention au sens du texte. J'ai en horreur les états de conscience modifiés, les bateaux ivres et leurs vapeurs d'alcool. C'est pour ça que je suis en mesure d'assumer tout ce que j'écris. Ce que j'écris est pensé, articulé, chaque mot est pesé, mesuré au cordeau. Chaque insulte est choisie avec un soin chirurgical. Chaque contenu est livré avec une note d'intention rhétorique délibérée, pour restituer aux concepts leur valeur corporelle, charnelle. Et c'est la même unité de préoccupation, ce sont les mêmes questions qui sont traitées, reprises, approfondies, relancées. Il y a là une unité systématique fruit d'un travail continu, sans cesse remis en jeu, sur l'appentis. Je ne tente pas de me vanter ni de vous rabaisser quand je dis ça. C'est constatable, vérifiable, comme dirait l'autre: je peux rendre autant compte de l'unité thématique reliant toutes mes analyses et que je peux rendre compte de l'inanité a-thématique qui caractérise votre prose non pas unaire mais urinaire, si je puis me permettre. It's a fact. A real Fact. Vous n'êtes pas philosophe, je suis philosophe. ça vous rend fou, non seulement de le constater pour et par vous-même, puisque vous vous obstinez à cracher, année après année, sur mes textes que vous ne lisez jamais. Et cela vous rend fou que je vous réponde, avec comme seule réponse possible que, pauvre monsieur, comme toujours, vous m'attribuez une connerie que je n'ai pas pour affirmer une intelligence que vous n'avez pas.

 Et c'est ça qui s'est passé, dans l'historique Réel, pas le fantasmé: je vous ai pris dans la gueule, avec vos ricanements à chaque fois que j'écrivais un truc. Et dès lors, au bout d'un moment, à force d'endurer le blob invertébré sortant de votre clavier, vous m'avez pris dans la gueule. Je lis bien, dans l'endurance de votre ressentiment, que vous voulez me faire rendre gorge de cette injustice: m'être intéressé, enfin, à votre pratique discursive boutficelledechevalesque, faire rire en la pastichant. Et si vous me forcez, j'aurai bien des choses non pas à dire (car il n'y a rien à en dire sinon célébrer ce "rien qui fait sonner la vie, comme un réveil au coin du lit" comme chantait Ferré), mais à rire (tant de conneries, de propos sans queue ni tête qui s'annulent les uns les autres d'une phrase à l'autre pour aboutir à un gloubiboulga de niaiserie. ça ne s'invente pas, ça s'imite).  

En dehors de ça, je vous le dis une fois tous les 4 ans quand vous me relancez, comme ici. Je ne m'intéresse pas à vous, voyez. Je me suis juste penché en son temps, après que vous m'ayez suffisamment asticoté à mon goût, sur vos permutations cruciverbiques, noyées de noms propres, se multipliant comme les appendices d'un myriapode qui ne va jamais nulle part parce que ses pattes frétillent dans toutes les directions. Vos propos ne m'ont intéressé, d'une part, que comme un cas littéraire à étudier, et à pistacher, vu le degré de stéréotypie du phénomène et son inusable potentiel comique, et - d'autre part - ils constituent un pré-texte pour ma réflexion. Car, vous le concevez, je suppose que vous le concevez, je ne me suis jamais adressé à vous réellement, et en ce moment-même je ne m'adresse pas à vous: je réfléchis (sur) la place de l'autre dans la psyché, l'aliénation constitutive de la conscience. Donc, une fois de plus, & comme toujours: vous berdelez sur ma tronche; je fais mes gammes (comme Igor Wagner dans Les Bijoux de la castafiore). Watch and learn (si seulement).

- Je ne m'intéresse pas à vous, et je ne m'inquiète pas non plus pour vous. C'est étrange, n'est-ce pas, cette "inquiétude" que vous tenez à manifester à mon sujet: il est évident dans votre récit de formation hétéro-biographique que j'ai de gros soucis, que je vais mal, de plus de plus mal, toujours plus mal. J'ai chuté plus bas que terre, selon vous, et vous vous inquiétez de la possibilité (qu'on imagine déjà actuelle) que je tombe encore plus bas, toujours plus bas. Et cela vous inquiète pour moi-même. Vous aviez même, à force de dire que j'ai des problèmes, de gros problèmes, et que vous vous inquiétez (pour moi-même), stimulé par devers vous le slogan burlesque "jerzy est en dépression", qui a fait un temps florès, spécialement chez deux ou trois de mes feu détracteurs persuadés de m'avoir remis à  ma place, fessé et humilié. C'est dingue. Et moi, j'ai joué le jeu, j'ai parlé de ma bibliothèque emportée par une inondation hypothétique, de collocation psychiatrique non consentie, à Pépinster (sans doute concevable, pour qui ne m'aime pas, mais quand-même ! Pépinster: la bourgade sinistrée par les inondations. Ils n'ont même plus d'école, alors une unité psychiatrique, vous pensez). Et vous avez plongé. Diantre. Ce besoin impérieux d'imaginer l'autre malheureux. ça dit tellement de choses.

- Et enfin, "Ceci dit, Bégaudeau, c'est un Jerzy qui a réussi, c'est à peine mieux."

Pauvre non-ami, la projection sur autrui de vos attributs essentiels étant votre seule discipline, olympique pour le coup: s'il y a bien quelqu'un à qui votre prose mondaine et la tentation d'un humour ponke raté et roquet fait penser, c'est lui. Il est cependant infiniment moins con que vous (au sens où il dispose de réelles bases argumentatives dont l'absence chez vous vous condamne à émettre des borborygmes dans un espace fermé en compagnie d'une douzaine de personnes dont les deux tiers vous ont mis en invisible pour s'épargner vos pollutions diurnes et nocturnes). Je me souviens avoir lu que Lohman, pour qui j'avais quelque estime,  affirmait il y a longtemps déjà qu'il vous trouvait de la pertinence, notamment dans le champ politique. J'en fus, je l'avoue, estomaqué. On vous passe toutes vos abjections, car vous êtes du moins un 'cinéphile'. Ce qui semble tout excuser dans un espace de fétichisation dévolu à cet objet, isolé de tout le reste, sous bulle étanche, et examiné autistiquement selon on ne sait quelle 'grammaire' autonome servant quelque satisfaction purement esthétique d'une étrange matière, elle aussi autonome. 

Est-ce cela que l'on nomme des "macmahoniens", s'identifiant comme tels ou ne s'identifiant pas comme tels, dont Skorecki fit un portrait drôlatique dans son film "les cinéphiles"? Je me souviens d'un certain Skip Mc Coy, qui semblait incarner (le mot, utilisé à contre-emploi, choque) cette tendance. J'en frissonne encore. Le souvenir d'avoir été subrepticement touché par un cadavre au milieu de la nuit, comme dans Mont Cinère de Julien Green. La nature politique des choses étant reléguée dans un topic pour cadres supérieurs (et cinéphiles) ou occupant des fonctions utiles dans l’Upper-classe (comme vous. Ce qui vous donne de l'assurance pour uriner, décontracté du gland, dans la décharge où vaquent les rebuts sociaux inutiles comme moi). Vous êtes protégé, clabaudant bien au chaud au milieu de vos étrons scripturaux qui gênent à peine la digestion des quelques 'cinéphiles' qui ne vous ont pas shadow-ban, et que vos monologues incompréhensibles rassurent, car l'étalage infatigable de votre capital culturel multi-disciplinaire impressionnant atteste que vous êtes bien de leur famille, y compris politique. Vous avez beau de temps à autre menacer - sans émouvoir personne- de briser vos chaines et de disparaître enfin, vous revenez toujours au port de cet espace privé et privatif qui au fond est votre lieu naturel, votre ancrage. 

- Tout résumé, passé, présent et futur de ce que j'écris, par vous, étant du hachis américain arrosé de contresens, de mensonges et de montages, nous n'entamerons point - vous le concevez - quelque disputatio après cette mise au point. Le silence, à nouveau, planera sur les eaux de Luonnotar. Même si vous sortez sur le forum vos habituels trucs ultimes: j'aurais dans votre moltête insulté votre famille, votre frère, votre mère... ma BD d'une page (très drôle au demeurant): niquedouille. Y aura pas de post-scriptum. Les flics, peut-être? Un avocat de vos amis? Un avocat qui a de l'empathie humaine, comme Billy Budd? Mmh, bonne idée, ça: montrez-leur ce texte. Demandez s'il n'y a pas matière à me poursuivre... pour harcèlement et diffamation de vot'personne.

 

Au revoir, petit homme.  A vos prochaines livraisons. A moins que vous parveniez à réfréner votre besoin compulsif de vous "inquiéter (pour moi-même)" en l'absence virtuelle de moi-même et me lâchiez la grappe. Je n'y crois pas trop. ça n'est jamais arrivé jusqu'ici, pourquoi ça arriverait? Quel dieu de bonté pourrait m'épargner que ça arrive? Vous êtes mon vautour personnel, mon vautour cancérigène. Rien que pour moi. C'est mon privilège prométhéen. Mettez vous à l'aise. Tenez, ceci est mon foie. Dussé-je mourir en prison pour vous, il repousse chaque nuit. Étrange peine, étrange faute. Quant à ma chair, qui trop vous a nourrie, elle est piéça, dévorée et pourrie. Vos agapes irrépressibles fourniront la matière d'une troisième archive. A dans 4 ans, donc.

 

 

 


 

mardi 16 août 2022

Naitre dans le désert, flexibilité, Deleuze, Heidegger, Foucault, pensée managériale et Cespedès (suite)

 

 

Le désert croît, à partir des années 80, disais-je dans le texte précédent, et il est patent - prouvez moi le contraire - que nous errons toujours plus dans cette annulation massive de tout ce qu'il est digne de questionner, de désirer, aimer et penser. Laissez-moi bien vous dire qu'en regard des années 2020, les années 80s sont le paradis perdu de Milton, une sorte de safe-space déréalisant où se réfugient les geeks qui sont nés pendant ou juste après Star wars.

N'est-ce point curieux, en effet, ce règne exponentiel et aux applications quasi-infinies, de la pensée opératoire, efficiente et calculante? 

Faut-il s'étonner que le maximum de ce que l'on peut aujourd'hui désirer et imaginer, le plus ambitieux, le plus vertigineux, le plus digne et le plus éminent de ce qu'il est possible de penser et de questionner, c'est "quelque chose" qui est déjà-là, présent, devant nous, sous nos yeux et à portée de main, disponible pour que nous nous en saisissions; un objet, une manière d'être, une façon de penser, de faire, un ensemble de définitions, et notamment une définition de soi, du monde, qui sont potentiellement et nécessairement déjà portées à la présence, sans opacité ni oubli; une identité, une adéquation, une présence à soi prête à l'emploi?

 Il ne reste plus qu'à choisir dans le catalogue, en cochant la bonne case: moi en tant que, ça c'est moi, ce qui me définit, vraiment, comment je m'identifie, ce que je suis, qui je suis, dans la tautologie enfin advenue et sans reste de Moi = Moi. N'est-il pas frappant, et plus que frappant, assommant comme une lourde masse sortie d'un abattoir de Chicago, que désormais le sommet du pensable et du questionnable est non pas ce qui tend à l'opacité, reflue vers un fond qui se révèle abyssal car lui-même sans fond, nous rappelle à une étrangeté inquiétante, insinuant de l'écart, du vide et de l'angoisse, mais au contraire nous commande de les conjurer, d'en développer la phobie, pour nous ramener à la présence, à l'absolue transparence sans dualité d'un fondement clair et distinct, où tout s'explique, se joint et se rejoint, enfin.

 " [...] Nous sommes transpercés de paroles inutiles, de quantités démentes de paroles et d’images. La bêtise n’est jamais muette ni aveugle. Si bien que le problème n’est plus de faire que les gens s’expriment, mais de leur ménager des vacuoles de solitude et de silence à partir desquelles ils auraient enfin quelque chose à dire. Les forces de répression n’empêchent pas les gens de s’exprimer, elles les forcent au contraire à s’exprimer. Douceur de n’avoir rien à dire, droit de n’avoir rien à dire, puisque c’est la condition pour que se forme quelque chose de rare ou de raréfié qui mériterait un peu d’être dit. " (Pourparlers, p. 177)

Il y aurait beaucoup à dire sur cet étrange renversement de la pensée où tout ce qui avait été conquis par un Deleuze ou un Foucault a été ces dernières années repris pour produire des mots d'ordre disant l'exact contraire de ce qu'ils essayaient de penser.

Foucault expliquait dans La volonté de savoir que le pouvoir atteignait sa pleine efficience de contrôle non tant sous le régime de l'oppression que sous l'injonction permanente à se constituer en sujet, à se définir, à se problématiser, à se classer, à s'identifier, notamment en passant par la "problématisation" de la sexualité. La scientia sexualis, et sa capacité à enjoindre les individus à se comprendre et à se définir par le sexe, débarrassé de toute opacité privée.

Et Foucault de décrire cette immense prolifération et prolixité d'énoncés que la modernité n'a cessé d'organiser autour du sexe. Deleuze, pareillement, soupire en disant: on pensait qu'on en avait terminé avec les vieux problèmes de l'identité, "moi en tant que ceci, cela". On avait développé des outils pour penser le devenir, ce qui ne laisse pas assigner, lister, épingler, etc.

"Partout ont été aménagées des incitations à parler, partout des dispositifs à entendre et à enregistrer, partout des procédures pour observer, interroger et formuler. On débusque [le sexe] et on le contraint à une existence discursive. De l'impératif singulier qui impose à chacun de faire de sa sexualité un discours permanent, jusqu'aux mécanismes multiples qui, dans l'ordre de l'économie, de la pédagogie, de la médecine, de la justice, incitent, extraient, aménagent, institutionnalisent le discours du sexe, c'est une immense prolixité que notre civilisation a requise et organisée (La Volonté de savoir, p. 45)

[...] Il faut se faire une représentation bien inversée du pouvoir pour croire que nous parlent de liberté toutes ces voix qui, depuis tant de temps, dans notre civilisation, ressassent la formidable injonction d'avoir à dire ce qu'on est, ce qu'on a fait, ce dont on se souvient et ce qu'on a oublié, ce qu'on cache et ce qui se cache, ce à quoi on ne pense pas et ce qu'on pense ne pas penser. Immense ouvrage auquel l'Occident a plié des générations pour produire - pendant que d'autres formes de Travail assuraient l'accumulation du capital - l'assujettissement des hommes; je veux dire leur constitution comme "sujets" aux deux sens du mot. (p. 81) 


Mais voilà qu'une génération entière (non, pas entière: une moitié de cette dernière, constituée surtout de petit.e.s bourgeois.es et de fil.le.s de prof ayant bcp de loisir pour s'introspecter, faire des listes, des procès publics et du canceling sur twitter & twitch, se définit en s'opposant, comme dirait Hegel, à l'autre moitié identifiée comme raciste, psychophobe et transphobe, laquelle en retour s'est persuadée que la "french théorie" est une maladie mentale) s'applique précisément à proposer tout l'inverse. Sous le concept d'une fluidité qui se raidit en catégorie elle-même, en identité assignée et assignable, on est saisi par une ivresse de classements et de définitions qui feraient passer Borges lu par Foucault pour un fonctionnaire sans imagination:

[...] une « certaine encyclopédie chinoise » où il est écrit que les animaux se divisent en : a) appartenant à l’Empereur, b) embaumés, c) apprivoisés, d) cochons de lait, e) sirènes, f) fabuleux, g) chiens en liberté, h) inclus dans la présente classification, i) qui s’agitent comme des fous, j) innombrables, k) dessinés avec un pinceau très fin en poils de chameau, 1) et caetera, m) qui viennent de casser la cruche, n) qui de loin semblent des mouches » (Les Mots et les choses, préface).

Il ne s'agit nullement de laisser se déployer des devenirs, des indéterminations, il ne s'agit en rien d'échapper au quadrillage et au codage. On assiste au contraire à l'extraordinaire retour par la grande porte de l'identité chassée par la fenêtre, et à la démonstration étonnante que la quantification absurde à vaincu par K.O. l'expérience vécue de la durée bergsonienne. De l'absurdité de la volonté de saisir ou d'identifier le devenir, qui est intensité, durée vivante, ligne de fuite, en l'arrêtant à n'importe quel point de son parcours. Comme si l'espace entre Achille et la Tortue n'était fait que de points, une succession de points pouvant chacun être désignés, arrêtés, définis, identifiés et qualifier une identité a, une identité b, d'une identité c, etc. Il faut pouvoir en rire. Le rire ne naît-il pas, entre autres, du spectacle de la mécanique plaquée sur du vivant?

Et en effet, les paradoxes de Zénon d'Elée se voient enfin donner une chance dans le réel, grâce à une  hyper-zélée volonté d'identifier et de classer, comme on épinglerait des papillons sur un tableau, tous les segments possibles par lesquels on pourrait arrêter le mouvement du devenir, du désir pensé par Deleuze,  en une liste tentaculaire d'identités, enclines à une micro-physique suffocante que Foucault décrivait comme une caractéristique éminente du fonctionnement du pouvoir. 

Épousant la logique atomistique, anomiste, flexibilisante et dividualisante du régime de l'entreprise et de la logique du Marché, avec une congruence dont il faudrait analyser en profondeur à quel point elle en constitue le rephasage sur le plan conceptuel, ou plus modestement, idéologique. C'est à un véritable découpage de soi en tranches de mortadelle que l'individu est invité, sur l'autel d'une nouvelle "problématisation de Soi".

Invité à s'attribuer un "genre" en  s'identifiant, sur une liste en expansion, à une des innombrables catégories-essences-prédicats censées faire honneur à toutes les singularités présentes et à venir, imaginées et imaginables, appelées chacune à se subdiviser en un nombre potentiellement infini de sous-catégories elles-mêmes tronçonnables en de nouvelles identités toujours plus atypiques, anomiques ou orphelines.

Triomphe du psychologisme individualiste, réduction du champ politique au ressentisme personnel, sous le nom dérobé d'une "gauche" qui n'en est pas une, d'une "gauche" qui remplacerait l'analyse politique de l'exploitation par le libre marché des identifications personnelles et privatives, d'une gauche qui annule, sublime, escamote la domination réelle par une police nominaliste des singularités internalisées et sectorisées. Écriture inclusive: j'inclus, j'enclos dans le régime des signes et des ponctèmes toutes les exclusions possibles en prétendant - parachèvement de l'idéalisme abstrait en même temps que renaissance inespérée du cratylisme magique - que le mot en tant que forme pure fait apparaitre la chose, que la supertructure idéelle détermine l'infrastructure matérielle. Programmation neuro-linguistique et développement personnel, les deux indéfectibles mamelles de l'idéologie de marché, plus modestement de la psychologie du commerce, comme modèle de la pensée, nécessairement privée, segmentante et surtout pas universaliste. L'universalité étant reléguée au rayon des mensonges idéologiques de la négation, voire du génocide, de toute singularité. 

Homme-licorne non binaire asexuel, demi-boy bispirituel antispéciste allié des louves et des lemmings, cis-hermaphrodite pangender à boosters sursoniques, aromantique fluide à crémaillère rotative, non-binaire mais avec binious, abrosexuel cis-agenré avec TDI structurés en môles pour organiser des colloques intra-psychiques divergents en rotation alternée. Ainsi la plasticité d'Achille ne lui permettra pas de rejoindre le peu d'avance qu'a pris sur lui la tortue Entreprise, car il faudra d'abord parcourir la moitié du chemin qui l'en sépare, puis la moitié de cette moitié, et se dividuer à l'infini.

Je ne critique pas ici la notion de fluidité, qui est un autre nom du devenir que Deleuze essaie de penser. Tout au contraire, je critique deux choses qui procèdent selon moi d'un même contresens massif: a. faire du devenir, de la fluidité, une catégorie elle-même, identifiée et classée dans le catalogue des identités trouvables au marché de L'identité-qui-me-définit; b. la segmentation de cette fluidité - qui n'est pas une identité, qui ne fait pas "identité" - en d'innombrables identités, qui sont des essences, et qui sont précisément l'annulation de toute fluidité, de tout devenir, saisis et retournés en identités.

Ainsi se codifient dans de nouveaux bréviaires, de nouvelles grilles catéchistiques, les nouvelles règles de la subjectivation. Des règles encore plus strictes, sévères et harcelantes que les règles du passé: l'identité nouvelle est déclarée, manifeste et manifestée, et même réclame d'être nommée, comme ce qui me définit: je suis ainsi, je m'identifie, comparais, ici et maintenant, sous le terme de ceci, voici mes noms, prénoms, grade, assignation, race, classe, poids et qualité, c'est moi, cela me définit, je suis tout-moi, moi-tout, la somme des compétences et des performations qui me définissent; je suis, voyez-vous, un curriculum ambulant, aussi transparent qu'une radiographie, un stéréotype sociologique, un personnage de marvel, d'ores et déjà disponible sous la loi de quelque Marché dans lequel il vous plaira de m'employer infiniment et sans reste, bien que je sois farouchement opposé au capitalisme. 

Car je peux flexer autant qu'il vous plaira. Mon identité est précaire, elle est avant tout déclarative et performative. Je peux ainsi devenir tout à fait autre, du jour au lendemain, avec une radicalité à la hauteur de l'absolue flexibilité du marché-monde qui attend de moi non pas que je sois une Unité issue d'un vieux monde, tendant à l'inertie et attaché à une vieille conception de la temporalité vécue comme projet in-dividuel continu, mais que je sois apte à me segmenter prestement en de multiples dividus successifs, en fonction des aléas d'une existence post-moderne, tellement aventureuse et soumise, bien entendu, aux accidents de "parKours" de toutes sortes qui testeront ma résilience. 

"Je au présent est un futur autre" est ma nouvelle norme. Je sors en permanence de ma zone de confort, et sachez qu'en moi ne subsiste plus, j'y travaille ou j'y ai suffisamment travaillé, aucune indéfinition, rien qui, sous la langue qui me situe, serait encore innommable, insu, inqualifiable ou non répertorié, une béance quelconque où pourrait se glisser une hideuse mélancolie; et je vous prie de noter les termes qui me qualifient pour l'heure, d'en usiter correctement, adéquatement et promptement, si à moi vous comptez vous adresser. Sans quoi je sentirai poindre en moi un malaise, une insécurité, le ressenti d'une oppression, d'un trauma, minimalement micro, résultant de votre phobie de ce que je suis: car manifestement vous êtes phobique, de mon identité, de mon identité qui est ma différence, ma différence à moi qui fait de moi un être atypique, pô commun, qui vous échappe, qui se soustrait à votre fascisme quotidien de normie trop chiant, qui se décolonise de tous les diagnostics imposés par la science médicale blanche oppressive, sans parler de tout ce qui me singularise encore et donne les termes précis définissant l'identité de ma différence: neuro-divergent, neuro-atypique, avec des troubles tellement orphelins mais si précis que la seule possibilité pour vous d'en douter est la manifestation de votre psychophobie, de votre validisme, de votre normativisme, de votre classisme.

   "[Deleuze, Dialogues] Il y a tout un système social que l'on pourrait appeler système mur blanc - trou noir. Nous sommes toujours épinglés sur le mur des significations dominantes, nous sommes toujours enfoncés dans le trou de notre subjectivité, le trou noir de notre Moi qui nous est cher plus que tout. Mur où s'inscrivent toutes les déterminations objectives qui nous fixent, nous quadrillent, nous identifient et nous font reconnaître; trou où nous logeons, avec notre conscience, nos sentiments, nos passions, nos petits secrets trop connus, notre envie de les faire connaître (p. 57) [...] "Sur les lignes de fuite, il ne peut plus y avoir qu'une chose, l'expérimentation-vie. On ne sait jamais d'avance, parce qu'on n'a pas plus d'avenir que de passé. [...] "Moi, voilà comme je suis", c'est fini tout ça (p. 59). [...] Ne pas "faire le point": plutôt tracer les lignes [...] Il n'y a pas un terme dont on part, ni un auquel on arrive ou auquel on doit arriver. Pas non plus deux termes qui s'échangent. La question, "qu'est-ce que tu deviens?" est particulièrement stupide. Car à mesure que quelqu'un devient, ce qu'il devient change autant que lui-même. (p. 8)"


 Mais laissons là provisoirement l'examen de cette situation fascinante, où l'émancipation personnelle se mue en la plus efficace machine de flicage de soi et de tous par tous, un formidable traqueur-inspecteur-détecteur panoptique de crime-pensées, même les plus inavouablement microscopiques et produisant une aliénation privée sans remède. La cure étant devenue le poison, il s'agit de surveiller l'autre, et surtout de ne pas oublier de le punir. Nous y reviendrons une autre fois, pour de nouvelles agapes pas piquées des hannetons, je peux vous l'assurer, comme disait Séraphin Lampion. J'ai de multiple portraits en médaillon en préparation, fruits d'une immersion sans précédent de sézigue dans ces nouvelles aires parasociales.


Ce qui est désormais en situation d'être oublié, pour en revenir aux moutons et aux bergers heideggériens, c'est l'oubli lui-même, la possibilité que quelque chose ait été oublié, qui se dérobe à la cartographie, à la scanographie du monde et du moi comme surfaces maitrisables, contrôlables et administrées. Pour Heidegger, la question de l'être comme rien d'étant, échappant à sa réduction à ce qui est, un étant suprême, une substance-sujet (dieu, l'homme ou la nature) est la question qui demeure sans réponse, et que donc il faudrait retrouver, ensevelie sous la métaphysique substantialiste et essentialiste qui va de l'onto-théologie à l'administration technique du monde en passant par l'avènement de la subjectivité. 

Cette question, pour faire court mais déjà je suis bien trop long, ne peut se poser que sur le fond de son oubli constitutif. Je veux dire que l'oubli de l'être est constitutif de la question de l'être. Il faut se souvenir non du contenu de ce qui a été oublié, mais qu'il y a de l'oubli, de l'oublié, là est l'important. Si bien que la question de l'être chez Heidegger se confond d'une certaine manière avec la question de l'oubli lui-même.

 Il s'agit de se remémorer un oubli qui ne peut être levé et qui ne sera pas levé, il s'agit de revenir à une question fondamentale (dont découle la substantivation dans la pensée, qu'elle soit théologique ou scientifique), mais en se rappelant qu'elle reste sans réponse. Car aussitôt posée, cette question "sans fond" (sur lequel buter: quelque chose, un étant suprême) est remplacée dans la pensée par sa réponse, s'y substituant aussitôt comme la plus éminente dans l'ordre du pensable: l'être en tant que substantif. 

C'est pourquoi la question de l'être, aussitôt posée, aussitôt entendue, demanderait à ce que soit biffé, raturé, le mot "être", déjà lourd de sa substantivation, de sa réduction dans l'entente (qui est aussi entendement) à l'essence (de "ce qui est"). C'est pourquoi encore, poser cette question, c'est se souvenir de son oubli, se souvenir que quelque chose - qui n'est pas une chose - a été oublié dès qu'on parle de quelque chose, dès qu'on pense à quelque chose. Dès lors qu'on se demande, comme le font tous les enfants, "c'est quoi, quelque chose?", "ça veut dire quoi, une chose?", surgit dans la pensée le souvenir, la trace, d'une biffure, d'un effacement, d'un oubli au cœur de la question, et à quoi il est impossible de répondre.

Oublier que la question a été oubliée, ne plus être en mesure de se poser cette question, désormais entendue comme nulle, dépourvue de sens, ne plus être en mesure de se souvenir que quelque chose de préoccupant (dont l'oubli est préoccupant) persiste derrière toutes les occupations qui circonscrivent l'existence à une fonction administrée, c'est précisément cela, le destin de la pensée, pour Heidegger. Ce destin n'est autre que ce qu'il nomme l'arraisonnement du monde, soit le triomphe de la technique, la transformation de la pensée du monde en pensée technique du monde, en monde administré.

Or, de ce que Heidegger - triste et sombre affaire - fut nazi, il faut nécessairement montrer aujourd'hui que cet effort de requestionner l'être comme ce rien-d'étant oublié derrière l'arraisonnement du monde, n'est rien d'autre que la pensée nazie elle-même, mieux, une pensée qui aurait éclairé, guidé le nazisme. Il faut montrer que lorsque Heidegger écrit "Etre", il faut entendre "le Führer". Il faut comprendre qu'un livre comme Etre et temps, outre qu'il se résume à ânonner des phrases abconses dans un jargon fumeux et mystifiant, ne serait rien d'autre qu'une paraphrase cryptée, au morphème près, de Mein Kampf, le livre de chevet de Heidegger, son viatique, sa bible. Ah, l'effort infatigable de Heidegger pour introduire le nazisme dans la pensée, c'est quelque chose. Et ça n'a jamais cessé, longtemps après la défaite de l'Allemagne nazie. ça dit à quel point Heidegger était nazi, ontologiquement nazi, bien plus profondément et doctrinalement que tous les autres nazis n'auraient pu l'être. Plus que Hitler lui-même, si ça se trouve, car Heidegger, c'est la possibilité même de la pensée en tant que nazie, indépendamment de l'existence conjoncturelle d'un type qui s'appelait Hitler.

En somme, il faut oublier, une fois pour toutes, ce Heidegger qui a plongé dans l'obscurité une génération de philosophes abusés par sa rhétorique nazie fourbe. 

Fallait-il qu'il fussent naïfs et bêtes, aussi, pour se laisser ainsi rouler dans la farine. Ce qui en dit long, en passant, sur le peu de confiance qu'il faut accorder à toutes ces grosses-têtes hors-sol travaillant du chapeau, soit aveugles, soit agies par un déni de grande ampleur. C'est que voyez-vous, Sartre n'y avait rien compris, trop occupé à boire des coups avec l'occupant, pendant qu'il rédigeait ses propres trucs illisibles dont il faut aussi dénoncer l'imposture; Hannah Arendt, nazie elle-aussi, car bien que sotte comme toutes les femmes, à s'amouracher ainsi d'un fonctionnaire du troisième Reich en raison de sa petite moustache bien taillée, il fallait que la pensée nazie trouve dans son cerveau influençable un terreau fertile. Derrida a beau noyer le poisson en disant qu'il faut déconstruire Heidegger en allant plus loin dans la direction que lui-même indiquait, il ne saurait faire oublier ses propres graphopathies imbitables, encore une imposture crânement repérée par Sokal et Bricmont, des scientifiques aux épaules solides, qui ne se laissent pas abuser par les volutes fumeuses d'une métaphysique qu'il n'ont jamais étudiée. (Pauvre Jacques Derrida. Il faudra bien aussi en parler, de la transformation de son concept de déconstruction en un sinistre biglotron qui là encore en est l'exact contraire).

Qui encore? Maurice Blanchot fut antisémite et collabo, si bien qu'il eût au moins raison sur un point: ne plus jamais oser montrer sa tronche. Alexandre Kojève, ce nabot stalinien qui espionnait pour le double compte du KGB et de la CIA, qu'espérez-vous en tirer? L'escroquerie intellectuelle et financière du gourou-charlatan Lacan n'est plus à démontrer. Ludwig Binswanger, ce pauvre psychiatre suisse prétendûment neutre, a dû recevoir un coup de soleil en visitant le mont Cervin le jour où germa dans son esprit flaccide l'idée ubuesque d'une "analyse existentielle". Foucault? Mais la CIA l'adorait! Marcuse? Il était sous LSD toute la sainte journée! Il faudrait en citer bien d'autres encore, des poètes roumains, des cinéastes sérésiens, mais le cas le plus désolant est sans doute le pauvre Emmanuel Lévinas. Le brave homme, certainement gâteux prématurément comme jaja, déclarait dans Ethique et infini (pp 33-41, édition Fayard 1982) que "bien que Heidegger ne se soit jamais disculpé à ses yeux de sa participation au national-socialisme", Etre et temps lui apparaissait encore comme un des 5 plus beaux livres de l'histoire de la philosophie (avec le Phèdre de Platon, La Critique de la raison pure de Kant, La Phénoménologie de l'esprit de Hegel et l'Essai sur les données immédiates de la conscience de Bergson).

De toute façon, foin de ces auteurs désormais jurassiens, perdus dans des idéalités abstruses. Nous pouvons sans remords troquer cet onanisme intellectuel honteux pour des approches bien plus saines, empiriques donc vérifiables ou falsifiables, pragmatiques car tenues par des chercheurs bien ancrés dans le Réel et ne marchant point sur leur tête. Les neuro-sciences, la psychologie évolutionnaire, le néo-darwinisme socio-génétique, voilà des disciplines qui nous immunisent contre toute tentation nazie, qui fournissent des réponses - qui marchent, en plus -, nous délivrant des illusions de la métaphysique qui nous ont mené tout droit aux camps.

Bref il faut libérer la philosophie contemporaine du nazisme qui gît en elle, retirer les livres de Heidegger de toutes les bibliothèques et interdire l'enseignement (?) de sa pensée dans toutes les universités. En somme, il faut brûler Heidegger pour en finir avec le nazisme, la pensée nazie. N'est-ce pas, monsieur Cespedès? Emmanuel Faye vous a tout expliqué, tout est lisible, consultable, repérable, dans les Cahiers noirs, sortis de la forêt noire dans la nuit noire et obscure comme le chantaient les inconnus.

Et s'il se trouve un homme malhonnête, monsieur Cespedès, un Chapoutot pour soutenir qu'est nazi en son histoire comme en son essence le management, qui voit en l'homme une "ressource" comme un combustible ou une machine-outil, il faut dire, écrire, hurler partout que cet homme-là est un nazi. Se poser la question de l'origine nazie de la non-pensée managériale, pensée administrante et calculante, qui n'est rien d'autre que l'aboutissement ou la maximalisation de cet oubli de la question de l'être que Heidegger essaie de penser sous la forme de l'administration technique du Monde, eh bien c'est très suspect. C'est comparer le régime de l'entreprise à un camp de concentration, c'est assimiler des hommes riches mais respectables, parce qu'ils nourrissent des millions de personnes, à des nazis. 

Cette analogie, que dis-je cette assimilation tendancieusement crypto-marxiste et crypto-heideggérienne, est immonde, scandaleuse, négationniste. Car elle nie la spécificité historique du nazisme, situé précisément dans le temps et l'espace, et quiconque prétendrait, comme un Godard, qu'on avait cru au sortir de la guerre qu'on sortait du nazisme alors qu'on y entrait seulement, est un négationniste doublé d'un antisémite.
Moi, je soutiens, monsieur Cespedès, que la pensée managériale non seulement n'est pas nazie, mais encore est appelée à fonder un monde nouveau, d'amour, d'inclusivité et de bienveillance, et cette ère, je la baptise solennellement, devant vous, sans ciller: L'intelligence connective. ça commence aujourd'hui, et sur tik-tok.