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samedi 18 juillet 2026

Harcèlement trans-ondes (interlude et notule éphémère 2)

 

 

 [ce texte éminemment long et dispensable est un droit de réponse circonstanciel que tout lecteur désireux de nourritures spirituelles est invité à passer - sauf peut-être la partie insérée entre deux balises ***, pouvant servir, comme synthèse rapide (quoique incomplète) des chapitres précédents (consacrés bien sûr à la question de l'identité, de la subjectivité: inlassable fil rouge de ce blog), potentiellement utile pour clarifier et prévenir les contresens et procès prévisibles, et d'ailleurs attendus, concernant les textes dédiés au "genre"]

 

 

Dans une notule éphémère de 2022 destinée, du moins je l'espérais, à rester orpheline, je fus obligé d'évoquer un triste et inquiétant (pour lui-même, comme il dit) personnage littéralement obsédé par ma personne, à cause de qui j'ai décidé de quitter en 2018 un forum de cinéma où il s'attaquait à chacune de mes interventions pour dire, redire et redire sans fin à quel point j’étais un sale type, qui en sus n'écrivait que des conneries.

J'ai fait un bref historique dans ladite notule, relatant que malgré mon départ de ce forum, cet individu continue à régulièrement rendre compte des mes écrits par des résumés effarants, à m'inventer de nouvelles tares, me diffamer, me souiller, soulager sa vessie sur mon être entéléchique et s'inquiéter (sic) de mon état psychique. 

Et je ne me suis plus occupé de lui, bien que lui, au contraire, ait continué et continue à distiller ses "inquiétudes" à mon sujet: j'aurais dégringolé d'abord dans la droite (ce qui était déjà acquis), puis l'extrême droite, allié objectif du trumpisme, transphobe, misogyne cultivant particulièrement la haine - tenez-vous bien - "des femmes qui travaillent", ainsi qu'un ressentiment envers des professeurs de morale laïque, etc. Terrifiant, n'est-il pas?

 Citations (parmi d'autres):

 

 12 octobre 2023

 

PS la fixette de Müller est similaire à celle encore plus délirante de Jerzy sur son blog a l'encontre de la théorie du genre, voire des corrs d'éducation sexuelle dans les écoles publiques en Belgique. Basculement à la fois cocasse dans son contenu et inquiétant dans ses conséquences

 

3 janvier 2024

 

[Jerzy] semble dans un état psychique encore plus inquiétant que nous et est passé de l'autre côté à tous les niveaux


19 Juin 2024

 

si tu vas sur le blog de Jerzy trois constats s'imposent :

-il a besoin d'aide

-il lit rarement ce qu'il critique, ou en tout cas sa virulence est proportionnelle à son ignorance

-il perçoit malgré tout assez bien l'air du temps, et est passé bien à droite (enfin ce n'est pas une surprise, vu sa posture d'intellectuel anti-intellectuel en quête de public travaillée depuis des années), et fait une fixette façon Frigide Bardot/ Karl Zero (ou pour le coup du Macron en campagne ) sur les trans et le gender, au point d'écrire des conneries sur les cours d'éducation sexuelle en Belgique , qu'il essaye d'adosser de manière malheureuse à son passé de phénomonologue/anthropologiste existentiel . Pour lui les profs de morale ou d'éducation civique qui abordent ce sujet d'imbéciles suppôts du post-humains, qui refoulent mal la haine de la finitude anthropologique et les leçons d'Heidegger et s'attaquent à des enfants pporu trouver un exhutorie à leur ressentiment, là où mon épicier pakistanais se contentait de laisser des flyers à côté de sa caisse, rédigés de manière plus sobre et constuite et en fait plus respecteuse du débat politique - il faut croire que les reculs que vivent les femmes est un non-sujet pour lui ).

A croire qu'il restait (en apparence) de gauche grâce à moi...vous devriez me remercier.

 

5 juin 2026

J'ai été sur le forum des Cahiers puis des Spectres. l'angle Straubien ou historiciste du forum pouvait ponctuellemùent donner lieu à des textes intéressants, qui dépassaient la posture puriste. Je me suis pris Jerzy dans la gueule, (j'avais malré tout assez étudié ppour comrpendre qu'il racontait des conneries, en le sachant), et vois à présent qu'il tape sur les mêmes cibles que Trump (les transexuels, les cours d'éducation sexuelles au collèges, les profs laïcs, les femmes qui travaillent avec lesquelles il est directement en concurrence économiquement, la musique qui était mieux avant) bref tout cela est prévisible, pas besoin de sortir Kojève et de rompre avec Nietzsche. Ceci dit, Bégaudeau, c'est un Jerzy qui a réussi, c'est à peine mieux.

   [...] Jerzy. Il m'inquiète (pour lui) mais il ne me manque pas. Après je lui ressemble un peu, c'est vraiment les petites différences qui nourissent rapport raté... (sic)

                       

 J'ai laissé le récipient d'air égrener ses perles d'amour quatre longues années, sachant pertinemment que ces adresses à ma personne, quand-bien même je ne fréquente plus depuis 8 ans le forum où il s'épand, sont mues par la jouissance creepy qu'il tire de la seule idée que tôt ou tard, je tomberai sur ses brillants diagnostics - et les commenterai.

Je ne vais bien entendu pas m'étendre plus que de raison sur l'inanité d'une tâche titanesque qui m'épuisa en son temps: répondre à la bouillabaisse de paralogismes, malcomprenures, morphèmes désarticulés (sous l'effet on l'imagine de quelque funeste substance) mêlés de malveillance, de mensonges et de diffamations, qui composent l'ordinaire de sa prose a-sémantique quel que soit le sujet abordé ("imbéciles suppôts du post-humain"..."angle straubien ou historiciste"...  "posture puriste", etc, etc: mais de quoi il parle?).  C'est la compagnie jadis forcée de ses énoncés amphigouriques qui me fit prendre conscience de la Loi de Brandolini avant même de la connaître: tenter d'invalider des âneries consume beaucoup, beaucoup d'énergie.

Néanmoins, j'estime devoir répondre ici à aux dernières arguties en date de ce triste sire me concernant, qu'elles soient épistémologiques, politiques, psychologisantes, moralisantes, psychiatrisantes.

 - *** Je suis de gauche, j'ai toujours été de gauche. Je ne m'attaque à aucun "transsexuel" (sic. il ne s'agit pas de "sexe" mais de "genre", ce qui déjà indique que vous n'entravez que couic à la question). J'ai proposé une analyse critique de la "théorie du genre", une analyse critique de gauche qui indique en quoi cette dernière s'inscrit dans une centration individualiste, sous l'espèce récente de son atomisation ou segmentation à laquelle invite et même enjoint la loi et l'idéologie de marché néo-libérale. Et plus spécifiquement la gestion managériale des humaines ressources ainsi que sa novlangue flexibilisante.

Je ne m'attaque pas aux personnes qui s'identifient à un genre, j'interroge le concept même d'identité et de pleine conscience de Soi, une néo-conceptualité positiviste, psychologiste, personnaliste, essentialiste et injonctive (autant de dimensions qui savamment dosées centrent l'individu sur lui-même en l'incitant à réduire la perception politique des rapports de domination à des enjeux d'identité personnelle anhistorique et a-politique). J'amorce un examen de la genèse historique du succès marchand de ce nouveau "rapport-à-soi", et montre que l'invocation de Foucault ou Deleuze se fait au prix d'un contresens massif, car c'est précisément tout ce contre quoi leur pensée se déploie. 

J'indique pourquoi, selon moi, ce nouveau "rapport à soi" prétendûment déconstruit (incluant le succès - déjà déclinant - de l'autodiag de TDI avec sub-personnalités et alters tenant colloque sous la supervision d'un ego-master, comme dans un conseil d'administration - c'est la même problématique), sans contester l'évidence d'une minorité de cas cliniques correspondant spécifiquement à ce qu'on nomme une "dysphorie de genre', est surtout le terrain d'une proposition conjoncturelle de subjectivation décryptable comme l'intériorisation ou internalisation d'une vision du monde que la droite socio-économique (plus simplement dit: le capitalisme) a fait triompher, et qui constitue un recul préoccupant par rapport à ce qui avait patiemment été acquis par la pensée critique de gauche.

Précisément celle d'un Foucault ou Deleuze: sortir du Savoir-pouvoir, du Sujet-assujetti, sortir des logiques d'identité personnelle, de l'injonction à dire "ce que l'on est" et "qui on est", sortir des "moi-en-tant-que" et des "voilà qui je suis", mais aussi sortir de la segmentation d'un sujet flexible voulue par le régime de l'entreprise, qui transforme les in-dividus en dividus toujours plus divisés, modulables, dont l'identité se doit d'être une donnée toujours plus fluide et précaire: recyclage permanent, formations continues, réinvention de soi (Deleuze, contrôle et devenir). 

Pousser toujours plus loin les limites de la "résilience". Ce concept fabuleux, importé des Etats-Unis, emprunté à la physique des matériaux, désigne leur ductilité, particulièrement les propriétés exploitables du Plastique, comme le montra très bien Serge Tisseron. Ce programme enthousiasmant de "toujours plus de plasticité", annonçant directement l'épatant concept de "toujours plus de fluidité" importé lui aussi des States. doit beaucoup à l'inénarrable Cyrulnik, prophète des 'merveilleux malheurs' passés, présents et à venir. Jusqu'à quel point le sujet-employable peut changer de forme sans se dés-intégrer. Phénomène analysable aussi en termes classiquement marxistes d'aliénation produite par la division du travail (et par le travail). 

Deleuze enregistrait ce recul personnaliste ou internaliste bien sûr dans l'Anti-Oedipe, Dialogues, Mille Plateaux, dans des textes comme "les intercesseurs" (notamment "le couple déborde"), "contrôle et devenir" (in Pourparlers). Foucault pratiquait dans La volonté de Savoir (tome 1 de L'Histoire de la sexualité) le soupçon sur la prétendue libération des sujets promise par l'incitation au discours-sur-soi, particulièrement en tant que sujet sexuel (les formes nouvelles, productives et plus seulement répressives, de la confession et de l'aveu. Oui, lui il parlait de sexe. Il ne pouvait pas se douter en 76 que "genre" allait devenir le concept dominant et multi-explicatif d'une nouvelle épistémè). Etc etc. 

 Extraits de Foucault et Deleuze déjà cités:

"Partout ont été aménagées des incitations à parler, partout des dispositifs à entendre et à enregistrer, partout des procédures pour observer, interroger et formuler. On débusque [le sexe] et on le contraint à une existence discursive. De l'impératif singulier qui impose à chacun de faire de sa sexualité un discours permanent, jusqu'aux mécanismes multiples qui, dans l'ordre de l'économie, de la pédagogie, de la médecine, de la justice, incitent, extraient, aménagent, institutionnalisent le discours du sexe, c'est une immense prolixité que notre civilisation a requise et organisée (Foucault, la Volonté de savoir, 1976, p. 45)

[...] Il faut se faire une représentation bien inversée du pouvoir pour croire que nous parlent de liberté toutes ces voix qui, depuis tant de temps, dans notre civilisation, ressassent la formidable injonction d'avoir à dire ce qu'on est, ce qu'on a fait, ce dont on se souvient et ce qu'on a oublié, ce qu'on cache et ce qui se cache, ce à quoi on ne pense pas et ce qu'on pense ne pas penser. Immense ouvrage auquel l'Occident a plié des générations pour produire - pendant que d'autres formes de Travail assuraient l'accumulation du capital - l'assujettissement des hommes; je veux dire leur constitution comme "sujets" aux deux sens du mot. (La volonté de savoir, p. 81) 

Deleuze, Dialogues, 1977] Il y a tout un système social que l'on pourrait appeler système mur blanc - trou noir. Nous sommes toujours épinglés sur le mur des significations dominantes, nous sommes toujours enfoncés dans le trou de notre subjectivité, le trou noir de notre Moi qui nous est cher plus que tout. Mur où s'inscrivent toutes les déterminations objectives qui nous fixent, nous quadrillent, nous identifient et nous font reconnaître; trou où nous logeons, avec notre conscience, nos sentiments, nos passions, nos petits secrets trop connus, notre envie de les faire connaître (p. 57) [...] "Sur les lignes de fuite, il ne peut plus y avoir qu'une chose, l'expérimentation-vie. On ne sait jamais d'avance, parce qu'on n'a pas plus d'avenir que de passé. [...] "Moi, voilà comme je suis", c'est fini tout ça (p. 59). [...] Ne pas "faire le point": plutôt tracer les lignes [...] Il n'y a pas un terme dont on part, ni un auquel on arrive ou auquel on doit arriver. Pas non plus deux termes qui s'échangent. La question, "qu'est-ce que tu deviens?" est particulièrement stupide. Car à mesure que quelqu'un devient, ce qu'il devient change autant que lui-même. (p. 8)"

Pour comprendre tout ce que j'essaie de dire sur ces questions, incluant le problème de l'ego-cogito cartésien selon Heidegger et Foucault, le lien entre la pensée de Heidegger et celle de Foucault; pour se demander pourquoi une théorie périphérique importée des States (et que l'on doit à un psycho-sexologue maniaco-dépressif) est devenue en 10 ans le modèle uni-total infalsifiable expliquant tout et le contraire de tout; pour méditer sur la tendance inflatoire à réduire la négativité de l'expérience humaine (l'absence d'identité ou de nature où se joue son indétermination et sa liberté) à 4 maigres propositions ou alternatives censées être au centre des préoccupations les plus urgentes de toustes, de 5 à 95 ans: 'ne pas se sentir homme', 'ne pas se sentir femme', 'se sentir homme et femme, 'ne se sentir ni homme ni femme', soit le nouveau dogme de la Quaternité ringardisant celui de la Trinité et devenu une "Réalité-indiscutable-que-si-tu-la-contestes-tu-es-un-fasciste-et-un-ignare", je suggère de simplement lire les 2 textes en question formant un continuum: d'abord celui-ci, ensuite celui-là, puis éventuellement celui-ci.  Je dis bien lire, et non pas tirer au sniper depuis un mirador par simple désir vengeur d'annuler le scripteur. 

J'y analyse aussi la contradiction interne du concept flou de "genre", qui fait coexister de manière dissociée deux définitions incompatibles: une ancienne (sociologique) et une nouvelle (purement psychologique et internaliste). Dans les littératures sur le "genre", ce dernier se trouve simultanément défini, 1. comme une norme sociale, une stéréotypie comportementale arbitrairement associée au sexe biologique (à déconstruire dès lors: le "genre" ainsi compris est un construct social aliénant dont on doit sortir, il ne s'agit pas de s'identifier-à-un-genre, mais de s'en dissocier) ET 2. un "ressenti personnel profond et intime" (dixit le manuel), inconditionné, cad ne pouvant être induit par la société (dixit le manuel), qui me définit et par quoi je me définis, et qui ne renvoie à rien sinon à l'intériorité supposée d'un rapport pur et non altéré de soi-à-soi. J'analyse les conséquence schizogènes de l'internalisation de ces deux définitions antinomiques du "genre", en termes de nœud logique et de double bind - Bateson, Watzlawick.


 Ah, le ressenti intime et profond, non induit (dixit le manuel). cette chimère toujours bien portante, plus que jamais bien portante dans la psychologie du sens dit commun, de l'intériorité pure, du ressenti intime pur inconditionné, de l'accès direct inaltéré à un soi originaire, clair et distinct, transparent à lui-même par introspection, immédiat, indemne de toute influence extérieure, de toute médiation langagière: auto-affection - cad un Soi qui est affecté par lui-même, qui se reçoit lui-même. 

Soit encore et toujours l'ego-cogito originaire de Descartes - malgré la réfutation kantienne; malgré la conscience husserlienne revue par Sartre (qui n'est pas déjà-là, toute seule,' qui n'est 'rien' que je puisse posséder ou qui m'appartienne en propre, car elle n'existe qu'en tant qu'elle vise un objet qui est autre qu'elle-même); malgré le stade du miroir hégélo-lacanien; malgré les poètes (je est un autre - je suis né troué - je me suis bâti sur une colonne absente); malgré tant de choses encore...

Cette bonne vieille âme cartésienne qui fait un retour en force, tout en haut du podium, bonne vieille substance pensante qui existe, qui est bien là, une certitude, au moins une évidence sur laquelle je peux me reposer. C'est bien moi qui pense, ça on ne peut pas me l'enlever, c'est mon ressenti intime et profond. J'ai ce truc à moi, invariant, qui subsiste et demeure, bien campé sur ses deux jambes inexistantes, bien ancré dans le sol invisible de ma tête, et que je retrouve toujours, une fois éliminées (réduites) toutes les altérations et impuretés externes, en premier lieu mon corps (cette chose incertaine, enveloppe ductile et passagère qui me gêne aux entournures, et je ne parle pas de l'apparence visuelle de mes organes sexuels externes, ni du sexe qu'on m'a assigné à ma naissance, cette entourloupe du malin génie). 

[...] 

Résumons-nous (encore). Ma critique est donc articulée non pas au nom de concepts et valeurs de droite: identité, race, sexe, nation, civilisation, âme, esprit, fantasme d'une transparence originaire et plénière du Moi, ou toute autre obsession du trumpisme-vancisme et du zemmourisme onfrayien au fondement de tous les fascismes, mais au contraire depuis la "déconstruction" de ces concepts d'identité, d'identification, de sujet, de subjectivité propre ou propriétaire.   ***

 Et ce faisant, je poursuis le même questionnement qui est au cœur de mon travail depuis toujours. Et peu me chaut que les modalités rhétoriques vous offusquent, car là non plus vous ne comprenez absolument pas de quoi je parle ni à qui je parle. c'est crypté. C'est pas pour vous. Laissez tomber. 

 

Le déshonneur par association pratiqué avec l'enthousiasme débridé d'un exhibitionniste se rendant à la fête du slip: j'aurais les mêmes cibles que Trump. 

Le procédé honteux pour éteindre, disqualifier un discours critique sur un objet, étant de dégainer une accusation de "transphobie", assortie ici, en guirlandes, de "virilisme", "machisme", "incelisme" peut-être la haine des femmes, et des femmes qui travaillent, parce qu'elles seraient mes concurrentes économiquement. Jusqu'où votre haine aveugle vous pousse, tout de même. Vous osez tout, et c'est à ça que je vous reconnais. Quel opportunisme, quelle promptitude dans l'art de diffamer.

Bien évidemment, on peut - et on doit - critiquer avec rigueur, d'un point de vue épistémologique, la notion d'identité-de-genre, ses contradictions internes, sans se voir accusé d'une phobie quelconque ni  d'allégeance au fascisme trumpien réel. C’est une partie de ce travail que j'accomplis dans ces textes dont vous offrez - comme toujours - un 'compte rendu' aussi inepte que dégueulasse, dans un espace fermé (à tout nouveau membre) mais lisible par tous. Il faut donc bien vous répondre. Vos associations honteuses, mensongères, calculées pour explicitement salir (et espérer faire souffrir l'être sali), sont du même ordre que l’assimilation de la critique d'Israël à de l'antisémitisme (et je vois assez bien ce procédé utilisé dans les salons de causerie que vous fréquentez, monsieur Gontrand, là où vous édifiez de vos lumières vos contemporains, vous, un homme de gauche. Allons, est-ce bien raisonnable).

- En outre, je considère bien évidemment que le trumpisme est le danger, l'extrême-droitisation de nos sociétés est le danger, le retour avéré à un fascisme radical est le danger. Et je suis originairement solidaire de toute minorité persécutée, à qui on retire quelque droit, mise en danger. Seul un imbécile profond ou profondément malveillant peut tenter de faire passer l'idée que parce que je critique une théorie et un concept, je suis concrètement l'ennemi des gens qui y souscrivent et me place dans le rang de ceux qui voudraient leur retirer des droits. 

 J'ai d'ailleurs décidé, dès l'accession de Trump à son second mandat, de laisser provisoirement de côté mes analyses sur la question du "genre", estimant que dès lors que l'Ennemi s'empare d'un sujet que l'on abordait soi-même, avec un programme de persécution des personnes et des groupes, de retrait de l'exercice de leurs droits de transitionner, cette thématique, considérant le champ de forces et de pouvoir actuel, et par solidarité avec toute minorité menacée, devait n'être provisoirement plus traitée. Ce qui est un réquisit ethico-politique élémentaire. Je n'y reviens ici que contraint par votre insistance. La date de mes derniers textes sur la question (2023) en fait foi. Mais on peut compter absolument sur vous pour machiner des anachronismes malveillants (voir ci-dessus vos notules de 2024 et 2026), et répéter sur un forum que je tape sur les mêmes personnes que Trump.  

Je suis un démocrate. Je ne vais jamais me plaindre à la police, même si un allumé du réverbère appelle mon jadis lieu de travail pour obtenir mes coordonnées, tombe en première instance sur une pharmacie, puis s'en plaint sur le forum. Je vais jusqu'à lui indiquer une vieille fiche trainant sur google. Je suis comme ça, moi, ingénu et confiant en l'humaine sagesse, inconscient des dangers qui menacent dans l'ombre, des psychopathes qui déambulent sous les fenêtres un soir de canicule, une rapière à fromage dans la main gauche, un tournevis cruciforme dans l'autre. Et même si le type m'appelle au milieu de la nuit pour me hurler dessus, même si la semaine qui suit il me sonne plusieurs fois par nuit, je me contente de résilier mon abonnement, de frissonner et soupirer impuissamment.

 Je ne souhaite rien interdire, rien imposer. Que chacun, chacune, fasse ce qu'il veut de son corps, de sa vie. Absolutely free. Tant mieux si ça convient, et si ça ne convient pas, ma foi, une mauvaise expérience vaut mieux qu'un bon conseil. Pour ce que tu crois, là encore c'est ton affaire. Si tu penses que les licornes existent, no souci. Desipere est juris gentes. Si je pense que ce n'est pas le cas, essaie juste de ne pas me traiter de licornophobe ou de fasciste. Tout le monde doivent être heureux. Peace on earth.

 

- Je ne vois pas où, sauf dans la déformation maladive qu'impose votre volonté à chaque mot que j'écris, j'aurais exprimé une critique de "femmes qui travaillent", ou des "professeurs laïques'. Je n'ai aucun problème ni vis à vis des femmes, ni vis à vis des trans, ni vis à vis des professeurs laïques. Ne m'obligez pas à parler de ma femme sinon ça va mal finir. Elle ne s'identifie pas comme une femme et professe pendant que je m'amuse (et elle ne vous transmet aucun bonjour, car bien entendu je lui parle de vous). Je suis un militant laïque, mais pas post-colonialiste ou anti-décolonial pour autant. Je ne critique pas des "cours d'éducation sexuelle", j'analyse dans le détail (voir supra) les contradictions internes du programme d'evras embrassant la néo-gnose contradictoire de la "théorie du genre".  

Et gardez pour vous vos fantasmes de fonctionnaire salarié sur la "concurrence économique": je ne suis en concurrence économique avec personne, étant comme vous ne pouvez l'ignorer (puisque vous me lisez au tire-ligne armé de votre taser de malveillance), exclu du champ économique. Essentiellement par désir. Et j'aime critiquer les professionnels de la profession, c'est un exercice très sain de la pensée, indispensable. Il n'est guère que des ronds-de-cuir mentaux comme vous (certainement contaminé par la mentalité des machines à tuer sociales que vous fréquentez plus que de raison dans les espaces liminaux virtuels, vous, l'homme du Réel, est-ce triste) qui croient que critiquer des professeurs est l'indice d'une rivalité (je n'ai aucun rival dans l'art l'enseigner, homme, femme, chien ou cochon) ou d'une concurrence économique.

 - "La musique c'était mieux avant": comme c'est lamentable, cette retraduction d'un propos qui justement signale que ce qui a disparu dans un trou noir, ce sont la plupart des avant-gardes, et de paresseusement suggérer, toujours par fiel et toujours en déformant le propos, que ça dénote une tendance réactionnaire. 

- Quelques allusions visqueuses, toujours basses et rampantes signalant encore votre volonté/espoir unidimensionnels de salir: "pas besoin de sortir Kojève et de rompre avec Nietzsche". Je me sers de Kant, Heidegger, Kojève, Sartre, Foucault, Derrida, Deleuze en creusant, donc, une même problématique de fond, contrairement à vous qui égrenez 50 noms à la minute pour faire se percuter 50 approches en un carambolage dantesque et un crissement de pneux atroce, qui signale à chaque mot décousu que vous déféquez sur toute altérité qui s'appellerait un lecteur, et qui ferait l'effort surhumain de vous lire avec une oblation lévinassienne. A propos de Nietzsche, je n'ai évidemment jamais rompu avec Nietzsche, n'ayant jamais été nietzschéien, ce qui ne m'empêche pas de réarticuler sa critique de la religion dans un exposé général. Quelle vilenie rabaissante souhaitez-vous encore suggérer?

Ah ça, on peut dire que vous m'avez cherché. Pendant 4 putains d'années, une lanterne à la main, dans les rues d'Athènes. Heureux homme, vous m'avez trouvé maintenant. Vous avez beaucoup parlé de moi, et ça m'a fait un tel plaisir, un véritable plééésir. Laissez-moi en retour, pour vous remercier, vous parler un peu de vous. De mon expérience de vous. Le goût de vous en moi. M'étant abstenu pendant 4 ans; pour ne point vous déranger, pour respecter votre liberté, ce besoin légitime de ne pas se sentir traqué, épié, balancé à la Kommandantür avec force rapports & comptes-rendus. Vous savez, je comprends très bien ces choses. Je les vis. Et si l'on compte que la notule éphémère 1, appelée par vous, vient elle-même après 4 ans de silence, ça fait 2 droits de réponses en 8 ans. 8 années de vous sans moi, mais de vous sur moi quand-même. Huit putains d'années de solitude atroce... (la vôtre, hein: pour nourrir un tel besoin de parler de moi). Permettez que je livre à cette occasion mon feedback. Ce toast. Pour célébrer ces retrouvailles tant désirées. Vous ne pourrez décemment pas dire: "dieu m'est témoin que je ne le souhaitais pas". Je gage donc que vous y prendrez le même pléésir. N'ayez pas peur, c'est juste de la justice redistributive, commutative. C'est important, vous savez, la justice. L'équité, la réciprocité.

 -  "je me suis pris Jerzy dans la gueule". Non, c'est moi qui me suis pris Gontrand, alias vieux-Gontrand, alias Super-Gontrand, alias Tony-le-mort, dans la gueule, du jour où il s'est inscrit sur un forum plus ancien encore, que je fréquentais. Dès vos premières interventions, vous vous fixâtes comme haute mission de révéler à la face du monde (du forum) que j'étais un pseudo-philosophe, un imposteur, un sophiste, un menteur, un pervers, une ordure, une "merde humaine" (hurlé sur ma ligne fixe une nuit, à la suite de quoi ladite ligne fut résiliée), un type qui essaie de vous faire croire qu'il sait des trucs, et dont la véhémence n'a d'égale que l'ignorance. Et, dès le début, les mêmes litanies étaient déjà bien posées: "moi qui ai assez étudié pour savoir qu'il raconte des conneries (en le sachant)".

Ben non, Monsieur. C'est le contraire. Dès le début, vous vous êtes signalé comme un "contradicteur" qui n'écrivait que des pâtés incompréhensibles, une soupasse indistincte et douteuse farcie de concepts mal compris, mal digérés et mal régurgités, une désespérante incohérence analytique noyée dans un name-dropping incessant. Et pour un résultat résolument nul quant à la possibilité d'être, ô non pas compris: simplement vaguement intuitionné.

Je me souviens très bien d'une des premières fois où je me suis heurté à vous. Vous aimiez (et aimez toujours) faire du "lacanisme" de buvette en accusant vos interloqués de manquer de Réel, de ne pas être dans le Réel, nous rappelant à tout propos que, pendant que nous nous branlions dans le virtuel à écrire, des gens mouraient, affamés, bombardés. Vous débouliez dans n'importe quel échange en citant un fait-divers ou quoi que soit qui puisse nous faire honte d'être par notre seule présence sur ce forum dans le déni du Réel. Ce fut d'emblée votre jeu de langage favori, et vous le pratiquez encore pour le dé-plaisir de vos rares interloqués sur "film-de-culte", car vous n'avez toujours pas compris, assimilé, que pratiquant ce noble sport vous n'êtes pas hors du jeu mais dans le jeu, et pas dans le Réel tant convoité mais hors du Réel. 

Je me souviens très bien d'une des premières fois où j'ai compris dans ma chair scripturale que j'avais affaire à un bully de l'espèce aboyante-aux-mâchoires-serrées, lorsque, après avoir écrit simplement: "Pour Kant, une intuition (ou affect) sans concept est aveugle, et un concept sans intuition (ou affect) est vide", je me suis reçu votre premier: "c'est faux" plein de morgue et de suffisance.

Je me souviens encore qu'après avoir reçu de votre part, sur un autre forum de cinéma, des tonnes de boue scripturale au sujet du travail que je menais autour de Kojève, nous nous retrouvâmes pour un échange dans la shoutbox de ce forum. A vous en croire, vous vous étiez procuré mon bouquin et étiez en mesure de démontrer que c'était un tissu de conneries. J'ai cherché alors à entamer une exposition des grandes lignes de ce travail, à clarifier, répondant tel un Jésus multi-giflé à chacune de vos objections & interprétations délirantes, grotesques, d'un niveau de compréhension qui ne peut pas décemment être qualifié de compétence résultant d'une étude quelconque de quoi que ce soit. Tout le long, vous m'avez interrompu en ricanant pour enfiler des contresens, des généralités creuses, et même des singularités creuses. Vous n'étiez que ricanement, sifflets et quolibets, fier comme un cosaque qui bat un enfant handicapé, et ce que vous m'écriviez était d'une telle bêtise, une telle démonstration de l'effet Dünning-Kruger que rien ni personne n'auraient pu entamer la carapace de votre génie auto-perçu.

Vous étiez posté à tous les angles de rue virtuels, dans l'attente de me coller une bastos. Il suffisait que j'écrive, par exemple, que j'étais super-content d'avoir acheté un clavier logitech à touches rétro-éclairées, même s'il m'avait coûté bonbon. Vous me fonciez dessus pour m'attrister: "faut vraiment être débile pour acheter un clavier à touches rétro-éclairées. Qui a besoin d'un clavier à touches rétro-éclairées?" (Ben je ne sais pas... vous par exemple?)

Vous avez toujours voulu me régler mon compte, sur le plan des compétences philosophiques que je n'aurais pas, et par là rendre justice aux vôtres, qui seraient malmenées, méprisées, écrasées, que sais-je. Mais mon pauvre monsieur, même avec toute la commisération dont serait capable un curé de campagne dénutri, il faut bien se rendre à l'évidence: vous n'écrivez essentiellement QUE des conneries, sans fin, dont la portée constitue un rébus, une énigme autant qu'un défi pour les générations futures, et qui en outre ne s'adressent jamais à personne. On ne trouve jamais sous votre plume un micro-atome de ce qu'on nomme une argumentation, un énoncé conceptuellement clair. On est dans le règne de l'assertorique et de l'association libre de sons, ou stochastique, entre cadavre exquis et improvisations erratiques imputables surtout à votre confiance un poil excessive en votre génie auto-perçu, donc. Mais il vous fallait, il vous faut encore, camper sur mon dos en chien de fusil, dans le but d'annuler rhétoriquement tout ce que je peux écrire, pour vous sentir par contraste dans la peau de quelqu'un qui arrive à penser, à écrire, quelque chose de - peut-être- intéressant (?), communicable (?) à quelque autrui désœuvré qui voudra bien tendre l'oreille. Et ceci alors que j'ai disparu depuis maintenant 8 ans. 

Mais non. ça ne vous suffisait pas, cette totale liberté d'action, cette déjerzyfication radicale. Ça ne vous satisfaisait point. Vous avez ce besoin, vrillé au ventre, cette envie de dire, redire, et redire encore, sans vous lasser, à qui peut vous lire là-bas: Jerzy , qui n'a jamais été à gauche, a viré à l'extrême droite, il s'en prend aux profs laïques, aux transsexuels. La même ritournelle, de 2023 à 2026: "jerzy... extrême droite, les transsexuels, les professeurs de morale laïque"... "Jerzy, extrême droite, les transsexuels, les professeurs laïques, les femmes qui travaillent... Trump".

Ce qui est déplorable (pour moi), c'est que je sens dans vos écrits, sur des années et des années, une sorte de perversité sombre, quelque chose qui grouille, un peu dégueulasse, une endurance dans la volonté, l'espoir fou, de souiller systématiquement tout ce que je peux écrire sur ce blog que vous surveillez, planqué en embuscade. Comme vous le fîtes pendant une décade sur les forums, que j'ai fui pour ne plus vous croiser. Mais vous vous accordez cette toute puissance, qui n'a jamais été jusqu'ici et ne sera jamais sanctionnée dans le Réel pour ce qu'elle est: un harcèlement.

- Pour vous, je suis manifestement bien plus important que vous ne l'êtes pour moi: je représente la connerie, et - l'expression est riche parce qu'elle dit tout de votre obsession d'une justice à rendre, et de l'auto-justice que vous rendez, années après années -: "vous avez fait assez d'études pour comprendre que ce sont des conneries."

C'est là qu'il faut vous répondre, monsieur gontrand super ou tony-le-mort. Non, tout simplement non: vous n'avez pas assez étudié, et en ce qui me concerne et depuis le tout début, vous ne comprenez littéralement rien à ce que j'écris. Pour deux raisons simples:

 1) Vous ne lisez pas mes textes dont vous prodiguez les 'compte-rendus'. Vos contresens systématiques le prouvent à foison. Vous savez d'avance que c'est de la connerie, donc vous n'avez pas besoin de lire. La seule chose qui vous intéresse, qui vous motive, c'est un affrontement, trouver un moyen de me casser, m'écraser, en isolant à la hâte, impatient de me dominer et de me réduire au silence, un tronçon de phrase. Juste, vous survolez nerveusement, comme un frelon fiévreux cherchant un endroit pour son dard. Puis vous pointez un mot, une phrase, d'un doigt triomphal et vengeur, avec un ricanement sec, tel Nelson Muntz, satisfait de m'avoir remis à ma juste place: la fange de la médiocrité. Vous ne me lisez que lorsque je vous réponds, titillé par vos projections audacieusement psychanalytiques. Alors là, ca vous captive, ça mobilise tous vos sens (sauf celui de l'intellection, qui hélas reste hors-circuit). Parce qu'il y a de l'insulte potentielle à la clef, et ça vous donne des émotions fortes, vous vous sentez une victime. Offensé et humilié. Tout votre corps se crispant alors, puis se tendant au maximum comme un ressort débondé, vous hurlez à la lune, et menacez d'appeler les flics.

Vous vous épargnez d'autant plus l'effort de me lire que: 2) vous estimez depuis votre toute puissance auto-perçue, que vous savez déjà tout sur tout, juste en clignant de l’œil. Votre prose ahurissante le démontre à foison. Moi, contrairement à vous, je vous lis attentivement. Je vous relis plusieurs fois, même - et je suis fasciné, effaré. Je constate que vous avez un sérieux problème, et cela m'inquiète (pour vous). Vous êtes en effet le Pic de la Mirandole de notre temps. Vous savez tout, de la méta-hydraulique à la gynécologie dans l'espace. Quel que soit le sujet abordé, vous en avez une connaissance démiurgique et en surplomb. Vous pénétrez directement le noumène du phénomène, sans reste. Toutes choses se dévoilent sans offrir la moindre résistance. Mais bien plus fort que Pic: vous, vous avez conquis le savoir absolu par génération et combustion spontanées, auto-engendrement, causa sui. Vous vous autorisez de vous-même, vous vous nourrissez de vous même et vous cannibalisez vous-même sans l'aide de personne. 

Les compte-rendus que vous faites de vos lectures l'attestent encore de façon hypnotique. Quel que soit le bouquin, c'est à peu près le même contenu, marqué du sceau de vos chiasmes personnels opérant comme des philtres magiques : l'auteur y est toujours pris dans une conscience politique vécue à la fois comme l'envers d'une position morale et le retournement de la possibilité d'une conscience politique paradoxalement vécue comme une inversion de sa propre impuissance convertie en esthétique, ou l'inverse. Et on peut rebattre les cartes en permutant les termes.

 "A la fois", "en même temps", "se retourne", "envers", "endroit", "envers qui se convertit/retourne en endroit (et réciproquement)", "conscience", "morale", "sociale", "politique", "esthétique" sont les TC (termes-clés), les hypostases: stables, fiables, basés. S'y adjoignent moins systématiquement, mais significativement, les termes "impuissance" et "paradoxal". Entre ces repères fixes, de nombreuses combinaisons sont possibles, quoiqu'en nombre fini. La machinerie alors s'ébroue, se met en branle, inexorable. Vous voilà enfilant les variations hardies en mode semi-aléatoire-contrôlé comme on tresse des scoubidous en aspirant de gros pétards ou en sniffant des rails de coke, avec une self-indulgence stupéfiante. Au premier regard, il y a un effet de sidération, de brillance, de brillant vertige. On a le sentiment de naviguer à vue sur une mer houleuse, imprévisible, sous laquelle mugissent des abîmes de profondeur insondables et insondés. A l'usage, cependant, une certaine prévisibilité s'installe, et la sidération tend vers l'estompage.

J'admets ne pas être fan de cette "école", de cette "tradition". Voyez-vous, je suis de celles de la sobriété, du classicisme, avec une certaine dilection pour l'austérité, une attention au sens du texte. J'ai en horreur les états de conscience modifiés, les bateaux ivres et leurs vapeurs d'alcool. C'est pour ça que je suis en mesure d'assumer tout ce que j'écris. Ce que j'écris est pensé, articulé, chaque mot est pesé, mesuré au cordeau. Chaque insulte est choisie avec un soin chirurgical. Chaque contenu est livré avec une note d'intention rhétorique délibérée, pour restituer aux concepts leur valeur corporelle, charnelle. Et c'est la même unité de préoccupation, ce sont les mêmes questions qui sont traitées, reprises, approfondies, relancées. Il y a là une unité systématique fruit d'un travail continu, sans cesse remis en jeu, sur l'appentis. Je ne tente pas de me vanter ni de vous rabaisser quand je dis ça. C'est constatable, vérifiable, comme dirait l'autre: je peux rendre autant compte de l'unité thématique reliant toutes mes analyses et que je peux rendre compte de l'inanité a-thématique qui caractérise votre prose non pas unaire mais urinaire, si je puis me permettre. It's a fact. A real Fact. Vous n'êtes pas philosophe, je suis philosophe. ça vous rend fou, non seulement de le constater pour et par vous-même, puisque vous vous obstinez à cracher, année après année, sur mes textes que vous ne lisez jamais. Et cela vous rend fou que je vous réponde, avec comme seule réponse possible que, pauvre monsieur, comme toujours, vous m'attribuez une connerie que je n'ai pas pour affirmer une intelligence que vous n'avez pas.

 Et c'est ça qui s'est passé, dans l'historique Réel, pas le fantasmé: je vous ai pris dans la gueule, avec vos ricanements à chaque fois que j'écrivais un truc. Et dès lors, au bout d'un moment, à force d'endurer le blob invertébré sortant de votre clavier, vous m'avez pris dans la gueule. Je lis bien, dans l'endurance de votre ressentiment, que vous voulez me faire rendre gorge de cette injustice: m'être intéressé, enfin, à votre pratique discursive boutficelledechevalesque, faire rire en la pastichant. Et si vous me forcez, j'aurai bien des choses non pas à dire (car il n'y a rien à en dire sinon célébrer ce "rien qui fait sonner la vie, comme un réveil au coin du lit" comme chantait Ferré), mais à rire (tant de conneries, de propos sans queue ni tête qui s'annulent les uns les autres d'une phrase à l'autre pour aboutir à un gloubiboulga de niaiserie. ça ne s'invente pas, ça s'imite).  

En dehors de ça, je vous le dis une fois tous les 4 ans quand vous me relancez, comme ici. Je ne m'intéresse pas à vous, voyez. Je me suis juste penché en son temps, après que vous m'ayez suffisamment asticoté à mon goût, sur vos permutations cruciverbiques, noyées de noms propres, se multipliant comme les appendices d'un myriapode qui ne va jamais nulle part parce que ses pattes frétillent dans toutes les directions. Vos propos ne m'ont intéressé, d'une part, que comme un cas littéraire à étudier, et à pistacher, vu le degré de stéréotypie du phénomène et son inusable potentiel comique, et - d'autre part - ils constituent un pré-texte pour ma réflexion. Car, vous le concevez, je suppose que vous le concevez, je ne me suis jamais adressé à vous réellement, et en ce moment-même je ne m'adresse pas à vous: je réfléchis (sur) la place de l'autre dans la psyché, l'aliénation constitutive de la conscience. Donc, une fois de plus, & comme toujours: vous berdelez sur ma tronche; je fais mes gammes (comme Igor Wagner dans Les Bijoux de la castafiore). Watch and learn (si seulement).

- Je ne m'intéresse pas à vous, et je ne m'inquiète pas non plus pour vous. C'est étrange, n'est-ce pas, cette "inquiétude" que vous tenez à manifester à mon sujet: il est évident dans votre récit de formation hétéro-biographique que j'ai de gros soucis, que je vais mal, de plus de plus mal, toujours plus mal. J'ai chuté plus bas que terre, selon vous, et vous vous inquiétez de la possibilité (qu'on imagine déjà actuelle) que je tombe encore plus bas, toujours plus bas. Et cela vous inquiète pour moi-même. Vous aviez même, à force de dire que j'ai des problèmes, de gros problèmes, et que vous vous inquiétez (pour moi-même), stimulé par devers vous le slogan burlesque "jerzy est en dépression", qui a fait un temps florès, spécialement chez deux ou trois de mes feu détracteurs persuadés de m'avoir remis à  ma place, fessé et humilié. C'est dingue. Et moi, j'ai joué le jeu, j'ai parlé de ma bibliothèque emportée par une inondation hypothétique, de collocation psychiatrique non consentie, à Pépinster (sans doute concevable, pour qui ne m'aime pas, mais quand-même ! Pépinster: la bourgade sinistrée par les inondations. Ils n'ont même plus d'école, alors une unité psychiatrique, vous pensez). Et vous avez plongé. Diantre. Ce besoin impérieux d'imaginer l'autre malheureux. ça dit tellement de choses.

- Et enfin, "Ceci dit, Bégaudeau, c'est un Jerzy qui a réussi, c'est à peine mieux."

Pauvre non-ami, la projection sur autrui de vos attributs essentiels étant votre seule discipline, olympique pour le coup: s'il y a bien quelqu'un à qui votre prose mondaine et la tentation d'un humour ponke raté et roquet fait penser, c'est lui. Il est cependant infiniment moins con que vous (au sens où il dispose de réelles bases argumentatives dont l'absence chez vous vous condamne à émettre des borborygmes dans un espace fermé en compagnie d'une douzaine de personnes dont les deux tiers vous ont mis en invisible pour s'épargner vos pollutions diurnes et nocturnes). Je me souviens avoir lu que Lohman, pour qui j'avais quelque estime,  affirmait il y a longtemps déjà qu'il vous trouvait de la pertinence, notamment dans le champ politique. J'en fus, je l'avoue, estomaqué. On vous passe toutes vos abjections, car vous êtes du moins un 'cinéphile'. Ce qui semble tout excuser dans un espace de fétichisation dévolu à cet objet, isolé de tout le reste, sous bulle étanche, et examiné autistiquement selon on ne sait quelle 'grammaire' autonome servant quelque satisfaction purement esthétique d'une étrange matière, elle aussi autonome. 

Est-ce cela que l'on nomme des "macmahoniens", s'identifiant comme tels ou ne s'identifiant pas comme tels, dont Skorecki fit un portrait drôlatique dans son film "les cinéphiles"? Je me souviens d'un certain Skip Mc Coy, qui semblait incarner (le mot, utilisé à contre-emploi, choque) cette tendance. J'en frissonne encore. Le souvenir d'avoir été subrepticement touché par un cadavre au milieu de la nuit, comme dans Mont Cinère de Julien Green. La nature politique des choses étant reléguée dans un topic pour cadres supérieurs (et cinéphiles) ou occupant des fonctions utiles dans l’Upper-classe (comme vous. Ce qui vous donne de l'assurance pour uriner, décontracté du gland, dans la décharge où vaquent les rebuts sociaux inutiles comme moi). Vous êtes protégé, clabaudant bien au chaud au milieu de vos étrons scripturaux qui gênent à peine la digestion des quelques 'cinéphiles' qui ne vous ont pas shadow-ban, et que vos monologues incompréhensibles rassurent, car l'étalage infatigable de votre capital culturel multi-disciplinaire impressionnant atteste que vous êtes bien de leur famille, y compris politique. Vous avez beau de temps à autre menacer - sans émouvoir personne- de briser vos chaines et de disparaître enfin, vous revenez toujours au port de cet espace privé et privatif qui au fond est votre lieu naturel, votre ancrage. 

- Tout résumé, passé, présent et futur de ce que j'écris, par vous, étant du hachis américain arrosé de contresens, de mensonges et de montages, nous n'entamerons point - vous le concevez - quelque disputatio après cette mise au point. Le silence, à nouveau, planera sur les eaux de Luonnotar. Même si vous sortez sur le forum vos habituels trucs ultimes: j'aurais dans votre moltête insulté votre famille, votre frère, votre mère... ma BD d'une page (très drôle au demeurant): niquedouille. Y aura pas de post-scriptum. Les flics, peut-être? Un avocat de vos amis? Un avocat qui a de l'empathie humaine, comme Billy Budd? Mmh, bonne idée, ça: montrez-leur ce texte. Demandez s'il n'y a pas matière à me poursuivre... pour harcèlement et diffamation de vot'personne.

 

Au revoir, petit homme.  A vos prochaines livraisons. A moins que vous parveniez à réfréner votre besoin compulsif de vous "inquiéter (pour moi-même)" en l'absence virtuelle de moi-même et me lâchiez la grappe. Je n'y crois pas trop. ça n'est jamais arrivé jusqu'ici, pourquoi ça arriverait? Quel dieu de bonté pourrait m'épargner que ça arrive? Vous êtes mon vautour personnel, mon vautour cancérigène. Rien que pour moi. C'est mon privilège prométhéen. Mettez vous à l'aise. Tenez, ceci est mon foie. Dussé-je mourir en prison pour vous, il repousse chaque nuit. Étrange peine, étrange faute. Quant à ma chair, qui trop vous a nourrie, elle est piéça, dévorée et pourrie. Vos agapes irrépressibles fourniront la matière d'une troisième archive. A dans 4 ans, donc.

 

 

 


 

jeudi 5 octobre 2023

Notes rapides pouvant servir à un cours sur le thème: "qu'est-ce que la littérature?" (et en bonus: "qu'est-ce que le genre?")


[Tout est dans le titre. J'avais rassemblé à la hâte ces points énoncés dans une conversation au sujet d'un cours de ce type. Pas un cours que j'aurais donné, bien sûr, attendu que remplacer 3 fois par décade des fonctionnaires en burn-out dans une des usines à gaz de feu la "fédération wallonie-bruxelles", j'ai pour ainsi dire renoncé pour de bon, intégrant enfin pleinement le concept séduisant de retraite anticipée. Bien sûr, je ne convoque dans ce pense-bête que les trucs habituels que je traite dans ce blog erratique, donc aucune surprise, rien de nouveau pour le moment. Je le rapatrie ici pour la conceptual continuity, et parce que c'est plus synthétique que d'habitude. On y ramasse ses billes en toute hâte et on ne garde que celles qui nous importent. 

Néanmoins, j'y ai greffé un (long) développement sur les obsessions et délires épistémologiques à la mode, qui rendent vaine toute littérature, donc ça fait partie du sujet et ça assure une continuité logique avec les textes précédents. Naitre dans le désert - l'oubli et la question - qu'est-ce que la littérature - forment ainsi provisoirement un triptyque et dévoilent enfin leur fil rouge: ce qu'on ne peut pas nommer le "wokisme" puisque le "wokisme" n'existe pas. ça fait longtemps que j'y travaille. Beaucoup d'autres analyses en vue, car le phénomène est central, et n'est pas la propriété de la "droite". Il y a une critique de gauche à faire de ce phénomène, que je ne trouve presque nulle part. 

Bien sûr, on pourra dire qu'écrivant ce que j'écris, j'indique à un œil aiguisé de commissaire idéologique (il en pousse sur la toile comme des pissenlits au bord d'une autoroute) que je suis de droite, voire d'extrême-droite. Je justifie ma copie, pardon, au lieu d'avouer que libérer mon fascisme fondamental me fait un bien fou. Sinon, pour la question du wokisme-qui-n'existe-pas, une-panique-morale-de-l'extrême-droite, il y a deux livres de Jean-François Braunstein, remarquables, sur la question, dont je me suis - pour les bases - servi: "la religion woke" (2022) et juste avant "La philosophie devenue folle. Le genre, l'animal, la mort" (2018)]

 

Blanchot. La littérature et le droit à la mort. Désoeuvrement. Espace littéraire.

Basculer hors de l'espace de l'utilité/oeuvre, expérience tragique qui témoigne de ce qu'est l'humanité, expérience intérieure dit Bataille, tout ce qu'on ne veut/peut pas voir ni entendre, qui est refoulé et jugé comme improductif, parasitaire, inutile, pure dépense. Non rentable, gaspillé.

Lien évident de cet espace avec la mort (du moins ce que la mort est pour nous), le négatif, le ne pas ou ne plus, la vie absentée, conservée dans et par les mots ("le concept est le meurtre de la chose"), vie saisie au dessus ou au-delà d'elle-même. La question du Livre (toute existence aboutit à un livre, Mallarmé). La vraie vie est absente, nous ne sommes pas au monde, Rimbaud. 

Pessoa: « ah, qui écrira l’histoire de ce qui pourrait avoir été ? Elle sera, si quelqu’un l’écrit, la véritable histoire de l’humanité. Ce qu’il y a, c’est seulement le monde véritable, ce n’est pas nous, seulement le monde. Ce qu’il n’y a pas, c’est nous, et voilà toute la vérité » (Poème intitulé Péché originel).

Le Livre, c'est de l'Esprit. La vie faite esprit, devenue livre. Le Livre est Esprit, cad, au sens où Mallarmé l'entend, qui est celui de Hegel tel qu'il le comprend, la vie saisie au dessus d'elle-même, à la fois suspendue, conservée et sublimée (Aufhebung), immortalisée par le mot qui en la disant en est la trace négative, l'antithèse. Vie inorganique, conservée en tant que langage, donc il s'agit de comprendre ici que c'est à la fois la vie et la mort qui sont stoppées, interrompues: arrêt de mort dit blanchot. Avec tout le double sens que ça implique: entrer en littérature, tomber dans la littérature, basculer dans l'espace littéraire, c'est basculer hors de l'utile/outil, hors de la vie commune, le monde du travail, etc, congédier et être congédié du monde commun, dans un espace de désœuvrement, où ce qui "travaille", c'est la mort: mort au travail. Donc, quelque part, signer son arrêt de mort, être frappé par un arrêt de mort, mais, comme suggéré par l’ambiguïté de l'expression, arrêt de mort qui arrête la mort, au sens où l'écriture comme mort au travail, c'est ériger un tombeau, qui témoigne de la vie,  qui en porte le deuil en conservant sa trace. La vie se révèle en prenant congé d'elle-même, en devenant tombeau, poème. Etre congédié de la vie, c'est aussi être une "négativité au chômage" (le mot de Bataille à Kojève). En se désinscrivant, s'absentant de la vie commune, utilitaire, affairée, finalisée, par la littérature (que ce soit comme expérience de celui qui écrit ou de celui qui lit), on s'expose au négatif, à la possibilité de l'impossible (à vivre, cad la mort). Ce qui en même temps nous ouvre au sens authentique de l'ex-sistence. Rappel: inscrire de la mortalité, de la négation, du "ne pas" ou "ne plus" dans le présent nivelé de la vie cyclique, animale, toujours s'auto-reproduisant dans une éternité figée, cousue, c'est ouvrir, par cette anticipation de la mort, la temporalisation historique, la dimension de l'à-venir, se pro-jeter vers ce qui n'est pas encore. 

Cf Kojève sur ce paradoxe heideggerien de l'être-devant-la-mort qui signe (ou signalerait) l'humanité, la réflexivité, l'action et le désir "anthropogènes". « Son maintien dans l’existence signifiera donc pour ce Moi [humain]: " ne pas être ce qu'il est (en tant qu'être statique et donné, en tant qu'être naturel) et être (c'est-à-dire devenir) ce qu'il n'est pas ". Ce moi sera ainsi son propre œuvre : il sera (dans l’avenir) ce qu’il est devenu par la négation (dans le présent) de ce qu’il a été (dans le passé), cette négation étant effectuée en vue de ce qu’il deviendra. » (ILH, p.12).

 

[Je cite ici, à nouveau, Blanchot, dans "La littérature et le droit à la mort", texte inclus dans le recueil De Kafkà à Kafka, qui semble tirer, pour la littérature, les conséquences des réflexions heideggerienne et kojévienne sur la mort. Comprendre cependant ici que, chaque fois qu'on prononce le mot littérature, ça concerne toute existence qui entre dans ce rapport, même sans livre, ou avec un autre medium qui n'est pas du livre. Livre qui d'ailleurs aujourd'hui pour la majorité n'est plus, en passe de n'être plus, repensé ou oublié autrement]

« […] Quand nous parlons, nous nous appuyons à un tombeau, et ce vide du tombeau est ce qui fait la vérité du langage, mais en même temps le vide est réalité et la mort se fait être. Il y a de l’être – c’est-à-dire une vérité logique et exprimable – et il y a un monde, parce que nous pouvons détruire les choses et suspendre l’existence. C’est en cela qu’on peut dire qu’il y a de l’être parce qu’il y a du néant : la mort est la possibilité de l’homme, elle est sa chance, c’est par elle que nous reste l’avenir d’un monde achevé ; la mort est le plus grand espoir des hommes. C’est pourquoi l’existence est leur seule véritable angoisse, comme l’a bien montré Emmanuel Lévinas [De l’existence à l’existant] ; l’existence leur fait peur, non à cause de la mort qui pourrait y mettre un terme, mais parce qu’elle exclut la mort, parce qu’en dessous de la mort elle est encore là, présence au fond de l’absence, jour inexorable sur lequel se lèvent et se couchent tous les jours. Et mourir, sans doute, est-ce notre souci. Mais pourquoi ? C’est que nous qui mourons nous quittons justement et le monde et la mort. Tel est le paradoxe de l’heure dernière. La mort travaille avec nous dans le monde ; pouvoir qui humanise la nature, qui élève l’existence à l’être, elle est en nous comme notre part la plus humaine ; elle n’est mort que dans le monde, l’homme ne la connaît que parce qu’il est homme, et il n’est homme que parce qu’il est la mort en devenir. Mais mourir, c’est briser le monde ; c’est perdre l’homme, anéantir l’être ; c’est donc aussi perdre la mort, perdre ce qui en elle et pour moi faisait d’elle la mort. Tant que je vis, je suis un homme mortel, mais quand je meurs, cessant d’être un homme, je cesse aussi d’être mortel, je ne suis plus capable de mourir. » (p.52)

«[…] La mort aboutit à l’être : telle est la déchirure de l’homme, l’origine de son sort malheureux, car par l’homme la mort vient à l’être et par l’homme le sens repose sur le néant ; nous ne comprenons qu’en nous privant d’exister, en rendant la mort possible, en infectant ce que nous comprenons du néant de la mort, de sorte que, si nous sortons de l’être, nous tombons hors de la possibilité de la mort, et l’issue devient la disparition de toute issue. » (p.61)

M. Blanchot, « La Littérature et le droit à la mort », 1947, dans De Kafka à Kafka, Paris, Gallimard, « Folio essais », p.11 à 61.]

 

Communauté désoeuvrée (Jean-Luc Nancy), communauté du désoeuvrement, C'est ça l'espace littéraire. C'est la communauté des hommes qui ont cessé d'œuvrer (au sens utilitariste), pour témoigner de la dimension fondamentalement tragique de l'ex-sistence, par une œuvre (littérature) qui en son fond est dés-œuvre, dés-astre ("l'écriture du désastre" – vers l'obscur, la vie obscure – "Thomas l'obscur").

En ce sens, bascule ou est basculé dans l'espace qu'on dira littéraire tout être humain ainsi basculé, congédié hors de la vie, et qui veut - non, pas "veut", n'a pas le choix, ne peut pas (ne pas) - témoigner du dés-astre et du dés-oeuvrement qu'est la vie dans ce qu'elle a de plus inqualifiable, incalculable, non mesurable. Ontologique, dirait Heidegger, au sens où la question de l'être, tombée dans l'oubli, a été ensevelie par l'espace de la technique, de la pensée-outil (util/e), pensée calculante, administrante, opératoire, opérationnelle, entrepreneuriale; réduction de l'être (de l'être comme vide, absence, non-présence, retrait) à l'étant (ce qui est, quelque chose de saisissable, mesurable, quantifiable, calculable, efficace, utile, instrumental, servant à quelque chose, exploitable, une ressource, ressources humaines, l'homme comme ustensile etc. Règne de la gestion, de la pensée outil/pensée utile = management = le véritable héritage du nazisme (en extrapolant Chapoutot). Certains, qui ne manquent pas de toupet, et qui enseignent dans des grandes écoles de commerce le sens, la fonction et l'usage de ce qu'ils appellent les grandes organisations, appellent ça "la pensée complexe". C'est quoi, cette putain de "pensée complexe"? De ce que j'ai compris, c'est une... "pensée" qui s'occupe de la gestion des risques dans les grandes organisations. Ils ont même créé une "chaire Edgar Morin de la complexité". Un beau bobard. Et je suis à peu près certain que Morin, qui a toujours été utile, a adoré l'idée et l'a trouvée très utile. Je me souviens de Godard qui disait, dans je ne sais plus dans quelle interview (de mémoire): "après la guerre, on a cru qu'on était sortis du nazisme, alors qu'on y entrait seulement".

Donc, gardons ça: est littérature ce qui témoigne de tout le contraire de ça, de tout ce que le monde arraisonné ne veut/peut ni voir ni entendre ni penser, l'impensé, l'impensable même, l'innommable (Beckett). Littérature = expérience du dés-oeuvrement, du dés-astre, du basculement hors de tout ça, arrêt de tout ça, de tout ce nazisme, sans point godwin puisque son actualité administrante, gestionnante, codante et compostante est là, partout, tout le temps, célébrée, désirée même, comme ce qui nous sauve. Avec bienveillance, évidemment. 

[Le devenir-compost: un concept d'avenir, qu'on doit à la plus hardie modernité philosophique, Donna Haraway, enseignée dans ces pétaudières hors-sol qui n'ont plus d'universitaire que la bouffonnerie, où des reliquats inutiles de la classe possédante traduisent en concepts ce qu'a élu le marché, le créneau porteur du moment, le stock-option, parti de France dans les seventies puis revenu en boomerang des campus américains sous forme de pensée-étron d'une nullité effarante. 

Si vous voulez étudier la philosophie, ne le faites pas à Liège, surtout. Ni à Bruxelles. Ni à Paris. En fait, restez chez vous. J'en parlerai, bien sûr que je peux en parler. Déjà je peux dire ceci: ce n'est pas parce que la philosophie qui jusqu'à ces dernières années avait droit de cité académique avant de disparaître plus ou moins (Kant, la phénoménologie, tout ça) avait la réputation d'être de la masturbation intellectuelle qu'aujourd'hui il faut résolument se branler pour de bon, dans l'entre-soi. Ou léchouiller buccalement des shepherds parce que ça procure le frisson académiquement transgressif de "déconstruire" hardiment la différence entre papa, maman, la bonne, moi, hommes, femmes, animaux, cyborgs, biscuits pour chiens et humus fertilisants. Ou se convertir sans état d'âme, à la commande, à la vente à la criée du lot 49, au nouveau baratin post-conceptuel à la mode censé congédier l'ancien, épouser la novlangue la plus immédiatement creuse et infalsifiable de ces 20 dernières années, pouvant tout enduire et en quoi tout peut se peindre, attirant le chaland puisque c'est ça qui marche et qui domine tout en prétendant être à la marge - normativité déjà instituée avec son clergé, ses prêtres, ses juges, ses commissaires, ses inspecteurs, ses Lyssenko, ses Jdanov, se présentant tous comme en lutte, en résistance risquée contre la normativité; folâtrer dans une néo-gnose obscurantiste qui fait le procès du rationalisme patriarcal oppressif qu'ils (n')enseignaient (pas) cinq ans plus tôt avec le même entrain, et en fantasmant - c'est ça le plus honteux, quelque part - donner dans le pragmatisme, être utile, faire vaciller l'ordre dominant, par défaut jouir de choquer le bourgeois en eux-mêmes et à destination d'eux-mêmes et leurs alter-egos avec qui ils partagent les mêmes barbecues. Pour paraphraser la série géniale de Goossens: la première encyclopédie des bébés, conçue pour des bébés à l'usage des bébés.

Il faut imaginer, je sais, c'est dur à admettre mais tentons cet exercice empathique, que des personnes reçoivent un salaire de l’État pour produire des livres-gag, des séminaires-barnum, réellement dépourvus de sens sinon par auto-hypnose, co-responsables du déboisement de l'Amazonie et se prenant tout à fait au sérieux, parce que le registre de la vraie poésie réellement inutile et ne prétendant pas être le contraire, est définitivement hors de leur portée. Habiter l'université, essai sur la flaccidité conceptuelle et les troubles de l'onanisme. Quelle déchéance, quelle déchetterie. Il est vrai qu'un philosophe d'institution rétribué pour congédier la rationalité (ce vieux machin académique masculiniste blanc, gniagnia) voit son droit imprescriptible au délire phrastique le plus consternant validé par l'autorité de l'institution elle-même garantissant la consistance du délire. C'est parfaitement circulaire, infalsifiable (mais je suis sûr que le cas de Popper a été réglé par des incantations chamaniques ad hoc) et ça n'a aucune chance de percuter le réel (mais bon, au fond, qu'est-ce que le réel, du point de vue d'une épistémologie située). Et il vous dira certainement avec ce surplomb qui fait baisser les yeux aux parasites de la société qu'il charbonne au cœur du réel, au plus près de la vie, au cœur du chtulucène, là où vous en êtes encore à psittaciser Kant et Heidegger, de vieux machins désséchés du monde d'avant. Mais après tout, Saint John Perse, qui bossait dans la haute Diplomatie et n'a jamais fréquenté que des banquets, était poète et nobélisé, et d'après Véronique Bergen, Jacques de Decker occupait une place importante dans la littérature belge célébrée par l'académie royale de langue et de littérature française de Belgique qu'il présidait.

En vertu de la loi de Brandolini, n'ayant encore rien dit j'ai déjà envie de me taire, face à la somme épuisante de travail que réclame l'invalidation des paralogismes et délires issus de John Money and co, qui ont suscité en quelques années un nouvel évangile, une nouvelle science, une nouvelle ère, un monde nouveau et un homme nouveau, caractéristiques  éminentes de tous les fascismes, guère plus consistant que la dianétique de Ron Hubbard mais déjà promis à une fortune tout aussi foudroyante, et peut-être, qui sait, tout aussi juteuse. En quelques années à peine, disais-je, ce néo-sabir auto-engendré et auto-validé a tout balayé, avec son rosaire, son catéchisme, ses mots d'ordre qui se repaissent d'eux-mêmes, que l'on psalmodie selon un enchainement harmonique réglé, toujours le même, avec les mêmes formules qui se suivent, toujours ensemble, par bloc, créant une sorte de roulis ouaté qui rassure, qui berce, qui donne à celui qui le cantillonne le sentiment qu'il pense tout en étant dépassé par une pensée d'une telle force, d'une telle puissance, qu'elle précède depuis des siècles immémoriaux son moi-parlant, pensant qu'il est lui-même pensé par ces pensées automatisées et authentiquement stupides. C'est terrifiant. Le Mandarom, Ecovie, je croyais que c'était des épiphénomènes, mais non... Oh oui, je sais, je suis en pleine panique morale, et je suis sans doute d'extrême droite à l'insu de mon plein gré. Je vous assure pourtant, monsieur le juge, que la morale m'affecte peu, et que mes terreurs sont strictement épistémologiques. Je vois tout autour de moi des gens qui sombrent dans la connerie, du jour au lendemain, remplacés par eux-mêmes en version légumineuse, comme dans l'invasion des profanateurs de Kaufman.]


Mais revenons à la littérature. Il y a dans la littérature, dit Deleuze, une lignée souterraine et "prestigieuse" (le vrai prestige, celui des êtres qui ne servent à rien ni à personne, des marginaux, des parasites, des clochards ontologiques, les persos des pièces de beckett). Il parle de Kafka et Kleist, on peut y ajouter les Pessoa, Michaux, Beckett, Carver, Bove...  Un homme qui dort, de Perec, bien sûr.

Les grands livres de littérature parlent-ils d'autre chose que de ce basculement tragique hors des rails de la vie réglée, calculée, commune?

N'est-ce pas le sujet même, le récit même, de La métamorphose, de Bartleby? Ce n'est que cela: une métaphore concrète, physiologique, de la littérature. Métabolisation est le mot, je crois.

L'écrivain, c'est l'homme qui se transforme en blatte, dans sa chambre, et qui n'émet plus que des grésillements imperceptibles. Le sujet c'est cette métamorphose, et cette métamorphose c'est ce que peut la littérature, l'expérience littéraire; le personnage, c'est un écrivain – paradoxalement là-encore, puisque c'est le vrai statut de l'écrivain (pas fonctionnaire des lettres, bien sûr), que de dés-écrire, se dés-inscrire (de la vie) en écrivant, dés-œuvrer par le dés-œuvre et dés-oeuvrement qu'est sa vie. Donc il n'écrit pas, il arrête d'écrire au sens précis où il ne s'inscrit plus dans la vie. C'est une sorte d'arrêt, de protestation, de suspension; Bartleby le scribe, une histoire de Wall Street (titre complet de la nouvelle de Melville). Je préférerais ne pas le faire, et la première chose nommée qu'il préférerait ne pas ou ne plus faire, c'est précisément écrire. Il a gagné quoi? Le droit d'être une "pure passivité patiente" (blanchot) devant une fenêtre aveugle donnant sur un mur aveugle. A la fin, qui était-il, se demande l'avoué qui l'avait engagé. J'ai mené, dit-il, une vague enquête qui a mené à des renseignements vagues, dont celui-ci, quand-même: il avait travaillé un moment comme préposé aux lettres au rebut, chargé de brûler ces milliers et milliers de courriers postaux qui n'avaient jamais trouvé de destinataire, traces de vies qui ne sont plus. "Lettres au rebut. Est-ce que cela ne sonne pas comme Hommes au rebut?":

 "Parfois, entre les feuillets pliés, le clerc trouve une bague - le doigt auquel elle était destinée se décompose peut-être dans la tombe -; un billet de banque vite expédié par charité - celui qu'il aurait soulagé ne mange plus, et n'aura plus jamais faim -; un pardon pour ceux qui sont morts désespérés; un espoir pour ceux qui sont morts sans illusion; de bonnes nouvelles pour ceux qui sont morts écrasés sous le poids d'insupportables désastres. Messages de vie, ces lettres se précipitent vers la mort. Ah, Bartleby! Ah, Humanité!". (trad. C. Garcin & T. Gillybœuf, finitude ed., 2021).

 

Le désoeuvrement, concept qui compte aussi chez Foucault, au point que la question de la folie, pour lui, concerne cela: la folie, absence d'œuvre. Son goût pour les écrivains dont l’œuvre est folle, dont on ne sait quoi faire ni penser. Raymond roussel (impressions d'afrique, locus solus, comment j'ai écrit certains de mes livres). Mais folie non pas comme l'exception qui fait basculer hors de la littérature, plutôt comme la condition même qui rend possible l'espace littéraire, sans laquelle il n'est tout simplement aucune littérature. Marginalement, considérer le débat raison/folie entre Foucault et Derrida. La folie du cogito. Pour Derrida, la "folie" n'est pas l'envers de la raison, ce que la raison veut expulser au dehors d'elle-même, mais la raison, la rationalité, sont elles-mêmes un affolement. Foucault tend, pour Derrida, à trop opposer folie et raison, diabolisant ainsi la raison, la philosophie comme agent de dressage (le grand renfermement par le Savoir-Pouvoir, comme en écho à l'oubli de l'être par la technique chez Heidegger, dont il disait être très proche).

Deleuze. Kafka –pour une littérature mineure: écrire, la littérature, c'est nécessairement quitter l'Etat de majorité/ordre dominant/sens commun, vers un état minoritaire, un devenir-minoritaire, devenir une minorité. Ecrire, c'est bégayer, faire bégayer la langue majeure, apprendre à bégayer dans sa propre langue, inventer ou faire affleurer dans la langue majeure une langue mineure. Une langue mineure, c'est une langue qui ne dit plus grand chose de majeur, cad qui ne sert plus de hauts desseins, de hautes œuvres, hautes finalités, mythe d'unicité, sens, finalité qui gouvernent la majorité. Plutôt dédiées au petit, au minoré, déclassé, au "pas grand chose", au rien, au vide, etc. L'infra-ordinaire disait Perec.

Ecrire, c'est nécessairement parler pour (et non "à la place de") des êtres, des choses, qui ne parlent pas: j'écris pour les bêtes qui crient, les bêtes qui meurent. Être entraîné à la limite de l'articulé, au bord de l'inarticulé, à la frontière, car il s'agit quand-même d'articuler, même en dés-articulant. Écrire, la littérature (pas le produit consommable écrit par les fonctionnaires des lettres, bien sûr), c'est nécessairement être entraîné dans un devenir minoritaire qui, en dernière instance, est un devenir imperceptible (une disparition, une dissolution, du moi, du Je majusculaire, majoritaire, autoritaire, magistérien, etc). Voir aussi tout ce que Deleuze dit de la littérature anglo-saxonne dans Dialogues (les lignes de fuite, géographie contre histoire, déterritorialisation, etc)

Si je ne devais citer ou ne faire lire à ce cours qu'un poème, qui synthétise tout cela (presque didactiquement, car il nous le dit quasi en philosophe), un de ceux qui s'est voué exclusivement au rien, au vide, à l'inutile et à l'échec intrinsèque et ontologique qu'est l'existence humaine, donc la littérature, si la littérature au fond c'est l'existence humaine (une mort au travail, vie se révélant à elle-même en se congédiant, mort différée disait Kojève):

Le bureau de tabac (Pessoa).

Il y a plus de 20 ans, j'ai cassé ma tire-lire pour le volume des Œuvres poétiques dans La pléiade. Volume remarquable. Un des rares qu'il faut posséder, à mon sens, dans cette collection, car les trois-quart de ce qu'on y trouve n'est trouvable nulle-part. Et en dépit du fait que, paraît-il, il y a encore une malle pleine d'au moins 10 fois plus que ces 2000 pages-là, sans compter même Le livre de l'intranquillité, il dit toujours la même chose, littéralement. Donc, en gros, tu lis celui-là, d'ailleurs son plus connu, tu lis tous les autres en même temps. Et tu gagnes du temps pour des choses utiles, celles qu'on enseigne prioritairement aujourd'hui, même dans l'ingénierie sociale des classes maternelles. 

 

Je ne suis rien
Je ne serai jamais rien.
Je ne peux vouloir être rien.
A part ça, j'ai en moi tous les rêves du monde.

Fenêtres de ma chambre,
de ma chambre abritant l'un de ces millions au monde dont nul ne sait qui il est

(et si on le savait, que saurait-on?),
vous donnez sur le mystère d’une rue au va-et-vient continuel constamment remplie de gens qui se croisent,
sur une rue inaccessible à la moindre pensée,
réelle, impossiblement réelle, exacte, inconnaissablement exacte,
avec le mystère des choses par dessous les pierres et les êtres,
avec la mort qui met du moisi sur les murs et des cheveux blancs sur les hommes,
avec le destin conduisant la charrette de tout sur la route de rien.

Aujourd'hui je suis vaincu, comme si je savais la vérité;
aujourd'hui je suis lucide, comme si j'allais mourir,

et sans avoir d'autre fraternité avec les choses qu'un adieu, cette maison et ce côté de la rue devenant un convoi de chemin de fer, et un sifflet de départ retentissant dans ma tête, et une secousse de mes nerfs et un crissement d'os au moment de partir.

Aujourd'hui je suis perplexe, comme un qui a pensé, trouvé puis oublié.
Aujourd'hui je suis partagé entre la loyauté que je dois
au Tabac d’en face, chose réelle au dehors,
et la sensation que tout est rêve, chose réelle au dedans.

J’ai tout raté.
Comme je n'avais pris aucune résolution, tout ou rien peut-être c'était pareil.
La formation que l'on m'a donnée,
je l'ai enjambée par la fenêtre de derrière.
Je me suis enfui à la campagne avec de grandes résolutions.
Mais je n'y ai trouvé que des herbes et des arbres,
et quand il y avait des gens ils étaient comme les autres.
Je quitte la fenêtre, je m’assieds sur une chaise. À quoi vais-je penser ?

Que sais-je de ce que je serai, moi qui ne sais pas ce que je suis ?
Être ce que je pense ? Mais je pense être tant de choses!
Et ils sont tant à penser être la même chose qu'ils ne sauraient être autant!
Un génie ? En ce moment
cent mille cerveaux se conçoivent en rêve génies comme moi
et l’histoire n’en retiendra, qui sait ?, même pas un seul;
du fumier, voilà tout ce qui restera de toutes ces conquêtes à venir.
Non, non, je ne crois pas en moi...
Dans tous les asiles il y a des fous détraqués par tant de certitudes!
Moi, qui n’ai aucune certitude, en suis-je plus ou moins certifié?
Non, pas même en moi...

Dans combien de mansardes et non-mansardes du monde
n’y a-t-il pas en ce moment des génies-pour-eux-mêmes occupés à rêver?
Combien d’aspirations hautes, nobles et lucides –
oui, véritablement hautes, nobles et lucides –
et, qui sait? réalisables,
ne verront jamais la lumière du soleil réel, ne tomberont jamais dans une oreille d'homme?
Le monde est à celui qui naît pour le conquérir,
et non à celui qui rêve qu'il peut le conquérir, même s'il a raison.
J'ai plus rêvé que n'a agi Napoléon.
J'ai serré sur ma poitrine hypothétique plus d’humanités que le Christ.
j’ai forgé en secret des philosophies qu'aucun Kant n'a écrites.
Mais je suis, et serai peut-être toujours, celui de la mansarde,
bien que je n'y habite pas;
je serai toujours celui qui n’était pas né pour ça ;
je serai toujours, et rien d'autre, celui qui avait des dispositions ;
je serai toujours celui qui attendait qu’on lui ouvre la porte 

devant un mur sans porte,
qui chantait la chanson de l’Infini dans un poulailler
et entendait la voix de Dieu au fond d'un puits obstrué.
Croire en moi ? Non, ni en rien.

Que la Nature me déverse sur la tête, ma tête en feu,
son soleil, sa pluie, le vent qui me surprend les cheveux ;
et que vienne le reste, s'il doit venir, sinon, qu'il y reste.

Esclaves cardiaques des étoiles,
nous avons conquis le monde entier avant de nous lever du lit;

mais nous nous réveillons et il est opaque,
nous nous levons et il est à autrui,
nous sortons de chez nous et il est la terre entière,
plus le système solaire, plus la Voie lactée, plus l'indéfini.

(Mange des chocolats, fillette,
mange donc des chocolats !
Ecoute, il n'y a pas de métaphysique au monde, à part le chocolat.
Ecoute, toutes les religions n'enseignent rien de mieux que la confiserie.
Mange, petite cochonne, mange !
Si je pouvais manger des chocolats en étant aussi vrai que toi quand tu en manges!
Mais moi, je pense, et en retirant le papier d'argent, qui n'est qu'une feuille d'étain,
je fais tout tomber par terre, comme j'y ai fait tomber ma vie.)

Mais au moins reste-t-il, de l’amertume de ce que jamais je ne serai,
la calligraphie rapide de ces vers,
portique brisé sur l’Impossible.
Mais au moins me suis-je voué un mépris dépourvu de larmes,
noble au moins dans le geste large par lequel je jette le linge sale que je suis,
sans inventaire, dans le cours des choses,
et je reste chez moi sans chemise.

(Toi qui consoles, toi qui n’existes pas, et pour cela consoles,
que tu sois déesse grecque, conçue comme une statue qui serait vivante,
ou patricienne romaine, impossiblement noble et néfaste,
ou princesse de troubadours, très gente dame enluminée,
ou marquise du dix-huitième, décolletée, distante,
ou cocotte célèbre du temps de nos parents,
ou je ne sais quoi de moderne – je ne conçois pas bien ce que c'est –
tout cela, quoi que soit ce que tu peux être, si ça peut inspirer que ça inspire donc!
Mon cœur est un baquet qu’on a renversé.
Comme ceux qui invoquent les esprits je m’invoque
moi-même et je ne trouve rien.
Je vais à la fenêtre et je vois la rue avec une netteté absolue.
Je vois les magasins, je vois les trottoirs, je vois les voitures qui passent.
Je vois les êtres vivants et vêtus qui se croisent,
je vois les chiens qui eux aussi existent,
et tout cela me pèse comme une condamnation au bagne,
et tout cela m'est étranger, ainsi que tout. )

J'ai vécu, étudié, et même cru,
et maintenant il n'est pas un mendiant que je n’envie pour la seule raison qu’il n’est pas moi.
Je regarde en chacun les haillons, les plaies et le mensonge
et je pense : peut-être n’as-tu jamais vécu ni étudié, ni aimé, ni cru (car on peut faire la réalité de tout cela sans en rien faire) ;
peut-être as-tu seulement existé, comme un lézard auquel on coupe la queue,
et alors le voilà queue, un sous-lézard, en remuements perpétuels.

J’ai fait de moi ce que je n’ai pas su,
et ce que je pouvais faire de moi je ne l’ai pas fait.
Le domino que j’ai mis n’était pas le bon.
On m'a pris aussitôt pour qui je n’étais pas, je n’ai pas démenti et je me suis perdu.
Quand j’ai voulu ôter le masque,
il collait à mon visage.
Quand je l’ai ôté et que me suis vu dans le miroir,
J’étais déjà devenu vieux.
J’étais soûl, je ne savais plus remettre le domino que je n’avais pas ôté.
J'ai jeté le masque et me suis endormi au vestiaire,
comme un chien toléré par le gérant
car il est inoffensif.
Et je vais écrire cette histoire pour prouver que je suis sublime.

Essence musicale de mes vers inutiles,
que ne te puis-je trouver comme une chose que j'aurais faite,
et qui ne serait pas toujours restée en face du Tabac d’en face,
foulant des pieds ma conscience d'être en train d'exister
ou un paillasson que des gitans ont volé mais qui ne valait rien.

 [...]

(trad. Patrick Quillier, ed. de La Pléiade, p. 362 et sv.)

 

Je ne cite pas la suite et fin, que je n'aime pas tellement je dois dire, parce qu'elle essaie vaguement de conclure dans une tonalité un peu sereine, sympathique, réconciliée, etc. Et même si c'est le propos, je n'adhère pas. lol. Je sais, plus personne ne dit lol, c'est d'une ringardise atroce. Mais nous, les plus de 50 ans, on en a fini avec nous, on veut bien nous euthanasier, pour en finir avec la mort. Si. Exactement comme l'entreprise Disney, qui s'est donnée comme objectif opérationnel de détruire méthodiquement et minutieusement tous ses dessins animés (ne parlons pas de "déconstruction", par pitié) qui pourtant étaient déjà un modèle d'usine à fabriquer des sucreries et des diabétiques. Le dernier en date étant Bambi, relu ou revu par des sensitive-readers pour correspondre à notre "sensibilité moderne". La sensibilité moderne, qui siérait à la nouvelle génération dite flocon-de-neige (snowflake), exige, nous dit le pdg de Disney, que l'on supprime tout simplement la mort. En l'occurrence celle de la mère de Bambi, tuée par des chasseurs. Encore une frontière, une barrière, une distinction, une différence, une limite, de l'ancien monde, à "déconstruire", appelées à tomber, effacées, comme nous-mêmes, "comme à la limite de la mer un visage de sable".

 

Imaginez l'accueil réservé à des énoncés de type: je ne suis rien. ça ne figure pas dans le powerpoint. Plus que jamais, l'indétermination elle-même a sa case précise et réservée dans le schéma d'émancipation psycho-pédagogique de la personne. Il s'agit d'accompagner sa découverte de ce qu'elle est, tend à être, ou devient. Il s'agit de lui fournir les outils opératoires qui lui permettront de s'identifier, se nommer, se qualifier, se définir, se penser-classer comme disait Perec. Il faut absolument savoir qui on est, identifier le ressenti personnel qui nous définit, et le plus tôt possible. La condition première du bonheur étant de se rendre adéquat à soi-même, de devenir transparent comme de l'eau de roche, à soi et aux autres, avec ses prénoms et pronoms affichés sur un badge (éventuellement pour traduire en justice celleux qui ne vous identifient pas avec le pronom qui vous définit). Important, oui. Pour votre présent, et votre avenir. Dans l'entreprise.

Dans le monde administré qu'est l'entreprise, très ouverte à l'idée progressiste que la dialectique du maitre et de l'esclave soit remplacée dans l'esprit du salarié, tout occupé et encombré de soi-même, le monde et ses vicissitudes étant ramené à moi-moi-moi-et-mon-identité, par une guerre interne, digne de la jésuitique médiévale, entre l'âme et le corps, mobilisant toute son énergie et son temps en dehors du travail, soit le problème, la possibilité taraudante de ressentir au plus profond de soi-même qu'iel-ne-s'identifie-pas-au-genre-qui-lui-a-été-assigné-à-la-naissance. 

Voilà, pour l'heure, le nouvel horizon indépassable de l'angoisse humaine, identitaire, aux prises avec le vrai ennemi, le plus insidieux et épuisant, parce qu'il est partout, tout le temps, en nous, nous obligeant à nous déconstruire, nous diviser, nous mutiler, nous couper zezette ou nous fabriquer une bite, de quoi nous rendre phobiques (de nous mêmes): le patriarcat, l'hétéronormativité, les stéréotypes de genre, et blablabla.

La plus grande étrangeté possible, la plus grande odyssée existentielle promise n'est plus d'errer, sans réponse, dans le vertige du rien, de l'absence d'identité d'un moi qui n'est personne, habité par ou habitant de multiples et incessants hétéronymes, ou soliloquant comme Beckett sur le fait de n'être rien d'autre que le vide du langage. Non, le plus grand vertige, ab-ground, fond sans fond que peut expérimenter l'être humain est d'ores-et-déjà connu, circonscrit, nommé, assigné: s'identifier-à-un-autre-genre-que-celui-assigné-à-la-naissance. C'est le plus grand risque, drame originaires possibles: "ne pas pouvoir s'identifier", problème majeur de tout être humain que l'école, l'entreprise, Disney et Netflix proposent de prendre en charge. Ainsi, de l'apprentissage au divertissement, du modèle opérationnel du "savoir faire" au module opératoire du "savoir être", iel pourra "s'identifier", et se protéger des micro et macro angoisses et agressions de l'existence induites par le patriarcat, les stéréotypes de genre, l'hétero-normativité, l'homophobie, la transphobie, le validisme, la grossophobie, la psychophobie, le racisme, la blanchité, etc. Qui, curieusement se multiplient, comme l'angoisse qu'ils suscitent. Ce ne peut être cette nouvelle "epistémè" ubuesque qui induit en moi une phobie de moi-même. Il faut nécessairement que ma dysphorie toujours déjà potentielle se nourrisse d'une transphobie toujours-déjà actuelle. C'est cela, l'identité victimaire.

La différence entre le genre ressenti et le genre assigné, tout comme celle entre l'identité de genre et l'expression de genre, sont la réactualisation manifeste (pour qui en douterait) et la plus radicale depuis le lacanisme, du vieux dualisme platonico-cartésien entre l'âme et le corps:

Exit Spinoza en effet: l'âme n'est plus la pensée du corps, le corps comme matérialité biologique (où a lieu la sexualité, ce dont parlait jadis Foucault, le sexe étant devenu dans l'équation parfaitement accessoire: c'est le genre qui importe), ce que le corps peut, mais l'inverse. Le corps, c'est juste l'enveloppe où habite l'âme, il est ce que cette âme peut, et surtout veut. Car l'âme est libre, volatile, illimitée. Telle jonathan livingstone le goéland, elle déploie ses ailes, et libre comme l'air, fend l'azur de ses rêves, où elle est reine. L'âme, c'est mon "ressenti intime" incorporel, ma "conviction profonde", là où niche mon vrai "moi", mon identité. Le corps est secondaire, ce à quoi je suis provisoirement ou erronément assigné: cette enveloppe transitoire et plastique (dans tous les sens du terme), potentiellement erronée, fausse et trompeuse (puisque, c'est fatal, l'ordre sensible c'est le règne du faux) doit ductilement se plier, être reconstruite, pour s'adapter à l'âme dont tout se déduit, dont l'intelligibilté du sensible émane, et qui décide, seule, du réel et du vrai, du bon et du mauvais corps. 

Car par une espèce de transsubstantiation énigmatique, le genre a beau être de l'ordre d'une irréalité, d'une idée potentiellement fausse, puisque désignant une somme de comportements, normes, conventions arbitraires, stéréotypes associés au sexe biologique et à déconstruire, et qui en outre sont "assignés" à la naissance, voilà que le sentiment ou ressenti d'appartenir à un autre genre, l'identification possible à un autre genre, cad à un ensemble différent de comportements normés donc arbitraires et à déconstruire, sont l'indice potentiel d'une nécessaire "réassignation", soit la modification du sexe biologique afin qu'il corresponde à l'identité de genre ressentie... 

Le corps n'est donc presque rien, une irréalité lui-même, une non-identité subalterne, modifiable et adaptable au sentiment de l'identité ressentie. En somme, le corps, pour la théorie du genre, correspond en tous points à ce que Descartes en pensait: c'est une machine à laquelle je me sens étranger, elle n'est pas moi, je peux la nier, il n'y a aucun lien qui m'unit à lui, et je ne comprends fondamentalement pas comment mon âme et ce corps peuvent co-exister (sauf par la glande pinéale). La théorie du genre, qui ne semble plus du tout théorique mais est devenue on ne sait trop comment une donnée empirique indiscutable, au programme des écoles à partir de 5 ans, suppose dans son principe un non-rapport, une schize, une coupure universelles, cad valables en tout temps et en tout lieu entre le psychique et le physiologique; qui n'a de fondement nulle part, sur laquelle seules les théologies, la psychanalyse lacanienne (Freud accordait une importance au corps) et la métaphysique pré-kantienne fondent leur corpus; dualisme à couper au couteau ou au bistouri, négation obscurantiste du corps, dont l'évidence devrait s'imposer et concerner tout le monde, et non une proportion infinitésimale de sujets, dont on gonflera les chiffres au besoin.

Alors même que, dans les textes ubuesques, les "manifestes" où se radote la formule vide de l'identité-de-genre, cette dernière, et le compendium associé, se présentent sous les mânes d'un sabbat où est célébrée et chantée la fin de toutes les séparations, de toutes les différences, natureculture, une sorte de bouillon primordial  où tout est redevenu le tout, une grosse partouze entre végétal, cyborg, chihuaha, humain, fumier, où les flux et salives se mélangent tant et si bien que nous voilà tout étourdis par leurs senteurs capiteuses, et que nous prenons des vessies conceptuelles flaccides pour une révolution épistémologique avant, bien sûr, d'être politique. Non, c'est terrifiant, je vous dis, la condition de fonctionnaire de la pensée. Ânonner, cantillonner, sempiternellement des bouts de pensée où la suivante annule l'illusion de sens que semblait porter la précédente, voir du monisme où il n'y a que du dualisme, prendre pour un Sujet déconstruit ce qui en est le stéréotype au carré (voir plus bas) - c'est peut-être ça, habiter le trouble, et le soir, rentrer fatigué mais content, en vélocipède, en se disant: "c'est bien, aujourd'hui j'ai posé ma pierre, j'ai contribué à l'édification d'un monde meilleur, tout de tolérance et de bienveillance. Aujourd'hui, j'ai déconstruit un stéréotype, lutté contre une oppression, sauvé quelques être beaux, biels pardon, d'un suicide certain. J'ai envie d'un royco au potiron."

Ces différences entre genre ressenti et genre assigné, identité de genre et expression de genre, ont aussi potentiellement remplacé la différence heideggerienne entre l'être et l'étant. Ce ne sont plus la philosophie, la poésie, bref la littérature au sens large, qui peuvent prendre soin de l'indétermination de l'être humain, avec laquelle il peut se réconcilier, mais la théorie du genre, la psychologie d'entreprise et la chirurgie, qui lui proposent de se réconcilier avec sa vraie identité, qui il est vraiment, selon la formule appelée à proliférer dans toutes les bouches: être enfin moi-même. Un étant pour qui la question de l'être en général comme en particulier se réduit à "ce que je suis", et ce que je suis, c'est un ego-cogito.

Je suis une substance pensante, je suis le sujet cartésien à propos duquel, comme on sait, Foucault proposait un diagnostic s'accordant à celui de Heidegger. Pour Heidegger, la réduction de l'être à l'étant s'accomplit dans la métaphysique du sujet comme lieu de la maitrise technique (maitre et possesseur de la nature), origine et centre de référence à partir duquel tout peut et doit être pensé. Pour Foucault, l'avènement du Sujet cartésien signe celui de l'ère du grand renfermement, car on se constitue nécessairement comme sujet aux deux sens du terme: identité-sujet et soumis-assujetti. Lesquels se co-impliquent: identité qui rend compte d'elle-même, se déclare, se signale, se fait connaitre, se désigne, se décline, se nomme, se définit (on connait le rite désormais obligé de la déclinaison publique de son identité: "voici mes noms, pronoms, mon poids, ma couleur, mon sexe, mon genre, cela me définit et c'est très important pour moi"), par l'aveu, la confession (sous sa face négative, répressive); incité à parler, s'exprimer, produire à son sujet du discours, des énoncés, du savoir, du récit, des volitions et des désirs (sous sa face productive et positiviste).

Le nouveau corps-marchandise du nouvel être du nouvel âge et du nouveau monde incorporel, numérique et flottant comme le nouveau marché et les nouveaux capitaux, se doit d'être un corps flexible autant qu'un corps-palimpseste. Peau parcheminée sur laquelle s'écriront autant de nouvelles identités, toujours plus précaires, pour de nouveaux emplois précaires et des recyclages permanents. Comme dans la colonie pénitentiaire, le motif de la punition s'inscrit à même la chair du prisonnier, par une machine qui le torture et le mutile. La loi du marché, y compris du travail, aime que l'on en finisse avec l'in-dividu du monde ancien, relativement identique à lui-même à travers le temps. Elle appelle et encourage des dividus, qui en ont fini avec l'historicité continue, se sentant et se vivant 'fluants', développant le goût de se diviser dans des blocs historiques toujours plus mouvants, isolés et hétérogènes, volontairement amnésiques et révisionnistes de ce qu'ils furent (dead-name), effaçant sur leur corp-palimpseste les traces de l'ancienne enveloppe pour une enveloppe neuve, un reset, un born-again. Et l'entreprise peut même se proposer de prendre en charge les frais afférant à une opération de réassignation qui fera de moi un employé reset et born-again, prêt pour de nouvelles aventures flexibles, précaires, temporaires et amnésiques.

 

 

Dans l'unanime traque au négatif, à la négativité (celle qui concerne le sentiment même d'exister et ne se laisse pas circonscrire, réduire à la maigre alternative entre ne pas se sentir homme ou ne pas se sentir femme), traque qui semble devoir gouverner les esprits depuis la maternelle, par la police de la bienveillance et du care - qui sont l'affaire de toustes, le sort d'un Pessoa est assez vite réglé: mésestime de soi, tendance dépressive, nécessitant un accompagnement non-jugeant et non discriminant dans un parcours d'autodétermination, avec des modules de découverte de soi et des ateliers écoutants en auto-affection de soi par soi.

Dès lors, à quoi bon la littérature, telle est la question, avant qu'elle soit sous peu oubliée, sous l'égide de cette vaste et tentaculaire entreprise de mise en présence de soi, des autres, de remise en ordre (ou à l'ordre) de l'idée même d'être le sujet de quelque chose. Entreprise qui ne fait qu'un avec l'annulation programmée des conditions de possibilité de toute littérature: la reconnaissance et l'assomption qu'identité et absence ne sont peut-être qu'une seule et même réalité.

 

[Note. Mais nous reparlerons de tout ça, plus avant, ailleurs. De l'inconsistance prodigieuse de ce concept gnostique et drôlatique de "genre" disant tout et son contraire, en perpétuelle contradiction et dénégation.

Juste ceci, pour la bonne bouche: le genre est à la fois une norme comportementale apprise, un code, un stéréotype socio-culturel - à déconstruire donc, il faudrait s'en débarrasser ou du moins s'en distancier - et dans le même espace-temps discursif, sans aucune consécution logique, inconséquence inaperçue ou impensée, exactement le contraire: un ressenti personnel, intime, inconditionné, qui vient des tréfonds de l'intériorité du sujet.  

Cependant, ne vous avisez pas de contester la validité - trouvable nulle part - de ce concept vide du 'genre', fluant, tout à la fois donc une norme assignée du dehors, un stéréotype, et un ressenti personnel identifié au dedans et me définissant authentiquement, une identité personnelle principiellement déliée du sexe biologique mais susceptible de s'y lier en le modifiant (pourquoi vouloir lier, faire se correspondre ce qui est décrété sans rapport ou dont les rapports doivent être a minima interrogés et déconstruits? Mystère de la transsubstantiation, beauté de la religion). Ne commencez point à ergoter sur les définitions et la cohérence logique. C'est dans cette pratique de domination oppressive que l'intellectuel bourgeois exerce son pouvoir d'imposer par le rationalisme, cette science blanche, masculine, coloniale et patriarcale, ses définitions binaires, psychophobes, racistes, classistes, spécistes, validistes, disphoriques et transphobes. Gardez-vous donc de cette pulsion haineuse consistant à contester la 'théorie du genre', sauf à trahir et prouver immédiatement votre transphobie et un cortège de haines associées car de toute évidence vous êtes agi par la haine, une haine puissante et aveugle gisant en vous, vous commandant imperieusement de tout détruire: l'identité et la différence, le singulier et l'universel, le vivre-ensemble et le chacun pour soi.

Il importe désormais de bien comprendre, et plus que comprendre intégrer voire intérioriser, que tout doute porté sur cette réalité chosiste du genre avérée par le concept du genre (comme chez Anselme et  Descartes, l'essence d'une notion enveloppe son existence) démontre une haine viscérale de cette dernière, de la même façon que s'affirment la licornophobie et la théophobie dans le doute porté sur l'existence des licornes et des dieux.

Parmi tant d'occurrences de cette littérature fascinante qui au rayon des librairies universitaires s'apprête à recouvrir celui des sciences humaines, je cite la plus récente: la F.A.Q d'Evras, l'organisme responsable du guide d'éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle, qui s'efforce de répondre aux questions que se posent sur son contenu des parents en proie à des paniques morales stimulées par l'extrême-droite. Rubrique "Est-il vraiment nécessaire d'aborder les identités de genre dès 5 ans":

"Oui. Très jeunes, les enfants prennent conscience qu’ils et elles sont perçu·es comme des filles ou des garçons et que cela a un impact sur ce qu’on attend de leurs comportements (jeux, vêtements, rôles, préférences, etc.). Il est important de déconstruire ces stéréotypes de genre dès le plus jeune âge : par exemple, les filles ont le droit d'aimer jouer au foot et les garçons à la poupée.[...] La transidentité renvoie à une conviction profonde de ne pas appartenir au genre qui nous a été assigné à la naissance. Il n’est pas possible d’induire ni de prévenir la transidentité. Par contre, on doit pouvoir accompagner les enfants qui présentent une créativité de genre, et informer et rassurer leur famille et leur entourage".

Le "Genre", qui diffère du sexe biologique, est donc à la fois et dans le même temps une norme arbitraire/un stéréotype, et une identité inconditionnée. La transidentité, c'est quand on a la conviction profonde de ne pas appartenir à un de ces stéréotypes.
Nous avions cru comprendre que c'était un sentiment parfaitement commun, pour un garçon aimant jouer à la poupée ou une fille au foot, que celui de ne pas appartenir au stéréotype de genre associé au garçon ou à la fille. Nous avions cru comprendre que le genre, non réductible au sexe biologique, est une norme assignée (à la naissance), et que genre et stéréotype sont dès lors synonymes puisqu'il n'est pas de construction socio-culturelle (le genre, distinct du sexe biologique, en est une) ne pouvant être déconstruite au titre de stéréotype. Nous avions cru comprendre en conséquence qu'il fallait simplement en finir avec le 'genre' puisque 'genre' et 'stéréotype de genre' sont une seule et même réalité idéelle assignée. Mais voilà que magiquement, pour caractériser la transidentité (qui est bien un genre parmi d'autres dans la liste des "identités de genre"), en gardant la même définition (ne pas se sentir appartenir au genre-assigné-gnia-gnia), on est soudain passé à une toute autre signification du concept de genre qui  ne relève plus d'une norme intériorisée, d'un stéréotype à déconstruire, mais s'affirme et se doit d'être affirmée comme une identité interne, inconditionnée, impossible à induire. Il y a bien au cœur du bréviaire 'theorique' qui désormais fait force de loi superposition, dans son concept central, de deux significations s'excluant mutuellement, et jamais cela n'est commenté ou questionné. Tel est le tour de passe-passe conceptuel, pourtant énorme, sur lequel repose cette notion théorique du 'genre' inconnue il y a 10 ans encore au bataillon des concepts (sauf au titre de synonyme de 'sexe' sur les registres d’état civil, les cartes d'identité et les manuels de grammaire, ce qui bien sûr est en instance d'être corrigé). Du Deuxième sexe aux trois tomes de L'histoire de la sexualité de Foucault, aucune mention n'est faite de la notion de 'genre', surtout pour lui donner comme ici une consistance paradoxale - à la fois déniée et revendiquée. Notion pourtant déjà opérante marginalement aux States par les expériences psycho-médicales délirantes de John Money, puis par la littérature tout aussi délirante de Butler se présentant comme une critique de son 'essentialisme', ce qui est la moindre des choses, mais n'a hélas pas servi à grand chose puisque s'en réclame tout.e qui revendique une identité de genre qui le définisse.

C'est l'évidence pourtant, se récrieront les psycho-pédagogues que nous citons ici: on ne peut 'induire' cette identité dans la tête des gens, encore moins si ce c’est un enfant, entre 5 et 11 ans. Parce que contrairement aux autres, voyez-vous, elle n'est pas construite socialement, d'une. De deux, on ne peut influencer quiconque avec une idée, un concept, quels qu'ils soient, que l'on enseigne, comme ici. C'est bien entendu une "donnée"  autonome, existant en soi de tous temps en tous lieux (puisque ce n'est pas un construct mais une conviction profonde et plus profonde que toutes les autres, qui sont des constructs). C’est un truc qui est ressenti, au profond, dans l’être même de la personne toute seule dans son intimité avec elle-même. etc etc. Ce sont des génies du concept flaccide, chez Evras. Je suis sûr que ce sont eux aussi des universitaires ayant des mandats pour des créneaux porteurs, à la demande, au lot et à la criée, et qui débitent, cantillonnent, des formules vides, des mots d'ordre novlanguiens à suivre à la lettre, où le mot d'avant contredit le mot d'après, ne pas penser, surtout... c'est le nouveau-monde... l'évangile nouveau, corpus christiii. rhzz]