Une avalanche de clichés sur le don divin de "l'inspiration" et le génie
créateur. Du côté de l'enfance à la fois innocente et cruelle,
frondeuse, spontanément anticonformiste et défiant toutes les règles, y
compris du bon goût. Et qu'aimerait tant écraser le talent laborieux, du
côté, lui, de la vieillesse à la fois envieuse et fascinée, conformiste par
ruse, rongée par l'échec, etc. Malgré le faste des costumes, l'ampleur
des décors, c'est surjoué, caricatural, ado-romantique-neuneu,
simpliste au possible. On me dira peut-être "oui, mais c'est fait
exprès, c'est le but": justement...
Une sorte de grand soufflé
scintillant, mais creux à l'intérieur. Et je ne trouve pas l'utilisation de
la musique particulièrement louable. Je l'ai ressentie tout du long
comme un cache-misère opportuniste, un tremplin émotionnel facile pour
justifier ou excuser la platitude un poil démago du propos (rock
star-Mozart, une tête brulée, le Sid Vicious de la jet set du XVIIIè, rhzz).
Combien de fois n'ai je pas entendu: "oui mais la musique est
tellement sublime...", ou encore "si ça donne envie aux jeuns
d'écouter Mozart qui était un révolté-destroy tout comme eux...". Argh.
La
fameuse scène (obligée, et fantaisiste - mais ça on sait) du requiem
dicté par Wolfgang à Salieri, c'est vraiment pour moi le concentré,
attendu et en acmé, de tous les clichés sur Mozart. En symétrie avec le
poncif surligné du mec resté scotché dans l'enfance. Le reste du temps,
c'est en effet une sorte de proto-débile scato-régressif mi conscient mi
provoc, on sait pas trop, principe entropique lâché dans la
high-society (un peu l'ancêtre de Lady Gaga foutant le boxon aux MTV
awards). Mais qui, dès qu'il se met au piano, est visité par la
transcendance, conformément à l'adage "heureux les simples d'esprit, le
royaume des cieux leur appartient". Pourquoi pas. C'est une option comme
une autre.
Alors
bon, daccord, le matériau, c'est une pièce de théâtre - exploitant
notamment l'invention littéraire, par Pouchkine, d'un Salieri
méphistophélique, commanditaire du requiem qui épuisa Mozart, donc son
assassin indirect, etc. ça ne prétend nullement à une véracité
quelconque. Un peu dans le genre de ce que fera plus tard, avec le
succès qu'on sait, l'imbitable, non pardon, talentueux M.E. Schmidt.
On est donc dans la puissance de l'imaginaire, ok, mais quand-même:
était-on obligé de refourguer l'imagerie rebattue du génie inspiré, tout
fiévreux, aux portes de la mort, qui respire sa musique comme les
rossignols font cui-cui et les pommiers font des pommes?
La pièce
de Peter - equus - Shaffer fit un malheur à Broadway, fallait donc
exploiter le filon. Y avait à mon sens un matériau infiniment plus
riche, passionnant à exploiter, moins "mythologique" : rien que la vie
de Mozart, quoi. L'enfance de ouf, ses relations avec les autres
compositeurs, sa relation avec le maçonnisme, le contexte politique et
social, etc, des tas de choses fort méconnues, finalement. En tout cas
de moi. Et ça m'aurait hyper-botté, cette autre approche, tout en
sachant que la "vérité historique" est toujours traversée par
l'interprétation. Mais ça aurait été bien plus mystérieux, fascinant,
iconoclaste pour le coup (Forman prétendant que sa 'vision' de Mozart l'était), que la nième déclinaison anachronique du mythe
bien connu.
Chais pas, là, c'est un peu le biopic fantasmé et
inavouable de Richard Clayderman filmé par J.J. Annaud. Et dans la
dramaturgie, ça me fait trop penser à Fame d'Alan Parker, alternance de
"performances" exploitant le contraste habituel "figure
imposée/académique/bridée" & "figure libre/déchainée/en sueur". Je
passe sur Hulce, notamment en chef d'orchestre: belle création de perso
qui ne ressemble à rien, au sens littéral, puisqu'il paraît que Mozart
n'a jamais dirigé un orchestre de sa vie. J'y vois plutôt un hommage à
Benny Hill.
Je pensais aussi, à l'époque où j'ai vu le film, à tous
ces téléfilms américains des 80s, sur les concours de musique
prestigieux, opposant le petit génie hors-normes, directement branché sur
la fréquence radio des muses célestes (et parfois atteint d'une
leucémie), au vilain arriviste boutonneux non dénué de talent, mais qui
n'a pas pu se débarrasser du carcan des règles apprises. Lequel se fera
coiffer au poteau, avant le générique, par l'interprétation lacrymogène
d'un concerto de Rachmaninov ou de Tchaïkovski défrisant un jury composé de dames patronnesses frigides.
On sait peu que plusieurs morceaux figurant sur Aqualung (1971, l'album le plus réputé de Jethro Tull) étaient déjà enregistrés, un an plus tôt, dans des versions bcp plus belles, mieux enregistrées, et plus longues aussi.
Comme en témoignent ci-dessous ces versions de Wond'ring aloud, again et de My god.
Un des problèmes d'Aqualung fut qu'il fut très mal enregistré. Les chansons sont belles (pour la plupart), mais je n'y aime pas du tout le son (suraigu, criard, crachotant, sans relief aucun, basses inexistantes, voix de IA ruinée, hachée-menue...). Les remastérisations successives n'ont hélas jamais rien pu y changer (du moins à ce jour), à force de réducteurs de bruit se surajoutant à des augmentateurs de bruit, du nettoyage de chaque piste overdubbée ne laissant subsister qu'une dynamique squelettique sur pas mal de morceaux...
Ian Anderson n'est toujours pas satisfait à ce jour de l'enregistrement, et il a raison. Je pense que c'est provisoirement insauvable...
(1) Version de Wond'ring aloud 1970, studios Morgan.
(2) Version 1971: 1'54'', et la mieux épargnée de l'album du point de vue technique (sans doute peu d'overdubbing).
" Pour le lieu, si Jethro Tull est habitué aux Studios Morgan (où sont enregistrés ses deux précédents albums Stand Up et Benefit), le groupe opte cette fois pour les Island Studios, à Basing Street, le lieu étant affilié à leur label Chrysalis Records. Jethro Tull rencontre Led Zeppelin, autre célèbre groupe de hard rock britannique, qui enregistrait son quatrième album au même moment.
Deux studios étant disponibles, Jethro Tull obtiennent le plus large, Led Zeppelin préférant travailler dans le petit. Consistant en une ancienne église, les Island Studios disposent des dernières innovations en termes d'enregistrement. Néanmoins, Ian Anderson exprimera par la suite son insatisfaction vis-à-vis du lieu, se plaignant de la mauvaise qualité sonore, jugeant que tout semblait « discordant » et « désagréable », rendant l'enregistrement assez difficile8. De plus, le mastering pose quelques problèmes, Ian Anderson n'étant pas satisfait du résultat final des sessions. Plusieurs essais sont donc réalisés pour aboutir à un niveau de qualité sonore convenable. En outre, le label de Jethro Tull impose des délais assez serrés au groupe pour l'enregistrement de l'album, n'excédant pas « trois ou quatre semaines ». Ian Anderson évoque aussi l'utilisation fréquente de la technique de l'overdubbing (ou re-recording), consistant à enregistrer le chant et l'orchestre séparément... " (Wiki)
(3) Version de My god 1970, studios Morgan. Simplement, comparer la prise de son, d'abord. Ensuite, mesurer l'abîme qualitatif séparant cette version (bien plus
audacieuse, presque free-jazz, mais aussi "dervishesque": on est pour la partie instrumentale dans les eaux d'un Terry Riley) de la
version rachitique, crachotante et proto-moyenâgeuse de 1971.
(4) Version 1971:
" Si Ian Anderson parvient à trouver un claviériste, il rencontre un autre problème lié à la composition du groupe : le bassiste original, Glenn Cornick, qui fait partie de Jethro Tull depuis sa formation en 1967, est viré du groupe après la tournée américaine de 1970. Anderson justifie cette décision qu'il a prise lui-même par les riffs lourds de la basse de Cornick, qui ne s'adaptent pas au son orienté rock progressif que recherche le groupe à l'époque. En vérité, l'une des raisons principales de l'éviction du bassiste est son style de vie, jugé inadéquat par Anderson ; le tempérament festif de Cornick pendant la tournée américaine, ainsi que son recours à la drogue et à l'alcool, entre autres, poussent le leader de Jethro Tull à l'écarter de la formation. Cependant, avant son départ, Cornick participe à la composition de plusieurs chansons qui apparaîtront sur l'album, dont Wond'ring Again, la version originale de Wond'ring Aloud, cinquième piste de l'album.
Cornick enregistre également une première version de My God avec le groupe, qui ne sera finalement pas incluse sur l'album à sa sortie. Le bassiste exprime d'ailleurs son incompréhension vis-à-vis de la décision d'Anderson d'écarter cette dernière : « C'était une excellente version qui n'a pas été incluse sur l'album. Je ne sais pas pourquoi Ian a modifié une grande partie des paroles. Je me rappelle, en tant que membre du groupe, que nous la jouions pour plus d'un an. J'étais très accoutumé à la chanson et je pense que nous l'interprétions très bien. Nous avions aussi enregistré quelques autres morceaux, mais leur titre m'était inconnu » " (Wiki)
... Ajoutez à tout cela quatre songs (5) admirables, qui devaient figurer sur
l'édition originale (réintégrés dans l'édition 2011 du 40è anniversaire)
: Life is a long song, Up the pool, Just trying to be, Dr Bogenbroom ...
Vous comprenez alors que Aqualung aurait dû être un bien plus grand album encore...
Edit: Est sortie depuis une copieuse édition "40th anniversary", proposant un remixage remarquable de Steven Wilson et incluant les quatre songs ci-dessous, plus les versions premières de Wond'ring Aloud et My god.
L'article de Lester Bangs pour Creem en 1973, " Jethro Tull in Vietnam ", n'est consultable sur le net dans son intégralité que sur Tull Press, une extension du site officiel de JT, où sont recensés tous les articles de presse de 68 à nos jours.
Le sens du titre de cet article, c'est que la musique de JT, ça ressemble à la la ''musique folklorique vietnamienne''. C'est fin, dis donc, comme humour, mais pas très gentil pour les Vietnamiens, surtout. ça veut dire quoi? Que si JT c'est de la shit-music, comme il le suggère non sans insistance (même s'il reconnaît que ce sont des professionnels compétents, et qui savent concevoir un show pour subjuguer les kids - et leur chouraver leur argent de poche), la première analogie avec cette musique qui se présente à son esprit, ce serait la musique folklorique vietnamienne: donc shit-music aussi?
It has always amazed me (he says) how you Americans can feed yourselves the worst kind of garbage and still survive, but now at last I think I understand. I don't like Jethro Tull either — I never have, not even when all my friends were bending my ear with This Was — but not, perhaps, for the same reasons which have driven you to such extremes.
I don't like them because you are right. They do sound like Vietnamese folk music, and I'm no folkie! I despise that jerky, over-rhythmic, open-ended clatter. Give me progressive jazz anytime — Peanuts Hucko, 'Big' Tiny Little — and I am happy. A man must move with the times, and the times demand bop: how can a man in my position say that bop is wrong? I didn't get here by swimming against the tide. I see the American GIs walking by the Palace every day with those bop records in their hands, and every once in a while I go down and ask them to show them to me. I speak to them in the language that they understand: 'What's the word, Thunderbird?' And they reply that the word is 'rebop'. All these records they show me, all of these people, Chuck Berry, Elvis Presley, the Rolling Stones, I have understood through my communication with your people, are rebop, be it good or bad.
But, as anyone can see, Vietnamese music is not rebop. It's not even bop. It's just something frozen and awkward, but insistent for all of that. These old cultures die hard. Which is why they still play that wretched noise in the rice paddies, and why something like Jethro Tull is popular with your people. Because some people, you know, just can't take rebop. And the reason for which I do not like Jethro Tull and, I would suspect, you do not like Jethro Tull is that they have no rebop!
Anderson a dû se marrer (mais d'un rire un peu 'jaune', qui sait) à l'époque en découvrant cette livraison de Bangs.
Bon, c'est assez drôle, par moments. N'empêche, la mauvaise foi, voire la mécompréhension, sont assez " hénaurmes ".
Et d'après ce que j'ai pu lire ici et là, ça semblait être un trait distinctif éminent chez LB, aka l'homme qu'avait du goût (là où tous les autres n'avaient que des goûts de chiottes...). Ne s'est-il pas fait connaître en éreintant un disque de MC5, pour ensuite déclarer que c'était son groupe préféré? On semble ne plus pouvoir compter les revirements à 360 degrés de Bangs, tant ses jugements se contredisaient perpétuellement. Bangs qui, aime-t-on à dire, pratiquait sa crépitante machine à écrire comme un riff de Hendrix ou l'organe vocal de Don Van Vliet, ce en quoi il était un véritable créateur de rock, dans l'héritage de la beat littérature et patati et patata...
Bangs préférait le jazz, en fait, lis-je aussi ça et là, et au fond semblait considérer - un peu comme une sorte de Holden Caulfield du gonzo - que le rock était assez bien le royaume de l'imposture, de l'escroquerie et de la bêtise. Sans compter la consommation sexuelle, par des ponkes qui l'ont bien déçu, des groupies backstage.
Y a un peu de vrai là-dedans, évidemment, mais ça, point n'est besoin d'être grand clerc pour le saisir... Alors, on aurait l'espèce de trajectoire de l'enfant brûlé de Stig Dagerman, épris d'innocence et de bonté, entretenant une sorte de relation d'amour/haine ambivalente avec ce monde du rock où il cherchait peut-être, comme un Graal, un Zeitgeist dont le topos serait la 'culture populaire', si ça veut encore dire quelque chose.
Homme passionné de musique, ne vivant que pour et par la musique, et qu'on représente littéralement transfusé, entre malédiction et rédemption, par tous ces disques qu'il aimait, qui donnèrent un sens à sa vie ou la changèrent (comme Astral weeks, de Van Morrison).
Mais là n'est pas mon propos. En lisant son article sur JT, deux choses me frappent:
1)
Le côté un peu " mauvaise langue ". Parce qu'il a de la culture musicale basée (en jazz notamment), il se fait fort de nous instruire que Ian Anderson a piqué tout son jeu, ses riffs, etc, de flûte, à Roland Kirk. Il laisse entendre qu'Anderson est sur ce point malhonnête, qu'il pourrait au moins rendre à César.
Et d'ironiser sur le fait que le grand Rahsaan (j'ai découvert il y a bien longtemps Kirk précisément grâce à Anderson, et j'ai tous ses disques aussi), s'il était, lui, le vrai, l'authentique, l'original mc Coy, cad ici le Wild man, au moins ne se commettait pas dans l'histrionisme consistant à plaquer sa flûte contre ses parties génitales, etc.
Perfidement, donc, il ajoute que s'il n'a pas pu s'entretenir directement avec Anderson sur ce déni d'influence supposé, il a eu une conversation avec le batteur de JT, Barriemore Barlow, lui confirmant indirectement un tel déni: leur musique proviendrait exclusivement de l'esprit et de l'expérience de JT. Complètement originale donc, transpose/traduit déjà (?) Bangs, sans précédents, n'étant redevable d'aucune tradition. Et Bangs ajoute que cette assertion, dans laquelle on ignore la part de ce qui fut dit et la part de ce qu'il y ajoute lui-même, représentait probablement le sentiment général circulant dans le groupe.
Anderson has always trotted out old Roland Kirk riffs: flute vocalisms, overblowing, even the histrionics which became the eye of his stage business. Roland Kirk never to my knowledge stuck his flute between his legs in the crudest sort of phallic stage ploy, as Anderson does. But Roland Kirk was the original Wild Man of the concert flute, and Anderson should admit the debt he owes him.
I doubt if he would. I was unable to talk to him, but I spoke to Jethro drummer Barrie Barlow in the hotel bar after a gig last spring, and he scoffed at the idea of Ian being influenced by Kirk or anyone else. Their music, he went on, came totally out of the minds and experience of Jethro Tull, had no precedents, fit into no tradition, and was completely original. Which probably represents the general sentiments within the band.
Bangs prend-il ici un peu les gens pour un pojama-people? En excluant le cas, improbable dira-t-on, où il n'a pas jugé bon de poser sur sa platine This Was (68), il ne peut pas ignorer que l'hommage à Kirk (morceau: Serenade to a cuckoo) n'est qu'une parmi les nombreuses déclarations d'influence qu'Anderson ne cessa de multiplier dès le début. Dès ses premières interviews, en effet, il expliquait à tout journaliste de la presse pop-rock qu'il avait choisi la flûte après avoir écouté RRK. Par dépit de ne pouvoir jouer de la guitare comme Clapton. Et qu'il apprit à en jouer, en écoutant RRK, un an et demi à peine avant l'enregistrement du premier album (This Was, donc).
[ Le jeu de flûte d'Anderson, éminemment kirkien à ses débuts, et d'une virtuosité assez hallucinante si on pense qu'il avait appris à jouer de cet instrument en un an et demi, s'est par ailleurs complexifié assez tôt, et plus encore avec les années. Lorsqu'il se mit à explorer, notamment, les folklores (pas seulement scottish et irish, mais aussi indien, etc), élaborant pour cela de nouvelles techniques pour des types et conceptions de flûtes (tin whistle, bansurî, etc) très éloignées de la traversière. ]
Je trouve ce genre de manipe (au sujet de Kirk) pas très intègre, donc.
2)
Un autre passage de son article indique qu'il n'a manifestement rien percuté de l'esprit et de l'intention initiaux de la grande pièce montée Thick as a brick (1972).
Il ironise en effet, en enfonçant lourdement le clou, sur l'escroquerie des Concept-albums en vogue à l'époque. Sorte de décadence ou de dégénérescence, donc, par l'hypertrophie prétentieuse masquant un vide musical désolant, du rock des origines. Du Rock pur, en son énergie et urgence adolescente, on imagine: on balance des morceaux de 2 à 3 minutes maxi.
ça, c'était le rock des origines, selon l'antienne: on se prend pas le chou, on fonce et on balance la sauce, ce qui prouve qu'on est jeune et vivant et qu'on dit merde à tout. Etc. En fait, on le sait aussi, le format court des morceaux obéissait surtout à la contingence commerciale du passage en radio. Le morceau long étant l'apanage des disques de jazz lorsque le genre aborda les rives du free (Coltrane, Coleman, Shepp, etc etc), et qui, eux, ne passaient pas dans les radios (sauf les confidentielles, destinées à un public d'amateurs): fallait acheter les albums des compagnies dédiées à cette musique.
L'escroquerie supposée, ici, renvoie à un but commercial assez paradoxal et pas très convaincant sur le seul plan logique: à en croire Bangs, qui présente ici JT comme la dernière attraction en date pour ados décérébrés qui manquent l'école pour pas rater un de leurs concerts où ils se déguisent en lapins (on imagine assez mal ça, aujourd'hui), le but pour les compagnies discographiques est de s'en mettre peu ou prou plein les poches en obligeant ces jeunes à claquer leurs économies dans des LPs à deux morceaux longs de 20 minutes de musique indigente, artificiellement gonflée pour le remplissage. You had to take the whole pie at once or not at all.
On imagine un raisonnement, là encore, habitant dans une mythologie fondamentaliste et orthodoxe du rock comme musique de l'urgence et de la vitesse, qui se consomme en 45 tours sur des platines pourraves-ça-passe-ou-ça-casse, etc.
Que l'éléphantesque prog-rock fasse la hype au moment où Bangs écrit son article, ça ne peut dans cet esprit de mythologie correspondre qu'à une mutation inquiétante signalant la dégradation du 'rock' premier, ou 'primitif' (comme pure énergie négatrice de la Culture majusculaire et pompeuse des adultes) et qui serait à la musique ce que la pure présence de la phonè platonienne serait à l'écriture médiate, disséminante, coupée du lien direct (séminal) avec la Vérité donnant son essence dans un accès direct, hors-gramme.
Les rockeurs ont la tête qui enfle, donc: ils se prennent pour des compositeurs sérieux, et infligent aux petits jeunes d'interminables pièces montées dont seul un homme sachant de quoi il parle parce qu'il a une Oreille musicale avertie et un goût assez raffiné sait percevoir la pauvreté et l'incurie. Oreille, Goût, et Culture musicale: trois choses qui manquent finalement, dans sa logique, à ce public de jeunes veaux qui se ruent sans discernement sur ces escroqueries commerciales de Concept-albums.
Bizarre, cette ambivalence dans ses jugements de valeur - considérant sa dilection pour le rock brut dont on aime à dire qu'il fut le premier à le conceptualiser par le terme ''punk' (ce qui est faux, là aussi: ça vient de Zappa, en 66) :
on a ainsi l'impression que LB méprise un peu le public de la musique rock qu'il célèbre. Puisqu'au fond, cette musique pré-punk qu'il appelle de ses voeux (une musique qu'on peut jouer même si on ne se sait pas jouer de la musique, selon le slogan), il la réserve, l'assigne à un certain type de public-jeune (l'éternel public jeune rebelle, etc) incapable de distinguer, d'après lui, l'escroquerie musicale dans la shit-progmusic prétentieuse. Et pourquoi, sinon par manque de culture musicale sérieuse (ici, par ex., leur méconnaissance de tout ce que c'est censé piquer honteusement au jazz, mais en le vitrifiant) ? Lacune qu'il stigmatise, donc (qu'il le veuille ou non) dans son ironie sur la hype autour de JT... Y a comme une torsion un peu perverse dans ces dogmes et déclarations à l'emporte-pièce qui jouent sur deux tableaux: fuck à la culture et en même temps fuck aux incultes qui confondent la merde et le caviar...
In any case, they've earned the right to be arrogant. Aqualung was a giant and the follow-up, Thick As A Brick, was over a year in the making and even bigger. Bigger in every way: the only time in rock history previous to this that a single song had covered two sides of an LP was Canned Heat's 'Refried Boogie' on Livin' The Blues, and that was just an extended jam. 'Brick' was a moose of a whole other hue: a series of variations (though they really didn't vary enough to sustain forty minutes) on a single, simple theme, which began as a sort of wistful English folk melody and wound through march tempos, high energy guitar, glockenspiels, dramatic staccato outbursts like something from a movie soundtrack and plenty of soloing by Anderson, all the way from the top of side one to the end of the album.
Mais quand bien même. Admettons la valeur de ce raisonnement plus ou moins masqué derrière l'attaque sur la cible de choix, offrant d'ailleurs la verge pour se faire fouetter: le prog-rock et ses concepts-albums.
Eh bien, en l'occurrence sur l'album Thick as a brick, Bangs se fourvoie sur toute la ligne. Il n'a pas compris, disais-je, l'humour, le gag qui sont à l'origine de TAAB:
L'histoire est pourtant connue, là aussi. On sait qu'Anderson récusa dès le début la qualification de l'album Aqualung (1971) comme Concept album. TAAB fut pensé comme une réplique ironique, à la fois au concept de Concept-album, et à la musique pratiquée à l'époque par Yes, Soft machine, Emerson-Lake-Palmer, etc. C'est, à la base, un foutage de gueule, qui formule précisément, à sa manière, par l'objet même, la critique que Bangs adresse à TAAB. " Thick as a brick " veut dire plusieurs choses. Eventuellement: "épais comme une brique'', au sens de: "lourd comme un pavé indigeste". Mais c'est surtout une expression qui signifie aussi ''idiot, stupide, bête comme ses pieds''.
Le gag du disque, indépendamment de sa valeur musicale discutable et discutée, c'est la réponse de l'arrosé arroseur: vous m'accusiez d'avoir fait un concept-album? Je vais vous en faire un, de Concept-album. Un seul morceau de 45 minutes, seulement interrompu par l'obligation de passer de la face A à la face B. TAAB se présente, dans son Concept, comme un canular, une parodie du Concept-album: en pousser le bouchon, la surenchère, jusqu'à réaliser, en effet, le premier Concept-album radical - on n'avait jamais fait ça avant (un seul morceau sur un disque), qui joue réflexivement sur le concept de Concept-album tout en s'en moquant gentiment. Ainsi, le parangon même du Concept-album - qu'est resté TAAB dans l'esprit de bcp - fut en même temps sa ''déconstruction'' critique, si on peut appeler ça ainsi...
Album ironisant également sur les prétentions 'philosophiques' ou 'métaphysiques' pompeuses des Concepts-albums de ses collègues...
Là-encore, l'affaire est connue. L'album se présentait initalement sous la forme d'un immense journal (The St. Cleve Chronicle & Linwell Advertiser) à déplier, chroniquant un fait-divers: un enfant de 8 ans a écrit un long poème génial, reçoit un prix dans la commune de x (imaginaire), et se voit retirer ce prix après avoir prononcé un gros mot lors de la conférence de presse. L'idée est géniale, d'ailleurs, comme le journal. Dans un esprit tout à fait montypythonesque, tous les articles, brèves, infos, textes, encadrés (dont IA déclara que leur conception prit plus de temps que de composer et enregistrer l'album) sont remplis de double-sens, de jokes, renvoyant au texte chanté sur l'album. Texte abscons et joliment fumeux dont l'auteur est donc cet enfant-prodige, mais grossier: le fameux enfant-poète Gerald Bostock (aka ''little Milton'').
Dans les concerts, Ian Anderson poussait l'humour jusqu'à dérisionner le concept même du concert: interrompre soudain l'exécution de ce flot de musique et de poésie, par un téléphone sonnant sur un bureau. Quelqu'un réclamant de parler à une personne 'x' dans l'assistance. Comme si le concert n'avait d'importance que fort secondaire, une routine automatique, presque une corvée... Ce qui n'empêchait nullement le Tull d'être reconnu comme un des meilleurs groupes scéniques des seventies.
Geste de provocation et colossale auto-dérision, donc, que là encore Bangs, indubitablement, n'a pas perçues. Manque de curiosité, peut-être...
The whole thing was built around a longish poem by Anderson, which itself set new records in the Tull canon of lofty sentiments and Biblically righteous denunciations of contemporary mores. The very first line was "I really don't mind if you sit this one out," a classic hook which set the tone for the entire piece, which was crammed with couplets like
The sandcastle virtues are all swept away
In the tidal destruction of the moral melee
Where was this stuff coming from, anyway, and what did it say about the way not only Anderson and Tull but perhaps most of all their audience related to the world around them? Did they really feel that self-righteous about things in general? Or was it, like 'American Pie', just a bunch of words that could have as much meaning as you wanted to invest or none at all, and happened to fit the music nicely? Ask a Tull freak and you'll get a blank look; most of them, it seems, have never stopped to analyze it. They just know what they like, which is fine.
Il y avait donc, de toute évidence (sauf pour nombre de fans qui ont vraiment cru que l'histoire racontée dans le journal était vraie), dans cet album aussi, une geste 'anti-establishment' (comme on disait à l'époque), l'establishment visé étant aussi (mais pas que) l'industrie du rock, sa prétention, et la hype - dans les compagnies discographiques - de Concept-albums fait par de Super-groupes.
La pique était aussi maligne que drôle et efficace. Car, vrai-faux ou faux-vrai Concept-album ou pas, TAAB offrait malgré tout une réelle fraicheur musicale, plus un humour, une dérision, un commentaire social acerbe, et une façon de ne pas se prendre au sérieux tout en se prenant au sérieux. Fraicheur, dérision et humour dont manquaient assez les supergroupes visés, se prenant trop au sérieux dans leurs 'performances' de virtuosité instrumentale et leurs prétentions 'mysticisantes' (Yes).
Aujourd'hui, on peut en prendre la mesure: les Concept-albums de l'époque ont mal vieilli, mais TAAB est resté pour bcp (et pas que les fans du Tull) à la fois LE Concept-album prototypal, le plus réussi, le moins ''boring''. Et dont la popularité ne s'est jamais démentie. Vivant, festif, un bijou d'inventions, transitions, climats variés, où ça chante vraiment, où les orgues Hammond donnent de la chaleur, superbement joué et superbement composé. Même la poésie absconse, hermétique, hyper-intellectualiste pour de rire, a une réelle saveur poétique. Et ptêt même, de ci de là, un peu de sens.
(Trad. bilingue complète, au bons soins de La coccinelle, ici.)
L'objet du litige, ou du différend: ci-dessous. Avec un très beau son (meilleur que sur mon cd, qui est pourtant remastérisé):
Parce que, sans doute, s'il n'avait pas joué le
rôle du génial rock critique Lester Bangs, il aurait droit à un peu
moins de respect.
On commence dans la putasserie du clin d'oeil de
connivence. Connivence supposée, disons.
On imagine aisément que le génial L. Bangs est pour S. Kag une puissante source d'inspiration. Kag-charpentier dresse ici très haut la poutre maitresse. En témoigne la suite: un festival de post-it
autocollants sagement remisés dans une armoire à poncifs, mais qu'il saccage fièvreusement et fait voleter en tous sens, saisi par l'urgence créatrice de son génial golem :
" L’ironie
cruelle, c’est que Philip Seymour Hoffman a finalement connu un destin à
la Lester, décédant prématurément à cause d’abus de diverses substances
pas bonnes pour la santé. Rock’n’roll, amen. "
Enchainement
de toute beauté, qui n'oublie pas d'être pédagogique: on comprend dès
lors la référence au génial rock critique. C'est qu'il y a de l'ironie
là-dessous. L'ironie du destin, ma foi, qui n'est pas toujours très
gentille et subséquemment, plus souvent qu'à son tour, cruelle.
Cruelle
elle est, parce qu'elle fait sens, dans l'esprit du génial chroniqueur.
Sens automatique et science imparable de l'analogie poids lourd: tous
deux ont été saisis, par la grande faucheuse, Dame mort-cruelle, de la
même façon. A cause d'abus de substances diverses, pas bonnes pour la
santé.
Notons-ici l'effet subtilement calculé dans le relâchement: "pas
bonnes", qui fait djeunz gâtique dodelinant de la tête en laissant
parler son cœur mis à nu, et au diable le Grand Style. Pas bonnes, les
substances, mec! Oh crotte alors, c'est putain de rock'n'roll.
Amen. Communion spirituelle du génial chroniqueur avec l'esprit rebelle
du wauck'n'waull. Fuck alors, man, fuck, fuck et encore fuck.
" Doté
d’un physique passe-partout d’américain moyen, légèrement enrobé,
Seymour Hoffman n’était pas de taille à lutter avec ses pairs
générationnels Brad Pitt, George Clooney ou Johnny Depp. "
Là,
c'est pas gentil, cad un peu cruel, comme l'ironie, surtout quand elle
est fuckin'wauk'n waull, man.
Selon les critères esthétiques du wauk'n
waull, PSH n'était pas de taille à lutter avec ses pairs générationnels trop
top-biches.
Et Di Caprio, y sent le pâté ardennais trempé dans de la bière trappiste?
La pique est ici subtile, malicieuse, et faut bien la saisir
faute de quoi on passe à côté de la profondeur du message: y sont pô
assez wauk'n waull. Quand t'es authentiquement wauk'n waull, man, t'es plutôt
gras du bide, tu la joues pas pub pour slimfast ou kawa. Tu luttes
dans une autre catégorie. Et pan dans les dents des fausse-valeurs générationnelles
consacrées. Fuck aux idoles des djeunz
ex-fans-des-sixties-petite-baby-doll-où-sont-passées-toutes-tes-idoles.
En effet:
" A Hollywood, pour atteindre la top list des cachets et des castings, il faut une gueule d’amour. "
C'est
ballot, tout de même. Toutes ces gueules d'amour. Peter Lorre, Boris Karloff, WC Fields, Erich Von Stroheim, James Cagney, James Stewart, Joseph Cotten, Humphrey Bogart, Fred Astaire, Charles Laughton, Spencer Tracy, Edward G. Robinson, Mickey Rooney, Karl Malden, Jack Lemmon, William Holden, Charles Bronson, Kirk Douglas, Walter Matthau, George C. Scott, Lee Marvin, Rod Steiger, Eli Wallach, Gene Hackman, Roy Scheider, Waren Oates, Peter Falk, Michael J. Pollard, Marty Feldman, Jack Nicholson, Denis Hopper, Telly Savalas, Ronald Reagan, Woody Allen, Roddy Mc Dowall, Robert De Niro, Donald Sutherland, John Hurt, James Belushi, John Belushi, Jim Belushi, Bill Belushi, Richard Dreyfuss, Ned Beatty, Robert Duvall, Harry Dean Stanton, John Cazale, Danny DeVito, Jeff Goldblum, Sylvester Stallone, James Wood, Christopher Walken, Bruce Willis, Jeremy Irons, Ben Kingsley, Robin Williams, Forest Whitaker, Russel Crowe, John Malkovitch, John Goodman, Woody Harelson, Alan Rickman, F. Murray Abraham, Steve Buscemi, Frank Langella, Gabriel Byrne, Geoffrey Rush, Kevin Spacey, Billy Bob Thornton, Adrian Brody, Edward Norton, Robert Downey Jr, Tommy Lee Jones, Ron Perlman, Gary Oldman, Bill Murray, Richard Jenkins, Jack Black, Javier Bardem, Josh Brolin, Andy Serkis, Colin Firth, Michael Shannon, Peter Dinklage, Ricky Gervais, Bryan Cranston, et j'en passe...
PSH n'était pas plus passe-partout, pas plus banal, pas moins charismatique, pas moins charmeur, et même plus séduisant, que bien des gars de cette liste, dont un grand nombre fut paf-Oscarisé. Allons.
Quoi qu'il en soit, encore une pique
insidieuse, qui dénonce le glam-wook, tout en n'oubliant pas de jeter
une lumière cruelle sur certaines vérités trop souvent tues, tabouïsées,
parce qu'elles dérangent. Parce que politiquement-incorrectes. Mais
Kag, il joue pas dans cette division: il est wauk'n waull. Et y balance.
Comme à Paris.
"N’empêche que par son talent
hors norme, son impact physique, ses talents transformistes et sa
finesse, il était tout proche de cette A list, finissant par décrocher
des premiers rôles (7.58 de Sidney Lumet, The Master de P.T. Anderson…)
et l’oscar pour Capote. "
Oui, n'empêche que, hein
les glamoureux, hein les minets !
Doté d'un physique passe-partout d'américain moyen
légèrement enrobé, c'est le talent qui a fait toute la différence.
Pour
expliquer plus-mieux à ceux qui n'auraient pas absolument tout percuté
de cette remarque très pensée: autant le physique était passe-partout,
autant le talent était hors-norme.
Ce qui lui donnait un impact
physique.
Un impact physique hors-norme, qui ne passait pas partout.
Le
talent, comme je dis toujours, c'est 5% d'inspiration et 95% de
transpiration. Surtout quand on fait dans le transformisme. C'est assez
physique et faut tenir le choc.
Enfin bon, l'important, c'est qu'avec
tout ça, il était tout proche de cette A list tant convoitée. Pas
vraiment dedans, because off la B list qui lui collait aux basques ("les gras-du-bide, les passe-partout-moyens et les faciès inavantageux''), mais tout
proche, à deux doigts, une misère. S'en fallait pas de bcp, à cette
époque des vaches maigres ou enragées, qu'il y soit carrément,
pile-poil, dans cette fameuse fuckin'A list wauk'n waull du box-office.
Sans parler qu'il a eu l'oscar pour Capote, jmexcuse. Et là
encore, un peu de pédagogie en passant, pour les ignares sans culture
qui me lisent. Faut bien que j'instruise mon lectorat. Sinon, qui va le
faire, hein? Hein? En ces temps où les élites de la culture sont
discréditées, jetées en pâture à la voletaille haineuse, vengeresse et lyncheuse du
net...
Passons le corps médian du texte, insipide énumération
biopiqueuse qu'on trouvera dans n'importe quelle banque de données
internétique, et qui suggère que le Kag a pas mal bossé son dossier.
Notons cependant la persistance louable d'une mission pédagogique
jusqu'auboutiste: informer le lecteur, en répétant les infos importantes
à retenir, tout en le divertissant par un ton familier et badin. Du
genre: " allez, fuck, je tombe la chemise ":
"Et
là, paf ! Capote. On ne sait pas avec certitude si c’est le meilleur
rôle de sa carrière mais c’est à coup sûr celui par lequel il accède à
l’immortalité. D’abord, c’est un premier rôle, hénaurme, qui porte le
film sur ses épaules. Pour PSH, une première. Ensuite, il joue un
personnage célèbre, grand écrivain et figure médiatique de son temps. Et
Hoffman met tout ce qu’il a dans le ventre et le cerveau pour incarner
Capote à la perfection..."
Eh whouais: là, pif,
paf, pouf! Capote ! La timbale, tout l'toutim, tout l'bastringue, la A
list ! En grand! L'immortalité, à coup sûr. Le coup de maitre, quoi.
C'est hénaurme, comme dirait Luchini quand il cite Gotlib plutôt que Philippe Muray.
Et c'est un premier rôle, premièrement, tout
d'abord! Ben oui, sans quoi, il aurait pas eu l'Oscar. Comme rappelé
plus haut. Faut suivre un peu, aussi. Ensuite, il joue là (toujours la
mission d'éducation de l'ignare bas-de-gamme qui passerait par là pour
apprendre des choses importantes) un personnage célèbre, grand écrivain.
Et figure médiatique de son temps. Ce pourquoi il était célèbre,
d'ailleurs. Comme je dis toujours: si t'es pas une figure médiatique de
ton temps, comment veux-tu être célèbre, mon gars? Un peu de cohérence,
allons.
Et pour ces deux raisons, le premier rôle d'abord, ensuite
la figure de son temps célèbre pour être médiatique, Hoffman y met
l'paquet: tout ce qu'il a dans le ventre (et vu ce qu'il a, comme
subtilement rappelé supra, il a dû en mettre pas mal). Et dans le
cerveau! Ben oui! On parle toujours du ventre, mais on oublie un peu
trop facilement le cerveau. C'est là que niche le talent: les 5%
d'inspiration qui font transpirer 95% du ventre. C'est important, le
cerveau. Surtout quand on a un physique passe-partout d'américain moyen
légèrement enrobé.
" [...] mimétisme de la
coiffure au costume, de la gestuelle des mains à la voix et au phrasé
précieux. Mais il ne s’agit pas seulement d’imitation et de ressemblance
: l’acteur injecte finesse, émotion et profondeur dans une performance
qui est toujours à la limite du cabotinage, sans franchir la ligne
rouge, car le cabotinage est réalisme dans le cas d’un personnage qui
était cabotin dans la vie. "
Ah non, parce que là
non plus faut pas s'tromper. Faut pas confondre transformisme,
imitation, ressemblance, mimétisme, et parfaite incarnation de paf
Capote !
Dans le premier cas, y a ce qu'on appelle, dans le jargon du
métier de critique, cabotinage. Dans le deuxième cas, y a ce que dans
ce même jargon on nomme la finesse, l'émotion, et la profondeur. Surtout
quand la performance est toujours à la limite du cabotinage.
Faut être
précis dans le jugé, là, faut être un critique perspicace. Faut finement
sentir vibrer la ligne rouge séparant le mimétisme cabotin de la
profondeur émotionnelle.
Mais comment
finement sentir, quel est le critère, se demande le génial critique,
permettant de bien saisir le non-franchissement de cette ligne-frontière
immatérielle, arachnéenne, et pourtant bel et bien de couleur rouge?
Voilà la solution, c'est very simple, et autant dire bête comme chou:
dans le cas où l'on incarne un personnage qui était cabotin dans la vie,
le cabotinage est réalisme. Voilà le critère. Prenez par exemple un
type qui incarne un personnage qui n'était pas cabotin dans la vie. Eh
bien vous sentez tout de suite que son cabotinage manque de réalisme.
" Succès critique, public, Golden globe et oscar 2006 à la clé. Cette année-là, PSH atteint la top list. "
Toujours
des infos à visée pédagogique, finement distillées parce que finement
répétées.
Que des récompenses importantes et très convoitées, qui
comptent dans la vie d'un homme qu'était un peu trop relégué dans la
B-list.
Et il atteint, donc, la top list, la A list. Enfin. C'était pas
dommage.
Le récit est haletant, en ce qu'il ménage un suspense
proprement insoutenable: le lecteur, littéralement cramponné à son
siège, se demande avec angoisse si cet acmé de bonheur terrestre, si
l'immortalité convoitée et enfin obtenue, paf, sont faits pour durer
toujours. Bonheur terrestre et immortalité ne sont-ils point valeurs
fragiles, transitoires, fuyantes, évanescentes, se demande le
philosophe, surtout s'il pense à certaine cruelle ironie du destin
annoncée en incipit, et de sinistre augure? N'allons-nous pas bientôt,
cad avant la fin de cette chronique palpitante, prendre la mesure de la
fragilité des choses humaines de la vie, en leur irrémissible (non, immarcescible voulais-je dire, inexorable - c'est mieux, inéluctable si on veut, irrévocable - tant qu'à faire, irrésistible, pour ceux qui aiment, ou imputrescible, pour les culs pincés, inébranlable, pour les peine-à-jouir, incoercible, pour les diurétiques, irréfragable - pour les procéduriers, les pinailleurs, indéfectible, pour les collants, infrangible, pérenne, interminable, infinie, irrémédiable et... fuck-off) finitude?
Passons
la suite, car nous devons bientôt aller nous coucher, et reportons-nous
directement à la conclusion, pour connaître la réponse donnée par le
génial ciné critique au sentiment tragique de la vie selon Unamuno.
" [PSH
figure dans 7h58] l’homme américain ordinaire en proie à des problèmes
qui le dépassent et s’enfonçant en croyant s’en sortir, un peu à l’image
de son compère William Macy dans Fargo, même si Lumet est loin du ton
narquois et corrosif des Coen.
Bien qu’acteur à succès, Philip
Seymour Hoffman était peut-être aussi cet Américain banal, finalement
mis à terre par des démons personnels qu’il n’aura pas su maîtriser. De
nombreux grands rôles l’attendaient sûrement, il n’avait que 46 ans. "
La
fin de ce récit, de cette chronique inspirée, est un peu - scusi, faut
bien l'admettre nonobstant le respect - sèche, abrupte. Elle nous laisse
sur notre faim. Nous en attendions davantage et nous sommes un tantinet déçu.
Nous n'oserons pas dire qu'elle sent un peu le bâclé, mais
enfin... Elle tombe prématurément comme un couperet qui nous jette un
peu trop prestement à la face l'ironie cruelle frappant le destin d'un
Américain banal, moyen, au physique passe-partout et légèrement enrobé.
Qui par sucroît n'a pas su ou pu prendre le temps de lire Paul
Watzlawick. En effet, voilà un Américain banal qui, finalement, comme
beaucoup d'Américains banaux, s'enfonce dans des problèmes en croyant
s'en sortir. Et ça aussi, c'est typiquement ordinaire: il n'a pas vu que
le problème résidait dans la recherche de sa solution. Il n'a pas vu ou
compris que la recherche de la solution était précisément ce qui créait
le problème. S'il avait su voir ou comprendre cette évidence assez
banale, il aurait adopté en conséquence une stratégie de thérapie brève.
Hélas,
malgré le succès (comme quoi le succès ne rend pas toujours heureux:
méditons là-aussi cette vérité trop souvent tue, et qui est sagesse),
finalement mis à terre, vaincu, par des démons personnels qu'il n'aura
pas su maitriser, il ne saura pas davantage maitriser les nombreux
grands rôles et succès futurs qui sûrement l'attendaient.
Et c'est
doublement triste, car il nous faut méditer, en guise de conclusion, sur
cette ironie cruelle : c'est paradoxalement parce que cet Américain
banal était en proie à des démons personnels, qu'il n'aura pas su
maîtriser, qu'il a connu le même funeste destin tout aussi banalement
ordinaire que le génial rock critique Lester Bangs. Et c'est pour cette première raison
précisément, qu'en somme, PSH a droit ici au plus grand respect du non
moins génial Kag.
La seconde étant bien sûr la fameuse Top-A-list à Oscar-Paf des Stars bankables, qui occupe les 3/4 de sa pensée chroniqueuse, chronologi-creuse et nécrologiqueuse.
Et ça, quelque part, c'est moche, mais aussi...
wauk'n waull. Amen.
Doux Jésus, quel nanar atteint d’éléphantiasis, ce Holy motors.
Dès l'ouverture,
je me suis senti cerné par une imagerie "surréalisante"
tarteàlacrèmifiante, qui n'augurait pas que des bonnes choses. Le type
en pyjama, avec les lunettes Armani à verres fumés (fabriqués à Lausanne) sorties de chez Ardisson, la
choucroute à pointes qui retombent estampillée "pop star punk has been des eighties",
mélange de Jakie Quartz, Louis Bertignac, Catherine Lara après une
chimio, j'avais pas capté d'emblée que c'était Carax en la personne de
lui-même.
Ainsi donc, c'était une audacieuse mise en abyme, comme on
en fait à tire larigot dans des spectacles de théâtre subventionné
d'avant-arrière garde: l'artiste-metteur en scène se met
en scène, tâtonne d'un lent pas dans un novotel, en
longeant un papier peint mysterioso qui, en trompe l’œil, suggère quelque
forêt nocturne de bouleaux nordiques d'une phosphorescence blafarde du
plus bel effet. On croirait vraiment pouvoir s'agripper aux branches.
C'est alors que se révèle, on ne s'y attendait pas du tout, une entrée
dérobée et secrète menant aux mystères envoûtants et profonds d'un
moi-tout (détenant la clef, par la magie méliesque de l'enfance, de
la boîte à malices de ses souvenirs nostalgineux). Une ingénieuse
ingénierie sonore artisanale nous évoque un gros cargo melvillien en
partance, lourd d'un fret de 13 années de miroirs brisés qui portent malheur.
Comme dans les meilleurs films ratés de Jaco Van Dormael
allant chercher (avec son mister nobody) son magritte d'or avec les
dents, on sent qu'on va faire une espèce de voyage pas commun. D'autant
moins commun et planplan que l'artiste débouche, comme de juste, sur le
balcon d'une scène de cinéma-théâtre, où une salle de spectateurs
semi-zombiques nous alerte que le cinéma en tant qu'objet réflexif de
réflexion réfléchissante, va donc être le cœur et le sujet d'un
dispositif très osé, qui va questionner quelque part son devenir,
l'avenir de son passé, surtout, et placer l'artiste exilé en blanc
pijama au cœur de ce vertigineux voyage dans des
doubles de sézigue. Pessoïens. Rien que ça. On a envie de pouffer, déjà.
Pourtant, tout n'est pas que rire dans cette magnifique œuvre ludique
autant que crépusculaire.
C'est certes assez cuculapraloche, comme incipit. Mais comparé à ce qui va suivre, attention, c'est quand-même
un véritable pur moment magique de cinéma brut en liberté comme on en
voit deux par siècle, et encore. Selon la presse spécialisée allocinesque.
Dans un vertigineux dispositif
d'emboîtement de poupées russes gonflables pirandelliennes en quête non
d'auteur mais de spectateurs absents, vitrifiés par le monde moderne à
l'âge de la reproduction technique (cette accumulation de spectacles
conchumérichtes, etchetera, où on ne sait plus hélas ni rêver ni
s'enchanter ni s'ébaubir, ni croire encore à la magie révolutionnaire du
cinéma des origines), vont ensuite se succéder, en rangs serrés,
jusqu'à la fin salvatrice :
30 tonnes de métaphores insistantes,
usées jusqu'à la corde, et de symbolisme à trois-cinq balles. Sur le
virtuel qui a tué la vie et le réel, le cinéma, l'amour et tout ça. Les tombes
au père Lachaise ont comme épitaphe "visitez mon site web". Mais waouw,
quoi. Ironie légère, subtilité du trait, à la jadis-Sempé, pour évoquer les
masses solitaires atomisées et aliénées par leur ordinateur (de pompes
funèbres, puisqu'on en est à des formules percutantes que même
Gérard-taxi-Pirès n'oserait pas placer s'il remakait son film du même
nom). Tout comme cette pique acérée, sur les grises banlieues
résidentielles (Philippe Val ou Alexandre Adler ont du adorer): le
pauvre plouc qui retrouve sa petite famille - cad des chimpanzés. ça
c'est une allégorie bien trouvée ("allez, gorilles", qu'est-ce qu'on se
marre. On se croirait dans Hara-Kiri du temps de Siné et du
professeur Choron, la grande époque "libertaire" - tu parles). Et
Manset, s'auto-recyclant, couine lamentablement là-dessus, avec un texte
qu'on croirait pondu pour Julien Clerc par un Dabadie sous laroxyl.
Puis
quel mime génial, ce Lavant. Comme dirait Timsit parlant de Michel
Leeb, il passe de mendiante roumaine-bossue-à-chicots à fantomas
super-fucker en latex-à-capteurs, et d'anthropophage pierrafeu à Guy Hamilton vieux, avec une virtuosité vertigineuse, là encore.
Maintenant, faut le dire, aussi: s'il était pas là, s'il faisait pas le show à lui tout seul, s'il donnait pas généreusement de son corps et de sa gueule hallucinants de faune méphistophélique, ça serait ptêt un nanar. Mais ça serait un nanar sans vie, sans folie, pas sympa.
Poésie
ringarde à deux sous, une sorte de sous-Prévert de carte postale de
Paris sous cloche de verre. C'est que du clicheton creux à tous les
étages. Jeunet-Caro enfoncés les coudes dans le nez. L'éternel jeune vieux con paradigmatique nous refourgue ad nauseam
toute sa quincaillerie naphtalineuse pseudo poético-philosophique, digne
d'un cahier clairefontaine d'ado qui se prend pour Rimbaud ou je sais
pas quoi, alors qu'il en est l'exacte antithèse mortifiante. Rimbaud
nous disait: "il faut être absolument moderne"; Carax nous dit: "il faut
être absolument réactionnaire". Et de faire interminablement défiler ses
vignettes fétichistes, citationnelles et auto-citationnelles (y doute
vraiment de rien) d'un âge d'or à jamais révolu. C'est vraiment le
triomphe du cinéma d'antiquaire, sentant à chaque plan le musée de cire
astiqué et le cadavre embaumé.
Bref, un concentré de nostalgisme
narcissique et morbide. Et ça pue le fric pour dire merde au
Fouquet's. Toujours le même branle-trip depuis les amants du pont neuf.
On sent trop que le gars se fantasme comme le dernier des mohicans ou
des poètes dans un monde où il n'a plus sa place, snif.
Dialogues-monologues
"funèbres" - quand il y en a (il aurait pu nous épargner ça aussi) - aussi emmerdifiants qu'un feuilleton de Nina Companeez. Entre autres, la
scène de Guy Hamilton fatigué et de sa secrétaire estropiée à son chevet. Y va la cracher
enfin, sa valda, oui ou merde? J'en pouvais plus... Mais non, y se
relève, comme un Lazare chiant, et ça continuuue. Oh la purge. Le
colloque à la Samaritaine en ruines, par les deux vieux amants, qui se
clôt d'abord par une imbitable chansonnette en hommage à Christophe
Honoré rendant hommage à Jacques Demy, puis un suicide tristoune en
forme d'écrasage sur le trottoir. Bwoaf.
Ah bigre... "ça donne
bien à méditer", tout ça. Sur toutes les belles choses du monde d'avant,
envolées, ma bonne dame. Le cirque, les acrobates, les transformistes,
le mime marceau, la petite loge de l'artiste, avec les lampions, les
facteurs à vélocipède, remplacés par les machines déshumanisantes des
américwouains.
Sur le fond et la forme, avec ou sans
limousines, je sais pas même si Cédric Klapisch parvient à faire aussi
nase et visqueusement luisant avec son Paris (entre autres), un pic qu'on croyait indépassable dans l'histoire des daubes prétentieuses du cinéma français. Avec Le jour et la nuit de bhl, et surtout le Cinéman
de Moix - avec lequel ce HM entretient des correspondances plus que
troublantes, qu'il conviendrait d'analyser par le demi menu car
insuffisamment soulignées à ce jour.
Une jolie photo léchée
et de beaux travellings chiadés n'y changeront rien. ça
fait pub martini-dry tendance sociocu pour la mairie de Paris et le
guide du routard des Champs-Élysées (malgré quelques trop rares moments de grâce). ça m'a fait
penser aussi, non pas aux Yeux sans visage de Franju (y pousse vraiment
les bobonnes, puis Franju, Franju, scuzi, ça sent un peu l'amidon aussi), mais à Subway de Besson. La touche 80s en moins mais son
esprit gélifié en bonus.
Qu'est-ce qu'on pourrait dire encore?
Je
me demande quand-même si la bite dressée à Lavant, c'est pas une
prothèse en caboutchouk trop bien imitée, parce qu'elle bouge de façon
absolument pas naturelle (cad qu'elle bouge pas du tout, quoi). Pis les
fesses. Trop musclées, trop massives, pour son gabarit je veux dire. J'y crois
pas. Honnêtement, j'y crois pas. Même en faisant des séances de fentes-avant intensives,
t'as pas des fesses comme ça.
Non, c'est honteux. Ou alors c'est génétique. Bon ok je suis jaloux, et mauvaise langue.
En tout cas c'est un film où y a des putains de sfx merveilleux, ça au moins on peut le dire.
(Bon,
pour le côté rock-rebelle qui dépote les orteils, on aura quand-même
droit en interlude à une church-jam d'accordéons furieusement
pogo-kusturicesques, du genre à défriser les moumoutes, et qui aurait
fait un chouette clip sur arte pour le cirque du soleil ou Zingaro, en
2003. Unique moment qui m'a enthousiasmé, je dois dire. Même
clichetonnant, c'était bath-punchy. Là, y avait quelque chose. Une
niaque, de la vie, de l'émotion. Un peu comme dans le quadrille du Van
Gogh de Pialat:)
[Ce n'est plus visible sur YT, mais voici une cover bien sympathique]
Que nous dit Wiki à l'égard de l'insu de son plein gré:
née le 8 août 1921 à Inglewood en Californie, morte hier-même à Beverly Hills dans l'état identique au susdit.
C'était une excellente actrice, doublée d'une athlète saine et robuste,
de surcroît une personne tout à fait charmante et de compagnie
éminemment agréable.
L'eau liquide était son élément. Elle s'y
mouvait tel un vif poisson aux ailerons scintillants, montant et
redescendant sans cesse au gré des courants piscinaires, à l'instar
d'une méduse translucide se synchronisant à la ferpection avec les éléments humains et anhumains divers & variés.
S'en dégageait un sentiment d'harmonie universelle, fruit d'un ouvrage
combien cent fois sur le métier remis, au prix d'une effarante
discipline, mais d'allure toujours fraiche et spontanée. Cette même
harmonie universelle que, dans leur quête éperdue de la ferpection,
les chercheurs du nombre d'Or peinèrent laborieusement à atteindre -
enfermés dans leurs ateliers aux persiennes closes et aux senteurs
tabagiques.
Le Bal des sirènes fut un de ses plus vifs (again) succès, Ben Cage son premier mari et Fernando Lamas, hélas, son dernier.
Paix à son âme. Elle nous manquera à tous. Et à toutes, eventualy.
[ Oui, c'est tout. Bcp de boulot, en ce moment. Je ne sais pas si j'en ressortirai indemne, mais en tout cas ça ne me laissera pas indifférent, comme on dit sur Allociné.
On en recause. Énormes tartines à venir, notamment sur Jacques Rancière. Plus un article scientfique de haute volée: "Proximité et distance dans les films d'horreur" (titre à la noix pour faire son intelligent dans les quick d'Alleur et de Grand-Rechain), etc.]
Petit film indépendant dont quasi
personne ne parle sous nos latitudes mais jouissant d'une certaine
réputation. Méritée. Coup de cœur perso.
ça doit s'aborder avec le moins d'info possible. Aussi j'incite tout qui serait curieux de l'aborder avec un minimum de fraicheur à stopper ici la lecture de cette notule farcie de spoilers en tous genres.
Cet objet filmique fragile (cad dont le destin couru d'avance était de rejoindre le rayon foutraque des direct-to-video ou direct-to-streaming) se tient tout du long sur une ligne à la fois discrète et subtile, consistant à faire
travailler par "en dessous", "à côté", l'affect ou sentiment qui est le véritable
motif annoncé dans le titre (aucune surprise à ce niveau là, donc).
Il est clair qui si on regarde cette petite production l'œil sévère en coin, et goguenard (du genre: "haha,
on me la fait pas à moi"), avec une attente déterminée, spécifique, de
ce que doit ou devrait être un film "fantastique" ou d"horreur" réussi, selon un
cahier de charges, des critères "objectifs" faisant "consensus", une
grammaire de "genre" à respecter, on ne manquera pas d'être
déçu. Et sous cet angle, c'est aussi un film déceptif, dans un sens
qui pour moi lui donne d'autant plus d'intérêt et d'attrait.
Ce qui me séduit le plus dans ce film, c'est justement ce que certains lui reprochent, qui apparaît bien comme une carence, un défaut, mais pas forcément au sens péjoratif. Il ne va pas "jusqu'au bout de ses idées", il ne fait rien de ses motifs, qui ne vont nulle part.
Au propre comme au figuré, il sous-traite ou soustrait ses motifs (topologie, narration, personnages). Plusieurs directions, axes dramatiques se profilent, qui semblent alléchants, pour l'amateur de "fantastique", ou de "récit psychologique": aucun n'est véritablement exploité. Régulièrement semble s'annoncer un rebondissement, une "scène à faire", une action-climax, une résolution dramaturgique sous forme de "twist": rien de tout cela n'arrive. La stagnation est privilégiée sur la
progression, la rupture sur la continuité, l'élision sur le
"développement". Traitement judicieux selon moi, qui permet d'entretenir un climat de tension permanente, là où tant de films de genre s'appliquent laborieusement à actualiser toutes leurs promesses dans le but louable de contenter l'amateur du genre.
(Dans ce domaine bien délicat, le plus sûr chemin menant à l'ennui profond, - et le plus fréquenté - consiste 1. à fournir le lot de scènes qu'il attend de pied ferme, 2. à fournir un supplément de scènes censément "inattendues", car il espère bien, s'attend bien à être surpris au delà de ses attentes - d'où: bouse téléphonée de A à Z.)
A la façon d'une musique "low-fi" s'attachant à la
fréquence la plus discrète, ou d'expérimentations de musique concrète se
concentrant sur ce qu'on appelle le "bruit blanc", ce film opère par soustractions et suspensions (le soundtrack, remarquable, contribuant pour beaucoup à sa dimension hypnotique et contemplative). De telle façon que ne subsiste
qu'un paysage purement émotionnel, une atmosphère, constitués par la
simple conjonction de quelque figures "pauvres" en nombre limité: - deux soeurs - tunnel - mari disparu - traversée.
Parlant d'émotion: la relation entre les deux sœurs est peut-être ce qu'il y a de plus émouvant, par la justesse de ton de deux actrices (Katie Parker et Courtney Bell) ayant une réelle épaisseur humaine, chose très rare dans le genre dédié.
Avant d'être ce qu'il est aussi, à savoir un film "d'horreur", c'est un film de l’intériorité et du sentiment, inscrit dans une certaine mouvance "minimaliste" - où s'entrecroiseraient de façon improbable Weir
(période australienne), Lynch, Van Sant, Akerman, Antonioni... Ces analogies
restant réductrices, bien entendu.
Ce qui ne l'empêche d'ailleurs pas d'être (pour moi) oppressant, très efficace
dans sa manière "discrète" de faire naitre l'angoisse à partir une
simple durée, de cadres et de plans très sobres, où il ne se "passe" à
proprement parler rien pendant une bonne moitié de film (une femme
assise, une femme faisant son jogging, un trottoir, un intérieur...).
Absentia pourrait presque s'envisager dans sa composition comme un film "abstrait", s'accordant ainsi à son motif principal, sa figure: ce qui, dans l'image, a été soustrait de la présence, infigurable en ce sens. On se méprend souvent, bien
sûr, sur le sens qu'on peut prêter au terme d'abstraction pour une
composition picturale, musicale, ou cinématographique (Snow, etc).
"Abstrait"- au sens ici de non-figuratif ou non-figurable - n'étant pas le contraire de "concret", mais pouvant se recevoir, s'éprouver au contraire comme
une expérience très matérielle, très concrète. C'est le cas pour moi
de ce "petit film", qui parvient dans sa manière restreinte, ténue, à peindre et
faire entendre un pur affect: le sentiment matériel, concret de
"l'absence". Mais aussi de la solitude, du deuil, de la mélancolie de la
perte (la scène des parents venus visiter leur fils "revenu", pour
s'entendre dire qu'il a disparu à nouveau: c'est aussi bouleversant que comique, et ça dure 15 secondes à peine).
Absentia travaille également constamment sur le caractère ambigu, mieux, indécidable de ce qu'il donne à regarder. Indécision entre le rêve et la réalité,
l'hallucination et le désir... Quelle histoire nous est ici racontée,
que se passe-t-il au juste, et depuis quel point de vue, depuis quel
temps vécu ?
La dimension "paranormale" ne serait-elle que l'apparence
que prend ici l'absence, le manque, la perte, la solitude, pour tel ou
tel personnage, leur matérialisation? (un insecte, mais quel genre
d'insecte: que l'on porte en soi comme une maladie, qui ronge
de l'intérieur? Un monde souterrain, mais de quel ordre: en écho
parasite du Livre des Morts tibétain dans lequel on cherche
l'apaisement, la réconciliation avec les disparus? Qu'est-ce au juste
que ce tunnel qu'on traverse ou pas, lieu de "passage", "d'échange" dans
lequel on disparait? etc.)
Depuis quel "point de vue"
donc, ce récit, une forme de rêve ou cauchemar éveillé, est vécu?
Depuis celui de la toxicomane, qui fuit en permanence quelque chose "on
the road", celui de sa sœur dépressive, qui à l'inverse fuit en ne
parvenant jamais à quitter son domicile, celui du policier-détective
amoureux d'elle "en viager", celui du psychopathe, fils d'un autre
disparu? Ou à l'inverse, leurs drames personnels, de solitude,
enchevêtrés, sont-ils élevés à la puissance de cette dimension
fantastique, de cette "légende urbaine"?
Cette absence de certitude est aussi la matière que traite concrètement le film. Et c'est porté à
l'intensité du sentiment, comme ce trouble de la matérialisation
soudaine, dans un coin du plan, d'un mari disparu depuis 7 ans, et qui
revient sans jamais vraiment revenir, réapparait sans jamais vraiment
réapparaitre, au moment où on le déclare enfin "décédé in absentia", au
moment où le travail du deuil semble trouver son issue. Un mort jamais
tout à fait mort, un vivant jamais tout à fait vivant. Non pas à la
manière d'un "mort-vivant", mais à la manière d'un fantôme, un
"revenant": une présence-absence habitant une inter-zone, un inter-land,
mince cloison, étroit corridor entre le monde des morts et celui des
vivants, ni chez les uns, ni chez les autres, en exil. Tout le film se
situe dans ce battement indécis, stagnant et paniquant, qui fait les
deuils impossibles, la maladie du deuil. Maladie réfractée en chacun des
protagonistes, qui incorpore ("encrypte") pour lui-même un objet à la
fois chéri et perdu, qui le dévore.
Terreur, oui, mais une terreur à la Blanchot (on pense, un peu, à Thomas l'obscur, qui à sa manière est un livre de terreur).
Il y a de ça un an environ, je passe par acquis de conscience au magazin des occases. Je
tombe sur Rule of Rose. Réputé introuvable (du moins dans la zone du périphérique où je crèche).
35 euros.
Je me dis: ah oui. C'est vraiment bcp.
Oui, mais c'est rare. Ok, c'est peut-être rare, mais c'est peut-être une
demi-merde, aussi. ça dépasse difficilement les 12/13 dans les tests.
Oui, mais ça veut rien dire: ils mettent 19 à Okami, qui est d'un ennui
mortel, et que je trouve juste très laid. Si ça se trouve, c'est un chef
d’œuvre méconnu. Non, c'est une arnaque. Y a deux mois, j'avais essayé
de le commander. Le type me disait qu'il était dispo dans un de leurs
stores à Namur. Qu'on pouvait le faire venir, et qu'il m'en couterait 17
euros à tout casser. Trois semaines d'attente. Puis je reviens: ah non,
finalement, il était déjà réservé.
Puis je le trouve, là, 15 jours après, sur
l'étagère, qui me nargue. C'est évident que le mec spécule sur mon
désir. L'est pas con. Et il a de la mémoire.
Tout ce qu'on
peut acheter avec 35 euros... Ma ps2 d'occasion (une silver, en plus)
m'en a coûté 45, sans la manette ni les cables. Et elle fonctionne
impec. Achetée par sûreté, au cas où mon ancienne mourait d'un coup.
J'achète le jeu et je crains d'avoir fait une grosse, une très grosse
bêtise. Je rentre péniblement chez moi, affligé d'une claudication d'ordre psychosomatique non douteux, en empruntant des tas de ruelles ténébreuses pour retarder l'épreuve du Réel. A savoir que je viens de délibérément, méthodiquement, glisser 35 euros, par billets de 5 plus la menue monnaie, dans la fente d'une bouche d'égoût.
Arrivé dans mon cloaque cosy aux fenêtres occultées (la lumière du jour j'aime pas trop ça, c'est pas bon pour mon teint), je range le jeu derrière un double rayonnage de bouquins poussérieux bouffés au mites (de la coll. Epiméthée, cover brun caca d'oie et à tarif prohibitif, dont je demande encore comment j'ai bien pu mettre des sous là-dedans). Pour en oublier jusqu'à l'existence.
A 23h54, surmontant une forme de dégoût visqueux qui s'était emparé de toute mon étantité non phénoménalisable, je l'en ressors. J'allume la console. 35 euros... A la grâce de dieu...
* * * * *
Bon.
ça vaut pas 35 euros en occasion. ça vaut 35 euros neuf, il y a 6 ans.
Donc, ça va, je me suis fait à moitié arnaquer.
J''y joue 3h (considérant ma lenteur, ça doit représenter un 1/8è du jeu). Le lendemain soir, j'y rejoue 4h. Et je peux dire que c'est bien, vraiment très très bien.
1.
Titre jouissant d'une aura maudite usurpée, qui lui a finalement fait
bcp de tort: l'UMP avait voulu l'interdire lors d'un débat
parlementaire. Soi-disant malsain car touchant à des tabous sur "le
monde de l'enfance". Si on va par là, il faut interdire 99 % de la
production "fantastique". Le "club des aristocrates" étant
infiniment plus x-rated et macabre, sans la féérie, que celui de ROR,
bien entendu.
2. Le "gameplay" est très daté, même lors de
sa sortie (2006). Si on le compare, bien sûr, à RE4. Mais il ne joue pas
du tout dans cette division. D'où un immense malentendu: il s'est fait
aussitôt incendier par tous les joueurs qui attendaient une tuerie en
termes de maniabilité, tant pour la caméra que pour les déplacements et
les combats.
Des combats, y en a pas bcp, déjà. On est une jeune
fille qui se déplace avec la grâce d'une danseuse de tango atteinte de
lombalgie et percluse de rhumatismes; et on brandit en guise d'arme
défensive des trucs du genre fourchette rouillée. Les attaques sont
aussi imprécises que les esquives à moitié foirées. C'est là justement
que ça devient intéressant. Le but n'est pas de jouer à Tekken. C'est
une limitation géniale, puisqu'elle concourt au sentiment de
vulnérabilité et d'impuissance, propres aux "mauvais rêves".
3.
On retrouve le mode exploratoire de quasi tous les "survival": couloirs
et portes, clefs, mécanismes et énigmes tirés par les cheveux, pour
notre plus grand plaisir. Mais c'est pas vraiment un "survival". Tout
est dans l'atmosphère. Mix de conte vénéneux façon Hansel & Gretel,
de hantises à la Henry James, de mystères à la Jules Verne, et de
(rares) monstruosités de fête foraine à la Bradbury. ça mise énormément
sur le scénario, prenant, envoûtant, volant 150 coudées au dessus des
R.E. (qui se foutaient - et nous aussi - du scénario comme de leur
premier bavoir).
4. On l'a comparé à un Silent Hill raté. Or ça
n'a rien avoir avec le climat d'un silent hill. L'élément de
comparaison pertinent, mais qui ne joue nullement en défaveur de ROR,
c'est le parti pris assumé d'un "gameplay" à l'ancienne: raide,
statique, minimaliste.
C'est d'une certaine façon plus malsain que
SH. Moins paniquant, moins cardiaque, mais plus insidieux, comme une
morsure entêtante. Plus neurasthénique (SH, c'est une dynamique de
cauchemar quelque part plus conforme aux codes du cinéma de terreur
"psychique").
5. La proposition musicale est très culottée: un
quatuor à cordes, ou un violoncelle en solo. ça crée une ambiance qu'on
ne retrouve pas ailleurs. Le bémol, c'est que la partition n'est pas
suffisamment variée, ça peut agacer.
6. Le jeu est beau,
contrairement à ce qu'on dit. Et sobre. ça a été fait avec bcp de soin
et d'amour, rien n'est bâclé. Il a son univers. les cinématiques sont
extraordinaires. D'une perversité rare et d'une mise en scène
élégantissime.
Haunting ground est sans conteste plus beau,
gracieux, raffiné. Mais je n'ai pas ici le problème que j'ai avec HG: le
stress permanent d'une progression à rebours. Dans HG, on n'avance
qu'en fuyant, disais-je là, et cette contrainte décourage. De plus, les
phases d'attaque-poursuite surgissent de façon aléatoire, et presque pas
de temps morts. Fausse-bonne idée en vertu de laquelle moins on sait
quand on va être attaqué, plus on a peur. Trop simpliste comme postulat,
confondant angoisse et stress, car c'est plutôt le contraire à mon
sens: on flippe d'autant plus qu'on sait qu'à tel endroit précis, et pas à un autre, quelque chose nous attend...
7. Conclusion
provisoire: HG & ROR s'imposent tous les deux, pour tout
amateur/teuse de survival-horror "japan old school" qui se respecte, à
titre de reliques muséales uniques, de ces choses qu'on ne refera plus
jamais, je pense. Et je donne ma préférence à ROR. Voilà. Et c'est pas à cause des 35 euros. (Non, parce que j'entends déjà certains esprits tordus murmurer dans mon oreille interne que je tente en loucedé de justifier rétro-activement mon investissement. N'importe quoi...)
* * * *
Horreur et lois de la vexation universelle. Je retourne au même magasin 2 mois plus tard. Et là, qu'est-ce que je vois? Pas la peine d'en dire plus, vous m'avez compris... Sous cellophane, en plus, dans son état de sortie d'usine il y a 6 ans (alors que le mien est griffé). 12 Euros. Oh les... Bande de salauds... Fumiers. J'ai failli le racheter, comme si je devais me rembourser selon les règles d'une arithmétique absurde.
ça m'est déjà arrivé, d'ailleurs, de racheter un truc que j'avais payé cher, simplement parce que je retombais dessus à un prix dérisoire. Comme si ça devait annuler magiquement l'outrage de la première dépense, corriger un déséquilibre dans l'harmonie des sphères. Pathétique. Mais là je me suis retenu.Pour qui me prennent-ils, ces bandits: une vache à lait? Allez basta hein. Pas deux fois, Lisette. Trop is te veel en te veel is trop.
Pourquoi ce long silence? Pourquoi cette retraite scripturale lancinante, souciante, voire insupportable - dommageable surtout pour les exigences et les avancées de la Science Universelle, à laquelle je contribue vaille que vaille dans la solitude la plus ingrate et le je m'en fichisme quasi absolu de mes contemporains? Hm?
C'est que - scuzi de souffrir - je suis passé par une sorte de micro-phase dépressive. Après l'inexplicable et soudaine trépanation de mon Lacie Porsche-truc de 2 To qui contenait plus de 300 films (ainsi que plein de choses inavouables loadées avec une ferveur jésuitique sur le net) dont je n'avais pas encore vu le quart, et que j'avais patiemment choisis et engrangés. A vrai dire, je n'en suis pas encore sorti. Y a un terrible et dantesque acting-out qui se prépare. Je le sens dans les turbines rouillées de mon organisme, au son des os qui craquent et au senti des mystérieuses courbatures qui m'affligent.
Laissez-moi vous raconter l'horrible histoire de ce Lacie, saloperie de chien infidèle.
Réputé l'étalon de sa catégorie, ceci justifiant un coût bonbon, vanté partout, comme par ces vendus pourris de chez "les numériques", ce HDD élégant et classieux, à la coque rassurante toute de métal brossé, inspire la confiance, endort toute inquiétude. Le fourbe.
Fort d'une expérience d'archivage heureuse - et qui dure toujours (qu'à dieu ne plaise, et je touche du bois) avec mes déjà vieux Toshiba StorE-Alu 3,5'' (6 ans, quand-même), remplis jusqu'à la couenne, j'avais rangé au rayon des habitudes obsolètes la gravure sur dvd. Habitudes anachroniques autant qu'insatisfaisantes, monologuais-je d'un ton pénétré ne souffrant nulle contradiction: "je vais pas m'faire chier à compresser des bidules de 7,9 gigas, alors que je peux les mater tels qu'en eux-mêmes l'éternité les fige, à loisir, tantôt sur mon merveilleux écran à rétroéclairage led de 23 pouces et à angles de visions ouverts IPS, tantôt sur la tv via mon précieux moviecube Emtec doté d'une connectique digne de Hal (et d'un DD interne Hitachi, une valeur sûre, si)".
Ainsi archivais-je, tranquille et badin, oublieux de l'oubli, chefs d’œuvre et nanars se côtoyant sur mon Lacie dans la plus parfaite égalité démocratique ranciérienne. Sans même penser à en dresser la liste. Plaisir du choix inspiré dans l'instant non délibéré.
Or j'aurais du. Faire quelques captures d'écran de cette putain de liste. Quelques minutes eussent suffit. Car le trauma suscité par l'extinction définitive de ce Lacie porschiné à la flan a engendré lui-même une amnésie quasi-instantanée de son feu-contenu volatilisé. L'horreur, sans nom. Et j'en témoigne: le Nam, en regard d'une expérience aussi extrême, est une douce promenade champêtre. Là résida ma micro-dépression: dans la suture mémorielle, par laquelle je m'interdis alors, et m'interdis encore, de me souvenir de tout ce que j'ai perdu.
Parfois, ces dernières semaines, je passe en trainant les pieds (et ça fait pfschh pfschh sur le balatum mal ciré) devant les rayonnages de la médiathèque, l’œil torve et éteint, un pli amer sur la commissure des lèvres, refusant de lire les titres des pochettes pour ne pas réveiller cette douleur aigüe. On peut sans crainte parler ici de deuil pathologique. Amenez moi un szondien, que je lui épile les moyes...
De cette épreuve malheureuse, il convient, là encore, de tirer des enseignements positifs. Vous ne le savez que trop bien, car c'est ma devise, "une mauvaise expérience vaut mieux qu'un bon conseil".
Désormais, j'ai pigé, là, c'est bon. Mieux vaut archiver les trucs sur des dvds, même à moitié compressés. Ou alors systématiquement copier ses fichiers sur un disque jumeau que t'allumes presque jamais, pour l'éconono, l'éconono - l'économiser, bordel. Un dvd, ça peut te lâcher, s'effacer, dit-on, dans un avenir encore indéterminé, ou passer sous un pneu michelin, une rappe à fromage... Mais tu perds pas 300 films d'un coup, en 1 seconde.
En plus, j'le sais, maintenant: Lacie, ça fait longtemps qu'y fabriquent plus eux-mêmes leurs disques durs. Y s'contentent de la coque, de laisser son design à je ne sais quel Philippe Starck à la manque ou à ne je sais quel concepteur de décapotables automobiles pour rentiers althussériens au gras bide et aux bajoues flacides. Le disque dur lui-même, ici, c'était un Seagate. Seagate... Laisse moi m'marrer... C'est comme si tu confiais la pratique du concept spinozien de Désir à une oblate infibulée, la direction d'un centre pour l'égalité des chances à Patrick Bateman, l'idée de socialisme à Elio Di Rupo. Ou encore - je sais pas moi - comme si tu attribuais un ministère de l'enseignement à Jean-Claude Marcourt, une chronique d'art à Cédric Wautier (*), un Magritte d'or à Jaco Van Dormael, etc.
Non, Toshiba je dis. Avec un Toshiba, tu sais où tu vas: ça ne paie peut-être pas de mine, mais ça chauffe pas, jamais, pis c'est silencieux. Et à un prix défiant toute concurrence. C'est des gens sérieux, chez Toshiba.