lundi 23 juillet 2012

The river king (Nick Willing, 2005)



Daubasse presque fascinante par son incohérence.

Enquête mollasse sur la mort d'un collégien, gelé dans une rivière, aux abords d'un collège privé huppé. Meurtre ou suicide? Un festival de poncifs et de mécaniques narratives pavloviennes. Des tas de "fausses pistes" dont on comprend d'emblée qu'elles sont fausses; structure en flash-backs poussifs; rituels de bizutage de fraternités fascisantes; le collège fait vivre la petite ville, donc la police est corrompue par des pots de vins; le duo du flic intègre et du flic pourri (qui essaie de saboter l'enquête, laquelle pourrait nuire à la réputation de l'école); le flic intègre souffre d'un traumatisme personnel en rapport avec le cas; éléments fantastiques à la sixième sens, du genre "mince, y a une tâche bizarre sur toutes les photos, on dirait la silhouette du mec Kevin" - Kevin, le mec qu'est mort? - "Oui, tu ne trouves pas ça bizarre?" - Ah ça, pour être bizarre, c'est bizarre, mon pote. T'es sûr que ça va bien, toi"? - "Ben, peut-être que Kevin essaie de nous communiquer un message"- "Ouaih, c'est ça, et pourquoi pas faire la causette avec des fantômes en direct de l'au-delà, tant qu'on y est?" (dialogues tout le temps comme ça, si); coup de foudre entre le flic intègre et une prof, clone de Meryl Streep, qui doit se marier avec le futur directeur de l'école - un sale con; donc déchirée entre un avenir radieux et un futur incertain, elle met fin à la relation avec le flic; même si elle comprend qu'elle n'aime pas le sale con; la preuve en est administrée par un dial qu'elle a au resto avec lui: elle lui demande "qu'est-ce qu'il y a après, selon toi?" Y répond: "la direction du collège, et un meilleur salaire, je suppose", "après la vie, je voulais dire"... Puis: "pourquoi veux-tu m'épouser?" - "Pourquoi cette question étonnante, chérie? Parce que je me sens bien avec toi, heureux avec toi, voyons" - "Ah, parce que tu te sens bien, heureux, avec moi... Quand je mange de la tarte aux cerises, je me sens bien, heureuse". "Que veux-tu dire par là, chérie?" - "Oh rien, laissons cela" (et le mec, qu'a rien percuté, est rassuré et reprend la lecture de son journal avec un air de grande satisfaction) ; le flic intègre rend son badge, dégoûté par la corruption et le manque d'amour; dialogues ahurissants, donc, genre, encore: "prenons la voiture, ce sera plus rapide qu'en marchant" ou "si on fait analyser cette poudre suspecte par le labo, on en saura certainement davantage" (dial entre les deux flics dans la forêt), "bon, j'appelle Nick, le mec du labo, pour qu'il amène le matériel avant que la nuit tombe, sinon après il fera trop noir pour qu'on puisse y voir quelque chose", "mauvaise idée: tu sais bien que Nick n'a pas de portable, et pas de voiture non plus. En plus il quitte le labo après 18h", "ah oui, c'est vrai, fucking fuck"; ou encore "j'étais pressée de vous revoir pour vous montrer cette tache étrange sur la photo", - "au milieu de la nuit, chez moi, dans mon appartement?" - "oui, je l'admets, j'étais sans doute pressée de vous revoir, tout simplement", "- alors, si je comprends bien, vous n'êtes pas venue que pour l'enquête"? etc etc. Jusqu'à ce qu'y baisent comme des pécaris enflammés, corps nus en surimpression floue, avec des bouts de seins turgides, des filtres colorés, des bouts de fesses ondulant sous une musak langoureuse.

Et tout ça pour quoi? Pour découvrir que, ah non, c'était un suicide. Le pauv'mec, 15 minutes avant sa mort, se faisait tabasser grave par la bande de fachos-blonds du collège. Après avoir été forcé de bouffer des excréments dans la cuvette des wc. Puis laissé pour mort. Mais c'est pas ça qui l'a tué, en fait. Il est mort plus tard, pour un motif qu'a rien à voir.

[Y'aura d'ailleurs une enquête palpitante sur la nature de ces excréments, d'un suspense insoutenable, qui durera plus ou moins la moitié du film. Nick, du labo, a découvert des excréments dans l'estomac de la victime. Mais le flic pourri a caché cet élément du dossier au flic intègre. Ce dernier l'apprend par hasard de la bouche de Nick du labo. Le flic intègre, furax, va parler au commissaire en chef: "pourquoi on m'a caché ça? Seriez-vous donc tous corrompus?" Le chef tente de faire diversion: nous savons tous que la rivière est salement polluée, aussi, partout des merdes de poissons, d'écrevisses et de saloperies diverses, alors ça prouve rien tout ça, arrête de fantasmer ducon, c'est ton traumatisme qui te travaille, va voir un psy".

Mais le flic intègre fait sa petite enquête. Il découvre que la ville avait investi il y a deux ans dans un système d'épuration pour que l'eau de la rivière soit nickel. Alors il va voir en loucedé Nick du labo (qui est un gentil), pour y voir plus clair. Il lui dit: "dis donc, Nick, j'aimerais que tu analyses pour moi l'eau de la rivière". 30 minutes plus tard, dans le film, le flic intègre revoit Nick, entre deux kawas à la cafète. "A propos", dit Nick, j'ai analysé l'eau de la rivière". "Et alors, ça donne quoi?" Nick répond d'un air débonnaire et blasé, avant de quitter le champ: "Pas une merde de poisson, rien, elle est claire, pure, je suis formel, on pourrait presque la boire". Ohoo... Bizarre, ça, suspect, se dit le flic.

15 minutes plus tard, dans le film, le flic intègre a l'idée de faire analyser les excréments en question. Il recroise Nick, par chance. "Dis donc, Nick, j'aimerais que tu analyses pour moi les excréments, car s'il s'avérait qu'ils sont humains, ça nous mettra peut-être sur la piste d'un crime pas normal maquillé en faux suicide". 10 minutes plus tard, dans le film, il tombe à nouveau sur Nick, toujours blasé et affairé. "A propos, dit Nick, j'ai analysé les excréments". "Ah, oh, et alors, à quelle conclusion es-tu parvenu sur ce problème crucial?". Nick, qui lui a déjà quasi tourné le dos, se retourne et répond d'un air jovial, avant de repartir s'occuper de trucs plus importants: "c'est du caca d'homme, aucun doute là-dessus, allez salut, mec, je suis à la bourre".]


Mais voilà: à la toute fin, on découvre, donc, que le collégien, 15 minutes avant sa mort, était encore en vie, comme disait l'autre. Il est allé se jeter dans la rivière juste après, à cause d'un chagrin d'amour. Il a laissé un petit mot enfermé dans une boîte magique sortie de Hellraiser, où il explique qu'il a vu sa meilleure amie (dont il était amoureux - mais qui voulait pas quitter le chef du clan) embrasser le chef du clan (ce qu'elle faisait souvent, puisque c'était son mec); alors il a pas supporté, il quitte ce monde pourri où il n'avait pas sa place. Y a un flash-back qui nous montre le mec se trainer dehors, par terre, tout ensanglanté, la tête explosée, jusqu'à une fenêtre où y voit la meuf et le vilain sadique, ce qui achève de le désespérer.

Aucun lien causal, donc, avec le calvaire d'il y a 15 minutes. Donc tout le monde est innocent dans cette sombre affaire, personne n'est coupable. D'autant que la meilleure amie du suicidé savait pas que son mec sadique lui avait explosé la tronche dans la cuvette. Le mec sadique est renvoyé de l'école, parce que, quand-même, c'est pas bien élevé de foutre la tête de ses camarades de dortoir dans les chiottes en les bourrant de coups de poings et de coups de pieds.

Puis la vie reprend ses droits, l'hiver touche à sa fin, les oiseaux gazouillent à nouveau.

Tout ça, cette énorme erreur d'interprétation (même pourris, corrompus, ses ex-collègues avaient donc raison depuis le début sur la thèse du suicide), ça renvoie le flic à son trauma-refoulement (le suicide de son frère, dont il se sentait "coupable" alors que non, c'était pas de sa faute), trauma remontant du coup à la surface en le soulageant d'un gros poids ( révélation genre "soudain l'été dernier").

Puis happy end: l'ex-flic et la prof se retrouvent dans une soirée de bienfaisance organisée par l'école, et se roulent d'énormes patins romantiques et passionnés, trop longtemps contenus, devant tout le monde, y compris le futur-mari, connard bien baisé.

La purge. Et c'est joué avec les pieds, tout le temps, avec des mimiques dignes du mime Marceau. Sauf le héros, le flic intègre, Edward Burns, aussi expressif qu'une endive, donc intrigant.

Je voulais savoir quoi, alors j'ai regardé jusqu'au bout. C'est comme ça qu'on se fait baiser jusqu'à l'os, et qu'on déprime un chouïa, après.


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